Mobilités : Pour un Plan Marshall en Grande Couronne

À partir de l’observation des réalités du quotidien et animé d’une ambition non-partisane, le Rapport sur les mobilités en Grande Couronne a été cosigné par des parlementaires de tous bords. Fondé sur le constat d’une désynchronisation entre les financements disponibles et les besoins de mobilité ce rapport appelle à replacer la Grande Couronne au cœur de la réflexion en matière d’aménagement durable, de développement humain et économique, en portant au débat différentes propositions concrètes pour penser et financer les mobilités de demain en Ile-de-France.

Un déséquilibre croissant entre hyper-centre et Grande Couronne

De par son poids économique et son organisation territoriale et ses équilibres démographiques spécifiques, les transports constituent, en Ile-de-France plus qu’ailleurs, un facteur d’inégalités pesant sur la qualité de vie des Franciliens.

Si la dernière décennie a vu la mise en œuvre d’investissements sans précédents en faveur des transports en Ile-de-France, force est de constater que ces derniers se font essentiellement au bénéfice de l’hyper-centre parisien et de la petite couronne. Ni le Grand Paris Express, ni les dernières législations (Réforme ferroviaire, Loi d’Orientation des Mobilité adoptée en 2019) n’apportent de réponses à la hauteur des besoins des plus de cinq millions d’habitants de la Grande Couronne.

L’observation au quotidien des déplacements en Grande Couronne révèle un décalage grandissant entre les besoins de mobilité et les moyens qui y sont dédiés. Alors que la Grande Couronne connait une croissance démographique sans précédent et qui devrait se poursuivre – augmentation de 1,5 millions d’habitants d’ici 2035 - le financement de ses réseaux de transports, sur le long terme, n’est pas assuré. La crise sanitaire et économique est venue accroitre les déséquilibres existants dans le financement des infrastructures de transport.

 

Une fracture territoriale renforcée par la polarisation de la région francilienne

Ce décalage contribue à creuser une fracture territoriale avec Paris et sa petite couronne. Cette fracture limite les déplacements, contraint les activités quotidiennes et impacte la qualité de vie des habitants de Grande Couronne. Elle alimente le sentiment de déclassement de ses habitants et les empêche de participer à la transition écologique des mobilités.

La Grande Couronne concentre toutes les difficultés en matière de mobilité : éloignement des emplois des pôles d’activité majeurs, vieillissement des infrastructures, congestion routière, réseaux de transports publics parcellaires, dépendance à l’automobile… Elle paye le prix d’une politique de développement territoriale entièrement centrée autour de la ville-capitale.

Pourtant, les projets nécessaires à l’amélioration du quotidien des franciliens sont déjà bien identifiés, et parfois de longue date, certains étant même en attente depuis plusieurs dizaines d’années.

Il faut désormais une volonté politique de faire de la Grande Couronne une priorité. C’est un « choc des mobilités de grande couronne » que nous appelons dès à présent de nos vœux.

 

Un plan d’urgence pour agir vite

La région-capitale, une métropole-monde, ne peut fonctionner durablement avec ce système de transport à deux vitesses. Au-delà du seul enjeu des mobilités l’avenir du système de transport constitue un défi majeur pour la cohésion et le développement économique du territoire. La clé de son attractivité et sa compétitivité, dans un contexte de concurrence entre métropoles internationales, réside dans la qualité des infrastructures et de l’efficacité des services de transports.

L’ensemble de ses territoires participe à sa richesse et à sa croissance, la Grande Couronne accueillera ainsi plus d’un tiers de la croissance des emplois de la région dans les 15 prochaines années.  Chacun de ses habitants, où qu’il réside, doit donc bénéficier du même engagement des pouvoirs publics pour améliorer sa qualité de vie. L’urgence écologique amplifiée par la pression démographique nous commande d’agir sans délai.

Territoire complexe, hétérogène, peu connecté et caractérisé par une mixité urbaine et rurale, il faut donc un plan d’urgence dédié afin de prendre enfin en compte les spécificités de la Grande Couronne.

Dans un contexte de crise économique, et alors que l’Etat met en place un plan de relance inédit, cet effort d’investissement massif doit s’appuyer sur de nouveaux financements. S’il y a urgence à réhabiliter, développer et innover, ce plan d’urgence devra s’inscrire sur une trajectoire de financement soutenable et des ressources durables.

Ce « Plan Marshall » pour les mobilités en Grande Couronne doit donc être l’occasion de repenser les modes de financements des mobilités en Ile-de-France, sans pour autant créer des taxes de rente. Au contraire, il doit permettre de débloquer le financement de projets structurants pour les territoires de banlieue en ciblant des projets bien identifiés.

Pour être soutenable ce Plan d’investissement devra donc s’appuyer sur des recettes affectées, pertinentes, pérennes qui prennent en compte l’impact économique, social et environnemental du transport.

