[Dossier Quartiers Bas Carbone] #8 - Le bas carbone passe par la prise en charge collective des enjeux d’usages et de qualité de vie

 innovation sociale  bâtiment  usages  comportement
Publié par Igor Salomon

La trajectoire neutralité carbone 2050, dans laquelle s’insèrent les bâtiments bas-carbone, passe par des objectifs extrêmement ambitieux en matière de constructions neuves et surtout de massification des rénovations.

Sa mise en œuvre ne repose pas uniquement sur un changement technique, ni sur des incitations de nature économique.

Réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment tout au long de son cycle d’exploitation voire même d’un quartier, nécessite en effet que ses habitants fassent évoluer leur mode de vie dans un sens que l’on pourrait qualifier de plus sobre et plus maîtrisé, mais qui doit en même temps être acceptable et désirable.

Cela nécessite l'invention de nouveaux usages venant impacter de façon positive la qualité de vie et compenser les contraintes de la transition. Ces nouveaux usages ouvrent à des déplacements de frontières entre l'individuel et le collectif, à de nouvelles pratiques de l'habitat et de la ville ainsi qu’à de nouvelles formes d'expression du lien social. Ils devront être vécus comme autant de progrès et de bénéfices.

Un tel effort de transformation doit être justifié en termes de valeurs et correspondre à un niveau de qualité de vie désirable car choisi. Cela passe par l’évaluation et la définition de facteurs de qualité de vie spécifiques puis par l’élaboration des fonctionnalités correspondantes dans une logique de co-développement entre les différentes parties prenantes de l'habitat. Une telle démarche ne pouvant être mise en place qu’en amont de l’implantation ou de la rénovation.

L’innovation sociale permet de relier définition d’objectifs de qualité de vie, invention de nouveaux modes de vie et réinvention du bâtiment. Elle se veut un processus d’innovation collective intéressant le technique, l’économique, le social et le culturel, permettant d’engager fortement la transition énergétique en incluant tous ses acteurs dans un nouveau modèle local, plus court et circulaire, susceptible de créer du sens et de la valeur partagée, replaçant l'humain au centre, à l'échelle individuelle et collective. 

 

1/ Les facteurs d’acceptabilité/désirabilité sociale déterminent les changements d’usage et de comportement : ils supposent un travail d’élaboration des éléments de qualité de vie.

 Un nouveau mode de vie ne peut être adopté volontairement qu’à qualité de vie supérieure ou égale à celui préexistant.

Les éléments de qualité de vie propres à l’habitat préexistent ; ils sont mentionnés par exemple dans les référentiels de certification NF Habitat et NF Habitat HQE. Les chapitres s’articulent autour de la santé, de la sécurité et de la sûreté, de la qualité de l’air et de l’eau, de la résilience vis-à-vis des risques, de la qualité et du confort des espaces, de la fonctionnalité des lieux, des conforts hygrométriques, acoustiques et visuels, des services qui facilitent le bien vivre ensemble, des autres services et transports.

S’ils sont effectivement spécifiques à l’habitat dans ses dimensions fonctionnelles et techniques, ces éléments ne couvrent qu’une partie des facteurs inhérents à l’évolution des modes de vie que les grandes transitions en cours vont susciter, qu’elles soient énergétiques, écologiques ou numériques.

Cette évolution des éléments de qualité de vie ne doit pas se faire dans une logique de nomenclature ; elle doit partir de la réalité de la qualité de vie vécue et projetée par les habitants. Il s’agit à la fois d’en élargir le champ et d’en spécifier les éléments constitutifs en s’adaptant à la réalité du terrain dans ses composantes sociales, économiques et culturelles.

Chacun de ces éléments sera mis en relation avec les nouvelles fonctionnalités recherchées.

Ainsi, il sera possible de déterminer, à l’échelle de l’immeuble, du quartier ou de la ville, des facteurs ou panels de qualité de vie structurants, potentiellement différenciés par sous-ensemble d’habitants selon des communautés d’intérêts ou de sens, pour servir de base à l’adoption des usages et comportements écologiques ainsi qu’au développement des nouvelles fonctionnalités afférentes.

Ce processus doit considérer le bâtiment bas-carbone comme un vecteur de nouvelles sources de qualité de vie en alignement avec les enjeux de transition énergétique et écologique, à sa propre échelle mais aussi à l’échelle de son environnement (environnement immédiat, quartier).

C’est à cette capacité d’invention concrète d’un futur souhaitable « encapsulant » l’objectif bas carbone et visant à susciter une trajectoire d’adhésion collective autour de nouveaux modes de vie porteurs de qualité de vie, que répond le processus d’innovation sociale appliqué à la construction ou à la rénovation.

