[Replay] Rencontres Green Solutions #1 - Matériaux biosourcés

Succès de nos premières Rencontres Green Solutions axées sur les matériaux biosourcés ! Vous avez manqué la session ou souhaiteriez la revoir ? Voici le replay, la présentation et les réponses aux questions posées. 

Rappel du sujet :

Biosourcés : la filière BTP prête à changer d'échelle ?

A travers l’intervention de trois spécialistes aux parcours différents, cette rencontre montrera comment les biosourcés peuvent être appliqués sur des bâtiments de tous types, mais aussi comment un industriel de l’enduit compte faire des biosourcés l’un de ses axes de développement à court terme. Le panorama s’achèvera par un petit détour du côté des filières locales depuis leur nécessaire structuration, jusqu’aux partenariats R&D qu’elles développent.

Avec : 

  • Nicolas Dutreix, co-fondateur Nomadéis et adhérent C21 (animateur)
  • Mickaël Cornou, Marketing Manager chez Interface Europe 
  • Philippe Madec, Atelier Philippe Madec
  • Cyril Lemoing, chef de marché façades PAREXLANKO
  • Florence Talpe, chef de projet Envirobat Centre

Télécharger la présentation

Réponses à vos questions 

Qu'en est-il du surcoût ?
→ M. Cornou : Nous avons décidé de positionner nos produits sur le haut de gamme par rapport au marché afin d’absorber tous les couts liés aux innovations présentées. En revanche nous ne souhaitons pas proposer des produits plus chers et plus durables. L’idée c’est que tous les produits intègrent les performances environnementales, qu’elle que soit leur niveau dans la gamme.

Quelles sont les possibilités de recyclage à la fin de vie de vos produits ? 
→ M. Cornou : Nos produits sont entièrement recyclables. Depuis 2012, nous avons la structure dans notre usine hollandaise qui permet de séparer la fibre de la sous couche et de recycler la fibre en fibre et la sous couche en sous couche. Tout ça passe par un service appelle ReEntry qui récupère les produits en fin de vie et, en fonction de leur état, les renvoie vers l’une des 3 options (réemploi, recyclage ou valorisation énergétique).

Est-ce que, dans l'ACV, vous tenez compte des énergies mobilisées pour le transport/distribution ? Surtout si les matières premières viennent de différents pays...
→ M. Cornou : Oui bien sûr. Tout est pris en compte dans notre ACV. On calcule l’ACV pour chaque production dans chaque usine > En Europe avec approvisionnement en Europe ou autre.
Important pour le choix de toute innovation et de tout remplacement de notre matière première. C’est cette empreinte (intégrant les transports des matières premières) qui est intégré dans le A1-A3 sur les EPD disponibles pour chacun de nos produits et donne une idée du carbone intrinsèque de nos produits.

Y a-t-il des entreprises françaises qui construisent leurs locaux avec des matériaux biosourcés ?
→ M. Cornou : Nous n’avons pas encore de demande d’entreprise refaisant tous ses locaux en biosourcés (de même que le 100% recyclé à l’époque était une réponse à une demande qui n’existait pas). Mais nous considérons l’expérimentation E+/C- comme un formidable potentiel de développement puisque la réduction de drastique de l’empreinte carbone passera par une prise de conscience de l’utilisation du carbone comme une ressource et donc l’essor du biosourcé.
F. Talpe : Juste pour précision, l’expérimentation E+C- était une expérimentation et donc n’existe plus vraiment en tant que telle. Certains s’appuient sur les seuils fixés dans cette expérimentation comme référence pour les marchés en pensant que c’est ce qui préfigure la RE 2020 mais pour le moment, rien n’est « écrit » dans ce sens.
A suivre également sur ce sujet le label bâtiment biosourcé et sa définition qui vont changer. 
Pour finir, un exemple d’industriel qui fait des locaux en biosourcés : 
- Triballat - L’Oréal- Sur la réhab dans ce domaine, je n’ai pas d’exemple sous le coude.

Pour le projet de l'écurie (projet de P. Madec), y a-t-il une estimation du surcoût engendré par l'utilisation des MBS ?
F. Talpe : Je me permettrais juste ici de préciser que les notions de coûts sont très relatives d’un territoire à un autre. Cela va dépendre par exemple de la disponibilité des produits localement, la connaissance et l’expérience des entreprises, etc. Ces facteurs sont mine de rien très important d’un territoire à un autre.

Par rapport à des projets plus "conventionnels", observez-vous une différence dans la façon dont les acteurs réunis autour de vos projets travaillent ensemble ? 
F. Talpe : Plus de concertation sur le programme et l’APD et nécessaire implication du bureau de contrôle qui peut également être choisi au regard de son expérience sur ces sujets.

