L’amélioration de la qualité des installations de ventilation et de l’air intérieur : une urgence !

Pour maintenir une bonne qualité de l’air intérieur et maîtriser le taux d’humidité relative dans les bâtiments, un renouvellement d’air suffisant est essentiel. Pourtant, en raison de son impact sur la consommation d’énergie des bâtiments et des désordres régulièrement constatés sur les chantiers, le simple respect des débits d’air règlementaires relève trop souvent du parcours du combattant.Les retours de terrain montrent que la qualité finale des systèmes de ventilation reste quasi-systématiquement négligée en raison de défauts soit de conception, de mise en œuvre ou de maintenance.Les logements individuels neufs ayant fait l'objet d'un contrôle réglementaire de la rubrique « aération » accusent un taux plutôt alarmant de 68 % de non-conformité contre 44 % pour les logements collectifs (Jobert, 2012[1]).

Les bâtiments à basse consommation représentent une cible particulièrement sensible. Avec la réglementation thermique et les labels qui tendent à imposer des enveloppes de plus en plus étanches à l’air, le risque est donc grand de construire une génération de logements individuels, performants énergétiquement sur le papier, mais vecteurs d’un air intérieur malsain dans les faits

VIA-qualité, vers des systèmes de ventilation et un air intérieur de qualité en logements individuels

Face à ce constat, le projet VIA Qualité[2] propose des démarches qualité (ISO 9001) qui, appliquées par des constructeurs de maisons individuelles, permettront d’améliorer fortement les performances de la ventilation et la qualité de l’air intérieur de ce type de logements.

La première phase du projet a permis l’évaluation du fonctionnement des systèmes de ventilation et la perméabilité à l'air de 21 maisons à basse consommation d’énergie, sélectionnées essentiellement en région Rhône-Alpes. Parmi elles, 10 maisons ont bénéficié d’une évaluation de la qualité de l’air intérieur. Cet état des lieux a permis de mettre en évidence à la fois l’ensemble des dysfonctionnements des systèmes de ventilation couramment rencontrés dans les maisons BBC et les interactions probables entre les performances des systèmes de ventilation et la qualité d’air intérieur

100 % de l’échantillon VIA-qualité non conformes à la réglementation ventilation en vigueur

Les résultats des mesures de ventilation ont montré qu’aucune maison ne satisfait entièrement à la réglementation actuelle en matière de ventilation. Deux de ces maisons présentaient néanmoins des non-conformités mineures. De façon générale, 81 % des maisons n’atteignent pas les débits d’air totaux requis dont 82 % sont en sous-ventilation et 18 % en sur-ventilation. 50 % des conduits, y compris les conduits d’évacuation et d’alimentation en air neuf, ont une classe de fuite supérieure ou égale à 3 fois la classe A, qui est la plus mauvaise selon la norme EN 14239 (CEN, 2004).

Répartition des défauts constatés dans les 21 maisons BBC

Figure 1. Répartition des défauts constatés dans les 21 maisons BBC

Les non-conformités constatées sont assez récurrentes entre les projets alors que des solutions faciles pourraient être mises en œuvre :

  • Le seul diagnostic visuel, comme le montre les figures 2, 3 et 4, repère les non-conformités de l’installation de ventilation ;
  • Le contrôle des débits à réception permet de vérifier l’apport d’air suffisant dans les logements ;
  • La garantie de l’étanchéité à l’air des conduits limite les chutes de pression et la réduction des débits d’air ;
  • La bonne mise en œuvre du système et notamment des connexions entre les éléments des réseaux évite les pertes de charge trop importantes.
Figure 2. Non-conformités observées lors des diagnostics   visuels de ventilation des 21 maisons de la campagne.   Figure 3. Conduits perçés. Maison n°14     

Figure 4. Réseau d'extraction non accordé et sortie d'air obstruée, Maison n°18                                                                                


La QAI sous influence du renouvellement d’air, mais aussi des produits et équipements

Une deuxième campagne de mesures a analysé le lien entre les diagnostics de ventilation et les concentrations de polluants dans l’air intérieur dans 10 maisons. Le protocole d'évaluation de la qualité de l'air intérieur suivi a été celui de la campagne OQAI[3] Bâtiments Performants en Énergie. Les données récoltées par VIA-qualité[4] ont enrichi la base de données de cette campagne.

Pour le formaldéhyde, la valeur médiane sur les 20 points de mesure est de 17,4 µg/m3, soit légèrement inférieure à 19,6 µg/m3, valeur mesurée durant la campagne nationale sur les logements (OQAI, 2003-2005).

