[Livre blanc R-evolution] Faire, avec et en dépit des réglementations environnementales

Rédigé par
Magali HOULLIER

Responsable communication

1221 Dernière modification le 25/06/2020 - 09:00
[Livre blanc R-evolution] Faire, avec et en dépit des réglementations environnementales

« Avec les composants dynamiques, on a une nouvelle problématique : comment tester en conditions réelles alors que la réglementation se base quasiment intégralement sur du statique ? »

Christophe MÉNÉZO

Autre problématique soulevée, celle du fossé entre simulations et usage réel du bâtiment. Déjà évoqué au sujet des scénarios d’occupation standardisés utilisés dans les modèles thermiques, la question se pose désormais sur le type de simulation - statique ou dynamique - à utiliser dans les réglementations. Côté R&D, il peut être difficile d’introduire un produit d’enveloppe sur le marché qui satisfasse les réglementations en vigueur.

Les équipes de recherches et industriels avec lesquelles Christophe MÉNÉZO travaille sont confrontées à ce problème pour l’application de composants d’enveloppes développés. La difficulté majeure est finalement d’arriver à démontrer que ces composants ont bien un effet dynamique positif sur le bâtiment, alors que toute la réglementation est elle-même basée sur du quasi-statique.

« C’est assez compliqué d’arriver à démontrer, en fonctionnement réel, que le composant apporte un niveau de performance au bâtiment tout en ne dégradant pas ses qualités sanitaires. Je dirais presque que la barrière à la réglementation, c’est la réglementation »

En effet, les équipes de R&D n’ont pas forcément les techniques d’évaluation des performances de ces composants innovants, puisqu’ils œuvrent avant tout à développer les mécanismes les plus passifs possibles, qui dépendent de paramètres non contrôlables, comme un écart de température ou l’effet du vent. Dans les développements qu’ils réalisent, ils doivent donc retranscrire de manière contrôlée ces paramètres un à un pour montrer leur impact positif et leur performance globale.

Ne faudrait-il pas donc passer d’un droit de la norme à un droit de la performance dans le secteur du bâtiment ? Comme le souligne Christophe MÉNÉZO, il est à ce jour encore compliqué de caractériser correctement la performance du bâtiment, des écarts importants entre prédictions et mesures réelles étant aujourd’hui observés sur les réalisations qui suivent la RT2012.

« Une fois que l’on a réussi à faire une innovation dans le bâtiment, il va falloir la justifier »

Ewen TANNEAU

Ewen TANNEAU explique qu’il rencontre également régulièrement des problèmes liés aux freins réglementaires. Dans un projet pour le siège social de la Matmut à Rouen, il était prévu d’intégrer un vitrage photochromique dans du triple vitrage qui, en fonction de la température, change de teinte. Pour justifier un tel produit, il fallait en phase amont du projet intégrer ses caractéristiques dynamiques dans les cases réglementaires correspondantes.

Malgré l’exploration de trois réglementations ATEx (Avis Technique d’Expérimentation), les caractéristiques du produit n’ont pas correspondu à la caractérisation statique (transmission lumineuse, facteurs solaires, selon été ou hiver) décrite dans le cadre réglementaire. Le système n’a donc pas été intégré au projet. Cela souligne le besoin critique de faire évoluer la réglementation pour permettre l’innovation dans le secteur du bâtiment.

« Le temps de l’innovation n’est pas le temps réglementaire. »

Ewen TANNEAU

Pour justifier d’innovations, les intégrateurs auront donc besoin d’une évolution rapide de la réglementation. Une question encore peu abordée est la place des habitats et constructions ouvertes au public dans la diffusion d’innovations de façades, et celle des auto-constructions. L’une des créations présentées par Collectif [encore] a reçu - non sans controverses car pour un habitat privé - le grand prix d’Architecture en Suède : notons donc qu’une création privée peut rayonner par ses innovations grâce à un champ d’action plus large d’un point de vue réglementaire. Outre les différences culturelles (recours à la diversité architecturale pour les habitats privés dans les pays nordiques vs. livraison de logements en masse en France), l’innovation en accord avec les règlementations environnementales reste un privilège difficilement accessible pour les bâtiments publics.

En matière de règlementation, la RE2020 (Réglementation Environnementale 2020) exige que les bâtiments neufs soient à énergie positive et considère fortement le bilan carbone incluant l’analyse de cycle de vie des matériaux employés, sans pour autant donner des directives sur la façon d’atteindre les objectifs fixés. Une réglementation qui bousculera sans doute certaines habitudes pour une performance collective du neuf, au risque cependant de peser en défaveur de solutions ou matériaux « low-tech » dont l’analyse de cycle de vie ou le bilan carbone restent encore à définir. Notons qu’aujourd’hui, plus de la moitié du bilan carbone d’un bâtiment est liée aux matériaux qui le composent ; le schéma constructif actuel qui consiste à employer des matériaux qui se raréfient sans prévoir leur réutilisation ou penser à son empreinte environnementale n’est pas soutenable.

Mis en place par la loi Elan et valable jusqu’en 2025, le permis d’innover permet cependant de déroger aux règles si les résultats atteints sont conformes aux objectifs fixés par la règlementation. Ce dispositif a pour objectif de faciliter la mise en œuvre de projets de constructions alternatives et de favoriser des solutions techniques et architecturales innovantes, mais il n’est applicable que dans des zones géographiques précises. Plus récemment, s’est ajouté en complément le permis d’expérimenter avec la loi ESSOC(ou Confiance), permettant de déroger à des règles de construction pour des solutions d’effet équivalent ; des dispositifs qui devraient voir se développer des solutions innovantes et permettre la réécriture des règles de constructions... affaire à suivre.

 

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