Votre produit a-t-il déjà été mis en œuvre sur un erp ? Bénéficiez-vous d'un rapport de classement feu (min M2) ? 
C. Lemoing : Notre solution PARNATUR Corps d'enduit chanvre et ses finitions ont été testées en réaction au feu et nous avons eu un classement B-s1,d0. Ce classement nous autorise à appliquer notre solution sur tous les bâtiments dont la hauteur est inférieure à 28m.

Pouvez-vous nous donner davantage d'informations sur la composition de la mousse minérale ainsi que sur les performances thermiques voire hygrothermiques de l'enduit ?
→ C. Lemoing : Le liant à la chaux est composé de chaux aérienne, charges et adjuvants spécifiques pour permettre d'obtenir les performances compatibles avec les règles professionnelles Construire en Chanvre et la validation des couples Chaux / Chanvre (resistance à la compression > 0,30 MPa, Module d'élasticité > 20 Mpa, cohésion > 0,06 MPa. 
La conductivité thermique = 0,066 W/(m.K), résistance thermique additionnel de R=1,2 m².(K/W), capacité thermique massique Cp=1200 J/(kg.K)
Capacité tampon hydrique : MBV = 2,9 g/(m².%HR)

Est-ce qu'il y plusieurs teintes / finitions possibles ?
→ C. Lemoing : Le PARNATUR Corps d'enduit chanvre est recouvert par une finition à la chaux Parexal pour apporter l'imperméabilisation et le protection du système. Nous proposons un large choix de couleurs et de finition possible soit en intérieur ou en extérieur.

Actuellement quel est le surcoût moyen ?
→ C. Lemoing : Le surcoût moyen par rapport à une rénovation de façade à la chaux est de l'ordre de 30% environ avec tous les avantages d'isolation et de confort de vie apportés par la solution.

Temps de séchage ? 
→ C. Lemoing : Le délai de séchage pour le corps d'enduit avant application de la finition à la chaux est de 2 mois en intérieur et de 1 mois en extérieur à 20°C.

Produit gourmand en eau : est vertueux ?
→ C. Lemoing : Oui, le dosage en eau est plus élevé que pour un mélange à la chaux classique mais reste acceptable : 55 L / 100 Kg de chanvre en moyenne + 25 Kg de liant

Avez-vous engagé des démarches d'évaluation (ATEc, ATEx) ?
→ C. Lemoing : Nous avons réalisé de nombreux essais de performance du produit par des laboratoires extérieurs (compression, flexion, thermique, essais feu, etc.). Notre couple étant validé par Construire en Chanvre, nous sommes compatibles avec les Règles professionnelles de Construire en Chanvre et donc le produit rentre dans l'usage des produits courants.

Dans les perspectives de "démocratisation" / "massification" de l'utilisation du béton de chanvre, pouvez-vous nous parler de la filière amont de production chanvre et quelle est l'implication de ParexLanko auprès de cette filière amont ?
→ C. Lemoing : Nous avons lié un partenariat sur 5 ans avec la chanvrière qui nous approvisionne en Chanvre après avoir validé un cahier des charges sur la chènevotte pour pouvoir recruter des exploitants agricoles à la hauteur de nos ambitions.

Chanvre et allergies ?
→ C. Lemoing : Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas rencontré de désagrément ni dans l'utilisation du produit lors de l'application, ni dans les habitats ayant reçu une application de chanvre. Le chanvre n'est pas traité ni pendant la croissance de la plante, ni pour sa conservation après sa transformation. C'est un produit qui n'est pas sensible ni aux rongeurs ni aux champignons de par la protection de la matrice liant mais aussi par le recouvrement d'un enduit de finition à la chaux.

La transformation du chanvre est-elle brevetée ? Quelle possibilité de transformation via des chanvrières locales ?
→ C. Lemoing : La transformation du chanvre n'est pas brevetée mais nous avons mis en place un cahier des charges et un contrôle qualité associé sur la taille de la fibre de chènevotte, le taux d'humidité et le pourcentage de présence de fibrilles. Les chanvrières locales doivent répondre à ces critères pour que la mise en oeuvre via la machine à projeter se fasse dans les meilleures conditions, et que les performances mesurées soient respectées.
→ F. Talpe : Non. Seules les caractéristiques des produits finis doivent répondre à un cahier des charges pour être utilisable, notamment dans le secteur bâti. 
Les chanvrières ne peuvent pas toutes être « locales ». La réalisation de tels équipements industriels est très lourde financièrement et un maximum des co-produits du chanvre doit être valorisé pour qu’un tel équipement soit rentable. Les débouchés d’une chanvrière sont donc multiples (Bâti, paysage, textile, cosmétique, alimentaire, etc.) Vous pouvez vous rendre sur le site d’Interchanvre pour identifier les chanvrière industrielles. Il existe aussi le réseau des chanvriers en circuits courts qui ont également de petites unités locales de défibrage. Longtemps mis de côté au regard d’une hétérogénéité des produits finis, cette filière a fait de belles avancées et se structure de mieux en mieux pour répondre à une offre locale et en circuit court. (Expl. Ecopertica / Chanvriers mellois)

Juste une chose sur les chanvrières, il a été dit qu’il y en avait en région Centre mais non… :( notre région est entourée de chanvrières oui, mais aucune n’est sur notre territoire.