 

2/ Le processus d'Innovation sociale : élaboration des scénarios de fonctionnalités satisfaisant les attentes en termes de qualité de vie

Le processus d'innovation sociale a une double portée :

  • il vise à produire les conditions d'acceptabilité et de désirabilité nécessaires aux finalités poursuivies,
  • il vise à produire des scénarios à l'échelle du bâtiment et de son environnement, traduits en fonctionnalités.

Il s'articule autour de plusieurs actions :

  1. Diagnostic initial et de cartographie des éléments de qualité de vie propres au bâtiment et à son environnement,
  2. Recueil des besoins et attentes des différentes parties prenantes, permettant de qualifier des communautés d'intérêt ou de sens,
  3. Co-élaboration avec les parties prenantes de scénarios d'innovation sociale traduits en fonctionnalités pour l'immeuble et dans son environnement,
  4. Evaluation ex-post des éléments de qualité de vie dans les nouveaux usages ou modes de vie

L'inclusion des parties prenantes (collectivités locales, promoteur, bailleur, habitants) est un élément très important de ce processus qui n'est pas un dispositif de concertation classique : celui-ci comporte une part de co-élaboration, dans un cadre d'intention et avec des paramètres économiques définis a priori par le maître d'ouvrage et/ou le maître d'œuvre.

Un tel processus d'innovation sociale comporte un aspect opérationnel mais aussi un aspect éducatif dans la mise en mouvement et en action des parties prenantes, puisqu'il consiste à inviter celles-ci à concrétiser ensemble le lien entre enjeux énergétiques/écologiques appliqués à la construction ou à la rénovation, évolution des comportements et des modes de vie, recherche de nouveaux éléments de qualité de vie ou amélioration de celle-ci.

Il ouvre également la porte à des aspects qui dépassent largement le champ des fonctionnalités :

  • une meilleure capacité d'autonomisation des choix, à l'échelle individuelle ou collective,
  • une capacité de recréation de liens sociaux et des circuits de proximité, facteurs de cohésion sociale et de résilience.  

 

3/ Des scénarios d’innovation sociale servant de support au développement de nouvelles fonctionnalités écologiques au sein du bâtiment.

Le processus d’innovation sociale produit des scénarios mettant en relation qualité de vie et empreinte sociale, économique et environnementale.

Ces scénarios peuvent être illustrés comme suit :  

L’évaluation ex ante des conditions de qualité de vie fait apparaître un besoin d’accès à une nourriture locale et plus saine, qui ne peut être fournie que très partiellement par le tissu économique et agricole local dans des conditions financières acceptables.

En confrontant ces attentes exprimées et les cibles définies en matière d’empreinte écologique, il apparaît qu’un modèle d’économie circulaire pourrait être mis en œuvre dans le bâtiment en y développant une fonctionnalité « potager partagé » adossé à un dispositif de recyclage et d’exploitation des déchets sous forme de compost.

On ne parle plus d’usage à proprement parler, mais de fonctionnalités développées au sein du bâtiment, un terme plus adapté que celui d’usage car il inclut la production de valeur et de lien social.

Cette nouvelle fonctionnalité vient abonder la réduction de l’empreinte écologique globale via l’ouverture d’un circuit de recyclage des certains déchets et permet également d’améliorer le niveau de vie des habitants.

 

Conclusion

La trajectoire ambitieuse définie à l’horizon des 30 prochaines années concernant le bâtiment bas carbone nécessite de changer d’échelle et de mode opératoire, en élargissant l’approche au quartier et à la ville, en passant d’une logique de somme de choix individuels à celle induisant la montée en puissance de solutions collectives, et en promouvant une véritable dimension d’innovation sociale.

Par son approche holistique, systématique et inclusive, l’innovation sociale ouvre des capacités concrètes d’évolution adaptative, qui constituent le véritable enjeu des transitions au niveau humain. La production de nouveaux modes de vie, incluant les dimensions sociales, économiques et politiques est seule susceptible d’imprimer le mouvement global et sociétal, passant par des points de bascule et des effets d’entrainement positifs, qui rendra les transitions recherchées effectives dans la somme de leurs impacts énergétiques et écologiques.

 

Un article signé Stéphane Demarquette, Directeur associé Innovation Sociale Durable et Igor Salomon, Directeur associé ISD Conseil

 

 Crédit photo: Dewang Gupta via Unsplash

 

Url : www.isd-conseil.com

 

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Consulter l'article précédent :  #7 - Rénovation énergétique et environnementale des quartiers homogènes : du rêve à la réalité


           

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