Figure 5. Impact de la ventilation sur les concentrations en formaldéhyde mesurées dans les 10 maisons de la campagne QAI.

L’analyse des liens entre le niveau de ventilation et les concentrations en composés organiques volatils (COV) et en aldéhydes dont le formaldéhyde (Figure 5) montre que les trois maisons surventilées ont des concentrations plus faibles que dans les autres maisons où les résultats varient en fonction des produits de construction et de décoration mis en œuvre, de l’ameublement, de l’environnement extérieur et des comportements des occupants.

La présence d’un garage communiquant avec l’espace de vie a été corrélée à des concentrations intérieures élevées en BTEX (Benzène, toluène, éthylbenzène et xylènes) tout particulièrement dans une des maisons où la voiture était garée en marche arrière.

Dans un autre cas, la contribution du garage a été masquée par le dysfonctionnement majeur du poêle à bois couplé à une sous-ventilation du logement de 83 % par rapport au débit de base réglementaire. Le défaut d’étanchéité du joint de la porte du foyer et le fréquent fonctionnement au ralenti avec une importante charge de bois ont entraîné des concentrations en benzène de 14 µg/m3 dans le salon où était situé le poêle qui chauffait toute la maison, et de 22 µg/m3 dans la chambre à l’étage, des teneurs en CO dépassant pendant plusieurs heures la valeur guide de 9 ppm/8 h avec des pics à 30 ppm, des concentrations en PM2,5 de 27 µg/m3 dépassant la valeur repère 2015.  

Le CO2 sous haute surveillance dans les chambres

L’analyse des concentrations en dioxyde de carbone s’est basée sur le nombre d’heures dans une semaine où les teneurs en CO2 ont été supérieures à 1 000 ppm dans la chambre et sur un indicateur construit à partir de la moyenne des soixante valeurs les plus élevées (OQAI, 2006) dans chaque pièce. Elle montre clairement qu’un confinement apparaît dans les chambres lorsque les débits d’air sont insuffisants. Mais même lorsque les débits sont conformes (maison n°2), l’absence de détalonnage des portes, empêchant le transfert d’air des pièces de vie dans les pièces humides, est également responsable de teneurs élevées en CO2 (figure 6).

Figure 6. Lien entre les résultats en CO2 et les performances de la ventilation

Du constat des désordres aux bonnes pratiques : les Ateliers AIRBAT®

Les désordres constatés dans l’état des lieux de VIA-qualité, confirmant les données des campagnes du contrôle réglementaire de la construction (CRC) rubrique « Aération », mettent en lumière l’urgence d’une meilleure organisation de la filière « ventilation » et l’impérieuse nécessité d’une sensibilisation de tous les corps de métiers aux différentes bonnes pratiques pour assurer un renouvellement d’air adapté et une qualité de l’air maîtrisée dans les bâtiments livrés.

Dans cet objectif, MEDIECO et le cluster BATEKO ont développé, avec l’ADEME, les Ateliers AIRBAT® pour sensibiliser les entreprises et artisans aux pratiques adaptées pour la protection de la qualité de l’air intérieur et les aider à monter en compétences.

Ces ateliers courts et pragmatiques sont réalisés directement sur chantier et regroupent tous les représentants des différents lots. Ils s’appuient sur des supports pédagogiques innovants. À partir des désordres identifiés, les bonnes pratiques QAI ont été filmées sur plusieurs chantiers.

 La qualité de l’air intérieur doit maintenant se construire sur le chantier.

 

www.medieco.fr

@MEDIECO69

(compte twitter) 

 


[1] JOBERT Romuald. La ventilation mécanique des bâtiments résidentiels neufs : État de l'art général, Analyse qualitative et technique des dysfonctionnements. CETE de Lyon. 2012

[2] VIA QUALITE, Projet CORTEA ADEME, coordonné par le CEREMA, « Ventilation en logement Individuel et qualité de l’Air - En route pour des systèmes de ventilation et un air intérieur de qualité ». Gaëlle Guyot1,*, Adeline Bailly1, Anne-Marie Bernard2, Gabrielle Perez2, Claire-Sophie Coeudevez3, Suzanne Déoux3, Sandra Berlin3, Enora Parent1, Alexis Huet1, Sylvain Berthault1, Romuald Jobert1, Damien Labaume4, Guillaume Ferrier5, Sandrine Justet5

1 CEREMA, 2 Allie'Air, 3 MEDIECO, 4 ALDES, 5 SGS Multilab.

[3] Observatoire de la Qualité de l'air intérieur


Modéré par : La rédaction C21

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