#6 - Un diagnostic de vulnérabilité au service de la résilience des territoires

Publié par IAU IDF

La question de la résilience, individuelle ou collective, s’inscrit aujourd’hui pleinement dans les stratégies de gestion des risques naturels, et notamment de risques d’inondation. À l’échelle des territoires, elle suppose la connaissance, la compréhension et l’acceptation de la vulnérabilité des enjeux dans toutes leurs diversités.

Inondation par débordement, principal risque majeur en Ile-de-France

Le risque inondation est le principal risque naturel majeur auquel est exposé le territoire francilien. L’importance et la concentration des enjeux humains et socio-économiques potentiellement impactés par une crue majeure d’occurrence centennale de la Seine et de la Marne, de l’ampleur de la crue historique de 1910, mais surtout la vulnérabilité des grands réseaux structurants et les impacts durables qui en découlent sur le fonctionnement du territoire, constituent un enjeu de résilience pour l’agglomération parisienne.

En effet, au-delà des conséquences matérielles sur les biens exposés, une crue majeure serait à l’origine d’une crise globale et durable qui pourrait s’étendre sur une période de plusieurs semaines pour l’événement lui-même, et de plusieurs mois pour la gestion de l’après-crise et la réparation des dommages. La vie quotidienne d'une grande partie de la population régionale, le fonctionnement des activités économiques et des services publics… seraient en effet profondément perturbés par des dysfonctionnements, voire l’arrêt total des réseaux (électricité, eaux, communication) et des services urbains (transport, gestion des déchets, santé…), avec des répercussions au-delà des seules zones inondées.

 

Une connaissance améliorée, mais dont la valorisation locale reste à parfaire

Au cours des 15 dernières années, la connaissance du risque inondation en Ile-de-France a fortement progressé. Cette connaissance porte sur l’aléa et les modalités de survenance des grandes crues, mais aussi sur les enjeux exposés, aujourd’hui globalement bien connus. La connaissance a également progressé sur la vulnérabilité du territoire francilien, mais plutôt dans une appréciation d’ensemble, systémique. En revanche, les conséquences directes et indirectes de ces dysfonctionnements à l’échelle plus locale des bassins de vie exposés restent encore difficiles à apprécier, et surtout, restent mal appréhendées par les acteurs de ces territoires. Comment évaluer les perturbations sur l’organisation de tous les services publics de proximité (santé, social, éducation, administration…) qui tissent le lien territorial et sur les usages et usagers qui en dépendent ? Quels sont les impacts pour la vie quotidienne des populations ? Sur leurs mobilités ? Sur le fonctionnement économique ? Quels sont les enjeux de la gestion de crise ?

La vulnérabilité du territoire ne peut donc se limiter à la seule exposition des enjeux économiques ou humains. Elle doit aussi être analysée au regard de son fonctionnement et de ses liens avec les territoires voisins, de ses caractéristiques socio-économiques, de sa dépendance aux réseaux (énergie, assainissement, communication, transport…), de la vulnérabilité des services publics de proximité…

 

Diagnostiquer la vulnérabilité des territoires

Les politiques de prévention du risque inondation menées depuis plusieurs années ont mis en évidence l’importance de réduire la vulnérabilité des territoires aux inondations. Arrêtée en octobre 2014, la Stratégie nationale de gestion du risque inondation (SNGRI), vise au renforcement de la politique nationale de gestion du risque inondation, dans le cadre de la Directive inondation. Elle se structure suivant trois grands objectifs :

-    Augmenter la sécurité des populations exposées,

-    Stabiliser à court terme et réduire à moyen terme le coût des dommages liés à l’inondation,

-    Raccourcir fortement le délai de retour à la normale des territoires sinistrés.

 

En complément, la SNGRI identifie plusieurs grands défis : développer les gouvernances et les maîtrises d’ouvrages, aménager durablement les territoires, mieux savoir pour mieux agir et apprendre à vivre avec les inondations. Le défi « Mieux savoir pour mieux agir » met l'accent sur la connaissance de la vulnérabilité. L’élaboration du guide « Référentiel national de vulnérabilité aux inondations » par le CEREMA (co-pilotage DGPR– CEPRI) a permis de définir un cadre global et d’apporter des outils pour répondre aux objectifs de la SNGRI.

 

La Boucle Nord des Hauts-de-Seine, territoire test de la mise en œuvre du référentiel de vulnérabilité

C’est dans ce cadre que l’IAU s’est vu confier la mise en œuvre, à titre exploratoire, d’un diagnostic de vulnérabilité du territoire sur la Boucle Nord des Hauts-de-Seine (Boucle de Gennevilliers). Fortement exposée à une crue majeure, la Boucle nord des Hauts-de-Seine se caractérise par l'importance de l'urbanisation et les densités élevées de populations, la grande mixité d'usage des sols entre habitats (quartier pavillonnaire, grands ensembles d'habitat social…) et activités économiques. Ce territoire est également marqué par la présence de nombreuses infrastructures et de grands équipements structurants (traitements de déchets, énergie, logistique…), indispensables au fonctionnement de l'agglomération parisienne. Comme d'autres espaces franciliens riverains du fleuve, la Boucle de Gennevilliers connaît, dans un contexte métropolitain de fortes pressions foncières, des dynamiques conjuguées de mutation d'anciens sites industriels, de densification de son tissu urbain et de requalification des infrastructures.