Pour bien comprendre le jeu d'acteur entre les différents intervenants, à quel moment du projet Pouget Consultants est-il intervenu ? 
→ C. Lemoing : Pouget Consultants nous a aidé à traduire les performances thermiques en gain pour l'utilisateur final avant et après l'application de PARNATUR Corps d'enduit chanvre : en baisse de facture énergétique, en température ambiante intérieure lors des périodes chaudes sur des modèles constructifs et des climats différents.

Bonjour, on parle de plus en plus du miscanthus, qu'en pensez-vous ?
→ F. Talpe : Cette plante a des propriétés très intéressantes que ce soit dans le secteur bâti ou celui de la plasturgie. Dans le secteur du bâti, il y a la brique de chanvre qui a fait beaucoup parler d’elle il y a environ 2 ou 3 ans. Cependant, elle n’est toujours pas arrivée sur le marché et est sous avis, il me semble, du CSTB. Sur cette culture, j’attirerai l’attention sur le fait que le miscanthus est un ryzome qui, une fois planté reste en terre d’année en année. Ce n’est pas une culture qu’on retire aisément et il convient de réfléchir à où elle est plantée et pourquoi. Sur des terres polluées ou sur des zones de captage, elle un intérêt en termes de dépollution de sol. La planter sur des terres agricoles pour des raisons purement économiques serait une aberration à mon sens car la fonction première de ces terres est de nous nourrir. Le recours au matériaux biosourcés doit se faire dans le respect de ces terres et de ses besoins (rotation des cultures, etc.).

À Nantes se profile un projet appelé Pirmil-les-isles destiné notamment à évaluer les freins pour le développement des filières BS : êtes-vous partie prenante ?
→ F. Talpe : Non, mais peut-être que notre homologue qui est NOVABUILD en Pays de Loire l'est.
Quels sont justement les freins ?
→ F. Talpe : Les principaux freins sont inhérents à nos habitudes de construction (standardisation des procédés et matériaux, sécurisation poussés), nos a priori sur des matériaux issus du vivants (craintes des insectes, du pourrissement, du feu, etc.) et à la méconnaissance de leurs caractéristiques. Le rythme de nos sociétés nous laisse par ailleurs peu de temps pour faire un pas de côté, remettre en question ou changer nos pratiques. Si la question du biosourcé n’est pas posée par la maîtrise d’ouvrage (qu’il soit privé ou public) ou proposé par les prescripteurs ou entreprises, ils n’entreront pas dans le champ des possibles. Or, ces matériaux sont peu connus dans leur diversité d’origine et de forme. 
De manière générale, on constate également qu’on va être plus exigeant vis-à-vis de ces matériaux que vis-à-vis d’autres. On ne peut pas toujours simplement remplacer un matériau minéral par un matériau biosourcé. Il faut tenir compte de pourquoi on le fait, quelles sont les propriétés de chacun tant sur l’aspect technique, mécanique mais aussi tout bêtement sur chantier. On ne met pas un matériau dans un endroit où il risque d’être soumis à une humidité constante, une laine de chanvre ne se découpe pas avec le même outil qu’une laine minérale par exemple. Il y a donc des ajustements à faire auprès de tous les acteurs concernés par l’acte de bâtir, de la commande à la mise en œuvre.

Merci pour cet aparté paille, je tiens à insister sur la terminologie : la fiche FDES de la paille la classe bien parmi les déchets et non parmi les co-produits : cela a un impact notamment sur l'énergie grise calculée sur une botte.
→ F. Talpe : Effectivement je comprends cette remarque. La paille, lorsqu’elle est laissée au champ, peut être considérée comme déchet car elle ne va pas être réintroduite dans un circuit économique. Elle a néanmoins une valeur en termes d’amendement du sol. Je rappelle ici qu’il n’est pas nécessaire pour amender le sol de laisser la paille résiduelle sur champ tous les ans et qu’il n’y a pas de concurrence d’usage sur la paille.
Cela rejoint un peu les grandes questions qui se posent sur la définition du déchet dans le cadre du réemploi. L’idéal serait de produire moins de déchets ou que ces derniers génèrent plus de « coproduits » ;)

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