#2 Paie-t-on l'eau assez cher ?

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S’il est difficile de donner une valeur à l’eau que nous consommons, nous savons tous qu’elle a un coût. La politique tarifaire de l’eau est à l’origine du financement des aménagements engagés pour assurer une alimentation en eau potable à tous.

Dans le Grand-Est tous sur le pont

Aujourd‘hui, les gestionnaires de l’eau rivalisent d’ingéniosité pour assurer à leurs abonnés un service de qualité de plus en plus sécurisé. La redistribution des compétences entre syndicats d’eau potable et communautés de communes pousse les acteurs de l‘eau à optimiser leur gestion de l’eau potable.  

Certaines structures mettent sous contrôle leurs réseaux de transfert et donnent priorité à la recherche de fuite car quand la ressource est rare, la recherche de la fuite est primordiale. Ces réseaux sont équipés de corrélateurs fixes qui détectent chaque nuit d’éventuelles fuites. La réactivité peut donc être optimale. Elle permet de limiter au maximum le gaspillage. Associée à une politique de renouvellement préventive, cette surveillance permet le maintien de rendements compatibles avec le décret du 27 janvier 2012.

D’autres structures mettent en place un comptage dernier cri ou une gestion patrimoniale des réseaux (avec géo référencement complet des ouvrages et intégration SIG), ou mènent des actions en prévision et protection de la ressource.

Mais d’autres encore, découvrent en prenant la compétence eau, la vétusté des équipements de certaines communes enchantées de se débarrasser de cette responsabilité. Car il existe des communes qui ont décidé de ne plus s‘engager sur le renouvellement de leur réseau d’eau potable. Est-ce une histoire de coût, un manque de vision à long terme ou une démission des personnes en responsabilité ?

De nouveaux métiers et de nouvelles formations sont au rendez-vous! Dans le magazine de l’ENGEES de mars 2019, vous pourrez découvrir une nouvelle formation de « gestionnaire de bassin d’alimentation de captage ». Le monde de l’eau avance très vite.

Attractivité des territoires ayant une eau peu chère,

En milieu rural, encore aujourd’hui, l’attractivité d’une commune s’apprécie aussi à son cout de l’eau. De la politique tarifaire menée par la collectivité dépend parfois la venue de nouvelles familles sur la commune. Ce dumping du prix de l’eau entre petites structures locales a stoppé l’évolution saine du prix de l’eau qui devait permettre d’engager les renouvellements indispensables après parfois près d’un siècle d’utilisation des infrastructures.

Souhaitons que la réorganisation des services de l’eau fasse disparaitre de tels comportements.

L’ARS veille au respect des obligations que sont le traitement de l’eau et le maintien de sa qualité.

Cela passe par la chloration et, après la chasse aux canalisations en plomb, celle aux PVC posés avant 1980 pour un problème de chlorure de vinyle monomère. Mais si tous plaident pour la sécurité, personne ne veut boire une eau chlorée… surtout ceux qui n’ont jamais connu cela. Quel luxe !

Tout le monde (ou presque) s’accorde sur la nécessité de protéger les ressources existantes. Certaines collectivités ont pris le parti de mener à terme ou de renouveler leurs Déclarations d’Utilité Publique, parfois trop anciennes pour répondre aux enjeux actuels. Ces démarches sont soutenues par l’ARS qui donne aux collectivités qui s’engagent, le tempo de la démarche.

Depuis le 1e janvier 2019, l’AERM ne peut intervenir que pour les communes reconnues en pénuries permanentes.

Ce qui représente une faible proportion des services d’eau en Lorraine, notre région étant, somme toute, pourvue d’importantes réserves sur la majorité du territoire.

L’Etat ayant orienté les budgets des Agences de l’Eau vers d’autres problématiques environnementales, ces dernières ne peuvent plus assurer leurs missions d’aide aux collectivités. Le 11ème programme de l’AERM est en deçà de toutes les craintes exprimées par les acteurs du monde de l’eau. Ce véritable désengagement des « agences de l’eau » dans un contexte financier plus que tendu va accélérer le transfert des compétences « eaux » des petites collectivités vers les CodeComs.

Cependant, les collectivités qui désirent travailler à l’amélioration de leurs réseaux d’eaux potable pourront apprécier les « appels à projets » de cette fin d’année.

Certes, il y a une certaine cohérence dans la démarche, mais espérons que les agences de l’eau reprendront leurs missions d’aide aux collectivités dans leurs problématiques « eau » au plus tard dans leur 12ème programme pour panser les plaies de la réorganisation tant attendue. Un autre choix aurait été un réel accompagnement des CodeComs par les agences de l’eau pour ces transferts de compétences.

La loi NOTRe est censée, en partie, gommer les disparités entre les diverses entités gestionnaires de l’eau.

Une profonde transformation s’est engagée et de nombreux services communaux et petits syndicats disparaissent au fur et à mesure que la compétence en la matière est confiée aux CodeComs et Métropoles. Seuls quelques syndicats importants, implantés sur plusieurs CodeComs ou départements perdureront.

La réforme ne se fait pas sans mal, le transfert de compétence met en évidence des rivalités centrées sur la ressource en eau et son coût actuel ainsi qu’une sous-estimation des contraintes spécifiques du service à assurer...

Si le transfert de la compétence « assainissement » a été parfois une aubaine pour certaines collectivités il en est de même pour l’eau potable.

En attendant, la petite structure avance lentement en espérant ne pas devenir quelques compteurs d’eau en plus à gérer pour la CodeCom qui réfléchit à ces futures compétences et obligations de 2020 ou 2026. La petite structure est cernée, d’une part par des abonnés qui défendent jalousement leur indépendance et ne veulent pas confier LEUR ressource à d’autres, et d’autre part par une CodeCom qui risque de devenir celle qui a augmenté le cout de l’eau en engageant des investissements couteux mais indispensables.

Les exemples, où la fusion des services de l’eau sera tendue, sont nombreux. A l’enjeu d’alimentation en eau potable s’ajoute les disparités de territoires. Là, c’est une collectivité dont une seule commune représente 80 % des usagers. Ici, c’est l’hétérogénéité des modes de gestion (délégation et régie) qui doit être prise en compte. Autre part, c’est le nombre d’ouvrages à renouveler.

Il existe des tensions, certes. Le transfert de compétences doit être l’occasion de s’interroger sur les modes de gestion passés et de construire ensemble l’avenir des territoires.

Dans de trop nombreux cas, le prix actuel de l’eau ne permet pas de financer les travaux d’aménagement nécessaires pour assurer à la fois une alimentation en eau potable à tous et un renouvellement des installations dans des délais raisonnables.

Nous convenons tous d’attribuer une valeur importante à cette eau qui nous est indispensable mais refusons d’en payer le juste prix. Le prix de l’eau n’est pas assez élevé, mais tant qu’il ne pourra être justifié aux yeux de tous, il ne pourra augmenter. Pour accepter de payer notre eau à la hauteur de la valeur que nous lui donnons, son coût doit être compris.

Ce que nous réserve l’avenir est un mystère, mais aujourd’hui une nécessité s’impose à nous ! Nous devons saisir cette opportunité qu’est la redistribution des compétences pour prendre en main notre eau et agir sur la qualité d’un service qui doit rester public. Il est urgent d’agir.

 Un article signé Gilles Uda, BEPG

Traitement, captage, consommation, épuration : l'eau dans tous ses états

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Modéré par : Alice Dupuy

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