 

La Priorité doit être à la réhabilitation des réseaux existants

L’heure n’est plus aux grands projets. L’enjeu est au contraire d’exploiter au maximum le potentiel immense des réseaux existants. Il est urgent de réhabiliter et de moderniser nos réseaux en admettant que l’Etat n’a plus les moyens d’entretenir correctement ses infrastructures

C’est pourquoi ce Plan Marshall devra dégager de nouveaux leviers de financement et permettre aux Départements, au côté de la Région et des collectivités locales de s’engager fortement dans la réhabilitation des infrastructures de transport sur leurs territoires mais également dans la refonte de leur gouvernance.

La mobilité est devenue un écosystème complexe qui s’est désormais affranchi des anciens modèles cloisonnés et qui demande une nouvelle organisation, plus agile et connectée aux besoins spécifiques des territoires. La route doit s’interconnecter avec les transports en communs qui eux-mêmes doivent se « plugger » aux mobilités douces.

Les nouveaux outils et solutions d’information et de service numériques permettent d’ores et déjà de coordonner et d’organiser ces nouveaux systèmes de mobilité. La priorité devrait en particulier se porter sur la remise en état du réseau routier national et des axes magistraux et leur modernisation, notamment par le déploiement de voies express à même d’accueillir des services de transport collectifs mais aussi de favoriser les nouveaux usages de la route –covoiturage, autopartage – plus économiques et vertueux. A ce titre, les générateurs de mobilités, au premier rang desquels figurent les entreprises, doivent être associés plus activement à l’organisation des mobilités en Ile-de-France.

Ce plan d’urgence permettra également de garantir la réalisation des nombreux projets ferroviaires (trains et tramway) aujourd’hui en attente de financement. Ces projets changeront demain le quotidien des habitants de la Grande Couronne.

 

Trois propositions clés du rapport :

1. Instaurer une Ecotaxe Poids Lourds sur les réseaux routiers franciliens

Si le transport routier de marchandises demeure une composante essentielle de l’appareil productif national, son impact - lourd - sur les infrastructures de transports, sur l’environnement et sur la qualité de vie des riverains est réel, sans pour autant être compensé.

Il est ainsi légitime que les poids lourds contribuent à l’entretien et au développement des infrastructures de transports. De plus la mise en œuvre d’une écotaxe favoriserait un rééquilibrage des conditions de concurrence entre le fret routier et ferroviaire.

Cette écotaxe devrait intégrer des incitations environnementales selon le principe de pollueur-payeur, et son affectation permettre d’accompagner le secteur du transport routier de marchandises dans sa transition.

 

2. Réduire les tarifs et abonnements de l’offre de transports publics payés par les habitants de Grande Couronne

Tandis que les besoins de mobilités au quotidien des habitants de l’hyper-centre francilien sont presque entièrement satisfaits par l’offre de transport public (métros, bus, RER, vélib’), celle-ci ne couvre que de manière marginale les besoins des habitants de Grande Couronne. Ces derniers, confrontés à une offre de transport public limitée, restent largement dépendants de la voiture.

De plus, la qualité de l’offre de transport public, sa ponctualité comme sa fiabilité, demeure nettement inégale entre le cœur de la Métropole et la Grande Couronne. Les investissements, financés par l’ensemble des franciliens, bénéficient en effet essentiellement aux habitants de l’hyper-centre.

Il n’est pas juste que les habitants de Grande Couronne financent à part égale des habitants de l’hyper-centre, un système de transport dont ils bénéficient moins, voire pas du tout.  C’est pourquoi il est proposé de repenser la grille de tarifaire des transports en commun en fonction de la qualité de service et de l’usage réel de l’offre de transport.

Une réduction des tarifs et abonnements « Malus » devrait également automatiquement être mise en place en cas de défaillance des services de transport public – retards, pannes, ponctualité en deçà des objectifs fixés au contrat.

 

3. Repenser la gouvernance des politiques d’investissement en Grande Couronne 

La mise en place de nouveaux mécanismes de financement doit nécessairement interroger quant à leur gouvernance. Leur acceptabilité par les usagers et les contributeurs est une condition sine qua non de leur efficacité et doit rester au cœur de la décision publique.

Le schéma traditionnel de planification des politiques d’investissements dans les transports, (aussi bien par les lois de programmation, le programme de l’Agence de financement des infrastructures de transport, que par les Contrats de Plan Etat-Régions) mérite d’être interrogé.

La crise sanitaire a démontré une nouvelle fois l’efficacité et la réactivité des collectivités locales. L’expérience réussie du Fonds de Solidarité Interdépartementale par l’investissement démontre la capacité des départements à collaborer et à financer rapidement des projets structurants pour leurs territoires. 

Face à l’opacité du budget de l’Etat imaginons une nouvelle méthode de gouvernance plus souple et réactive, coordonnée entre les collectivités en y associant l’Etat et la Région, pour le financement de projets de mobilité sur leurs territoires, et chargée de mettre en œuvre ce plan d’urgence pour la Grande Couronne.

 

Un article signé François Durovray, Président du Département de l’Essonne

  

 

Rapport sur l'Avenir des Mobilités en Île-de-France : Plan d'urgence pour la Grande Couronne


 

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