IAU Gennevilliers résilience des territoires

 

Plusieurs enjeux majeurs de réduction de la vulnérabilité du territoire aux inondations ont été dégagés :

-    la gestion de crise, sa préparation, son organisation, la nécessaire solidarité entre les territoires… au regard de l’importance des enjeux humains exposés (127 500 habitants en zones inondables), de la forte exposition des équipements et services utiles à l’organisation des secours, de l’enclavement du territoire… ;

-    l’importance des dommages pour l’habitat (235 millions d’euros) et le très fort impact potentiel sur les activités économiques (7 800 établissements, 64 000 emplois exposés) avec des pertes d’activités des entreprises évaluées à plusieurs milliards d’euros ;

-    la forte exposition des services publics, les enjeux de mobilités (coupure des axes routiers et ferroviaires (métro, RER), l’impact potentiel sur de nombreux équipements de niveau métropolitain (Port fluvial de Gennevilliers, usine d’incinération des déchets, dépôts d’hydrocarbures…).

 

Ces enjeux illustrent la complexité d'un secteur urbain mixte et pose la question des effets systémiques sur le fonctionnement d'une crue majeure. Si l'étude réalisée portait sur la vulnérabilité de la Boucle Nord des Hauts-de-Seine, elle a clairement ouvert sur la question de la résilience du territoire. La complexité des phénomènes que l'inondation met en jeu comme la multiplicité des acteurs impliqués dans cet espace métropolitain justifie de renouveler les approches pour aborder la question de la résilience dans toutes ses dimensions d'échelles et de temps.

 

En abordant la question de la vulnérabilité des territoires aux risques d’inondation au travers de trois objectifs : « la sécurité des personnes », « l’évaluation des dommages », « la réduction des délais de retour à la normale », le Référentiel national est apparue comme pouvant constituer un cadre pertinent pour l’organisation de la réflexion en offrant la possibilité de croiser des approches :

-    Sur les différentes temporalités de la gestion du risque : le temps de la prévention avec la connaissance des aléas et des enjeux, la prise en compte dans l’aménagement, l’information préventive, la préparation de la gestion de crise… ; le temps de la gestion de crise et de son organisation (évaluation des enjeux, volume et spécificité des moyens à déployer) et enfin le temps de la post-crise et de la résilience (continuité et reprise d’activité des réseaux et de services publics, des activités économiques…).

-    Aux différentes échelles, de la plus fine, celle du bâtiment ou de la construction jusqu’à des échelles plus larges qui dépassent les seules zones directement exposées, en renvoyant à des questions de vulnérabilité systémique, de solidarité, de mutualisation des moyens.

 

Le Référentiel national permet aussi d’aborder, à travers l’identification des différentes sources de vulnérabilité, des questions qui prennent aujourd’hui une place de plus en plus importante dans la mise en œuvre de la Directive inondation (PGRI, SLGRI, PAPI…) : la vulnérabilité des réseaux et des services publics qui tissent le lien territorial, ou encore le partage de l’information et la culture du risque. Il permet de sensibiliser sur la nécessité d’une prise en compte plus globale des risques et de la vulnérabilité et doit conduire les Maitres d’ouvrage à s’interroger sur les notions de continuité d’activité, d’impacts indirects, de durée de la crise, mais aussi d’associer la multiplicité des acteurs concernés : élus, services techniques des collectivités, opérateurs et gestionnaires de réseaux, acteurs économiques, populations… pour ouvrir sur des pistes d’actions différenciées.

 

Ludovic FAYTRE, Responsable Etudes risques/aménagement à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme Ile-de-France (IAU Ile-de-France)

 

https://www.iau-idf.fr/environnement.html#.filtre-risques-naturels-et-technologiques

http://www.iau-idf.fr/nos-travaux/publications/la-resilience-urbaine-face-aux-risques-necessite-dune-approche-collaborative.html

https://www.iau-idf.fr/nos-travaux/publications/referentiel-national-de-vulnerabilite-aux-inondations.html

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/20160923_Guide_GT_Referentiel_vulnerabilite.pdf

http://www.set-revue.fr/gestion-du-risque-inondation-connaissances-et-outils-au-service-de-lamenagement-des-territoires

https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/boutique/resilience-urbaine-securite-territoires-crises-redoutees


Modéré par : Izadora Alcanfôr

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