[Entretien] L'immobilier, levier clef de la logistique du dernier kilomètre en ville

[Entretien] L'immobilier, levier clef de la logistique du dernier kilomètre en ville


Pollution, nuisances sonores, congestion, etc., l’omniprésence des véhicules motorisés engendre de nombreux désagréments en ville et porte atteinte au cadre de vie. Afin de limiter ces impacts, les acteurs de l’aménagement et de l’immobilier se mobilisent pour repenser l’organisation de la logistique urbaine. Rencontre avec Jean-Louis Boudol, directeur des projets logistique urbaine chez La Poste Immobilier. 

Quels sont les enjeux autour de la logistique urbaine dans les villes ? 

 

Jean-Louis Boudol : Aujourd’hui, les grandes villes font face à de nombreuses problématiques liées à la mobilité qui jouent fortement sur le cadre de vie des habitants et les émissions carbone. Afin de lutter contre ces effets, certaines villes ont mis en place des Zones à Faibles Émissions (ZFE), qui limitent fortement la circulation des véhicules carbonés en milieu urbain. 

Or, une partie des trafics est générée par la logistique urbaine, c’est-à-dire les flux de marchandises qui entrent et sortent des villes. Tout l’enjeu est de remplacer les véhicules de livraison thermiques par de la mobilité douce afin de limiter à la fois les émissions carbone et les nuisances pour les habitants. En fait, repenser la logistique urbaine soulève la question du dernier kilomètre : comment collecter et livrer jusque dans les centres urbains dans une démarche de mobilité douce ?  

Pour nous, cela passe par deux leviers. D’une part, par le recours à des moyens de transport décarbonés sur le dernier kilomètre (vélo, véhicule électrique, etc.). Nous souhaitons à terme décarboner également les camions circulants entre les villes mais les alternatives sont encore en R&D. D’autre part, nous pouvons agir par la mise en place d’un maillage adéquat de bâtiments logistiques, respectant les ZFE.  

 

En quoi l’immobilier permet de gérer les enjeux de logistique urbaine ? 
 

Jean-Louis Boudol : Il est nécessaire de passer par un travail immobilier pour passer à une circulation décarbonée dans les villes. À La Poste Immobilier, nous menons une réflexion systémique sur nos bâtiments et les liens entre eux. Nous considérons notre parc logistique comme un tout. Tout l’enjeu est de mettre en place un maillage immobilier optimisé dans les métropoles, afin que nos opérateurs puissent arriver jusqu’en bordure de ville. De là, des modes de mobilité douce relient les centres urbains.  

La difficulté de ce travail est de trouver le bon site, le bon maillage. Il faut que les sites puissent être alimentés en amont, que les camions puissent arriver en limite de ZFE. Si le maillage est bien fait, cela permet également de limiter notre nombre de sites et par conséquent l’emprise au sol de notre parc.  

Notre maillage se base sur trois types d’actifs : 

  • Les Hôtels de Logistique Urbaine (HLU). Ces bâtiments, dont la taille varie entre 5 000 et 15 000 m², sont situés en périphérie des villes. Ils accueillent les marchandises livrées par camion, bateau ou train. 

  • Les Centres de Distribution Urbaine (CDU). Il s’agit de bâtiments de 500 à 5 000 m², situés à des points clefs des villes. Ils sont ralliés par des camions, camionnettes et véhicules électriques. 

  • Les Espaces de Logistique Urbaine (ELU). Ces bâtiments, dont la surface est inférieure à 500 m², constituent le dernier élément du maillage. Les véhicules qui circulent à partir de ces points sont en mobilité douce. 

Quels sont les objectifs de votre stratégie de logistique urbaine ? 

 

Jean-Louis Boudol : Notre stratégie doit permettre de répondre à la fois aux besoins du groupe La Poste et à la fois à ceux des villes. Pour l’heure, nous nous concentrons en priorité sur les métropoles et les villes de plus de 150 000 habitants.  Nous souhaitons atteindre la livraison décarbonée sur les 22 métropoles du pays entre 2025 et 2030. Cela correspond à un bassin de 20 millions d’habitants. Nous pouvons également travailler sur des entités urbaines plus petites, en fonction de leur politique de mobilité. 

Notre stratégie ne s'arrête pas à notre maillage. Nous travaillons également sur les modes de consommation, sur l’e-commerce, sur les politiques environnementales, sur la RSE, etc. Ainsi, nous menons un travail de fond pour que nos bâtiments aient de bonnes performances énergétiques et environnementales. Par exemple, nous essayons de partir autant que possible des bâtiments existants plutôt que de construire du neuf. De plus, nous intégrons des réflexions sur l’économie circulaire, les matériaux biosourcés ou encore la protection de la biodiversité dans tous nos projets. 

 

Pouvez-vous nous partager un exemple concret de mise en place de votre maillage dans une métropole ? 

 

Jean-Louis Boudol : Je peux vous partager l’exemple de la métropole de Paris. Nous y avons mis en place un maillage basé sur les trois actifs cités précédemment (HLU, CDU et ELU). Cet écosystème immobilier permet de répondre en partie aux besoins des opérateurs du groupe La Poste et aux attentes de la ville en matière de désengorgement/pollution/occupation. 

 

Les résultats de ce type de maillage sont au rendez-vous, avec une diminution des gaz à effet de serre et de Nox supérieur à 80% en moyenne et une réduction du nombre de véhicules en approvisionnement jusqu’à 10 fois moins ! 

 

 

 

Propos recueillis par Construction21, La Rédaction 

Crédit photo en-tête : HLU Lyon Gerland 

 

Pour aller plus loin, deux études de cas de Poste Immo sur le sujet sont à découvrir sur Construction21 : 

 

 mobilité
 infrastructures
 logistique urbaine
 écomobilité
 foncier
 décarbonation
 transition écologique

Auteur de la page


  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     mobilité
     infrastructures
     logistique urbaine
     écomobilité
     foncier
     décarbonation
     transition écologique