Expérimenter un agro-urbanisme participatif

Publié par Lucie Mesuret

Etudiants agronomes et architectes-urbanistes s'invitent sur le territoire de la Métropole du Grand Nancy

Le Collectif Vues d’Ici a rencontré Christophe Schwartz (Professeur en pédologie urbaine à l’Université de Lorraine, ENSAIA/INRA), Alain Guez (Architecte urbaniste, enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy) et Dominique Valck (Président du Conseil de Développement Durable de la Métropole du Grand Nancy) qui ont évoqué la démarche interdisciplinaire d’un projet d’agro-urbanisme sur la Métropole du Grand Nancy, au jardin participatif des Trois Maisons. Ils ont associé des étudiants en agronomie et en architecture-urbanisme pour coproduire le projet. Au moment de leur intervention en 2016, la parcelle avait été choisie par la ville de Nancy pour héberger un projet d’aménagement prévoyant de l’habitat, et la mobilisation citoyenne autour du jardin partagé était importante. Ainsi, les étudiants ont dû s’adapter à cette réalité du terrain, et penser un projet qui intègre la réalité des sols, de la pression foncière mais aussi du projet de société, porté par la société civile.

Pour ce projet, vous avez associé vos étudiants tout d’abord autour d’un workshop d’une semaine d’acculturation puis d’une phase de terrain. Comment les pratiques, les méthodes et les concepts de chacune des disciplines ont-ils dialogué ?

Alain Guez : Les architectes urbanistes sont déjà dans la mobilisation de savoirs extérieurs qui vont converger et cristalliser dans du projet. Le projet, c’est la convergence de connaissances différentes vers une synthèse nouvelle.

Christophe Schwartz : L’agronome va venir expliquer à l’urbaniste qu’au-delà de mètres carrés, on est face à des volumes. Un sol est en effet un volume vivant, un profil de sols. Lorsqu’on le décape, on le modifie et il n’a plus les mêmes capacités à rendre des services et c’est pourtant ce qu’on attend des sols en ville. Le tronc commun d’analyse des choses c’est justement cette logique de service. Tout le monde comprend la notion de service.

Dominique Valck : On parle souvent entre nous « d’univer-cité », c’est-à-dire que les projets sont connectés à des singularités territoriales très fortes, comme c’était le cas aux Trois Maisons. Les étudiants se sont trouvés connectés aux citoyens, au projet de société.

agro-ubanisme participatif

 

Les étudiants étaient donc très connectés au terrain et donc au territoire…

D.V : Oui, on a convié les étudiants à un projet de société. En 2013, la métropole avait initié une démarche pour imaginer comment le Grand Nancy pouvait être en 2050. On y a associé les étudiants de plusieurs universités. Ça a produit des choses incroyables ! Dans le projet des Trois Maisons, ils ont eu un rôle de médiateur. Ils ont amené de la distance, de l’analyse, de l’objectivité. Les gens se sont mis en position d’écoute, ce qui n’était plus du tout le cas. En termes de qualité démocratique, ce projet est un vrai objet d’étude.

C.S. : Tout à fait, c’est sur le territoire que les idées se sont cristallisées, sur des îlots en milieu urbain voire sur la métropole entière. Le terrain de jeu est le territoire. Il faut aller sur un site, le palper, évaluer ses caractéristiques, aller tout simplement creuser un trou, observer un sol.

A.G : Oui, on a pu s’appuyer sur un terrain concret. C’est à la fois des sols mais aussi un terrain social et symbolique. Ça a posé un problème aux étudiants d’ailleurs, car ils ont rencontré une question de société qui s’est trouvée cristallisée dans un objet très concret, un petit jardin. Et ce qu’on disait sur le positionnement entre les disciplines qui se confortent en se confrontant, il s’est passé finalement la même chose dans l’interaction avec le débat qui était en train de se construire et de se tendre d’ailleurs sur le terrain. Tout cela était très formateur : on les a poussés à assumer ce qu’ils étaient capables d’apporter dans la discussion. Je crois que nos disciplines sont des sciences du vivant. L’adhésion des étudiants à ce genre de rencontres leur a permis de comprendre comment la matière sur laquelle ils travaillent est une matière vivante, et comment la rendre plus vivante.

Quels ont été les impacts de ce projet dans la formation des étudiants ?

C.S : Un des paris les plus forts, c’est de travailler en amont : former des jeunes qui vont être dans une vision de leur métier qui va changer. Ils vont être dans une forme d’ouverture. Pour l’agronome, il va se dire « tiens, la ville m’est accessible, je peux apporter quelque chose à un urbaniste », et l’urbaniste va se dire qu’il travaille lui aussi sur du vivant. Je suis convaincu que ce type de projet pédagogique a aussi pour vocation de générer une nouvelle génération d’acteurs. L’idée n’est pas de transformer la ville en forêt, c’est de créer des conditions pour qu’on optimise l’utilisation de l’écosystème urbain par rapport aux fonctions et aux services qu’on attend. Et là, on a encore une grande marge de progrès. Derrière l’agronomie, il y a les sciences végétales, les sciences animales, du sol, voire les sciences économiques et sociales. Cette vision agronomique intégrée est très importante. Il faut donc travailler ensemble entre les disciplines, et faire écosystème. On est bien dans l’écosystème urbain et c’est cette vision là qu’on a en commun.

Propos recueillis par Lucie Mesuret, Collectif Vues d’Ici
Illustration : Antonio Malusà, Collectif Vues d’Ici © 2018 Antonio Malusà

 

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Cet article a été rédigé par le Collectif Vues d’Ici dans le cadre d’une commande de communication participative pour le domaine d’innovation de l’Inra « Agriculture et alimentation en ville ». Un site internet sera ouvert prochainement (courant février) et permettra de découvrir quelques projets conduits dans ce domaine d'innovation, dont celui présenté dans cet article, sous forme de bande dessinée documentaire.
A suivre !

Contact : francoise.maxime@inra.fr

 

Modéré par : Clément Gaillard

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