Une station bioGNV pour répondre aux besoins environnementaux et énergétiques des Monts du Lyonnais

En créant sa station bioGNV, la communauté de communes des Monts du Lyonnais a relevé le défi d’associer performance environnementale et économique. Cela lui permet de s’inscrire dans la transition énergétique, de développer une offre de mobilité verte accessible à tous et principalement aux véhicules industriels et de valoriser les acteurs de son territoire (agriculteurs, entreprises, habitants). Une véritable démarche vertueuse d’économie circulaire dans un territoire pouvant servir de modèle pour les collectivités qui souhaitent développer ce type de projet. Rencontre avec Thomas Robert, directeur du parc Eco Habitat de la communauté de commune des Monts du Lyonnais et chef de projet de la station bioGNV.

 

Dans quel contexte s’inscrit cette station bioGNV ?

Thomas Robert : Ce projet de station bioGNV a débuté en 2015, à l’initiative de la communauté de communes des Monts du Lyonnais. Il s’appuie sur un projet de méthanisation déjà existant, Méthamoly, porté par SAS Agri ENR (détenue à plus de 50% par des agriculteurs). Ce méthaniseur a commencé à injecter du gaz dans les réseaux en mars 2019 et collecte 17 000 tonnes d’intrants par an. C’est à partir de cette initiative que la communauté de communes s’est mise à penser au biocarburant. Dès le début, nous souhaitions que la station ait une forte vocation pédagogique : il s’agit de montrer aux habitants qu’il est possible d’avoir un carburant local alternatif, qui ne se base ni sur les énergies fossiles, ni sur l’électricité.

En savoir plus sur le bioGNV.

 

Quelles sont les spécificités de cette station bioGNV ?

T. Robert : La station est opérationnelle depuis septembre 2020. Elle a 4 pistes de remplissage, ouvertes au public. Les usagers peuvent payer aux bornes par carte bancaire.

La station accueille deux types de public :

  • Des particuliers, avec des véhicules légers. Une dizaine de véhicules viennent s’approvisionner par jour, sachant qu’un plein permet une autonomie d’environ 400 km.
  • Des transporteurs locaux qui se sont engagés à acheter des véhicules roulant au biogaz afin d’assurer la rentabilité de la station. Environ 10 poids lourds viennent à la station par jour, parmi lesquels : la Benne à Ordures Ménagère de la collectivité, un 3.5t de la société Alter-Monts (fabriquant de fromages Bio), quelques Véhicules Utilitaires Légers (artisans du bâtiment) et des cars de Kéolis, Maisonneuve et Venet-Voyages.

La grande particularité de la station est son évolutivité, qui permet de moduler l’installation en fonction de la demande. En effet, la station se compose de containers-modules. Le container installé actuellement contient deux petits compresseurs, ainsi que tout le système de stockage, pour une capacité de 15 poids lourds par jours. Plus la demande augmentera, plus nous augmenteront le nombre et la taille des container installés.

Le lieu de la station n’a pas été choisi au hasard. La collectivité a réalisé une étude de marché pour trouver l’endroit optimal où installer la station. Nous avons choisi le lieu actuel parce qu’il est à 100m de distance de l’unité de méthanisation, entouré d’un tissu d’entreprises locales et bien placé pour les lignes de bus.

 

A quels enjeux de votre territoire répond cette station ?

T. Robert : La station répond à trois grands enjeux du territoire. Tout d’abord, elle s’inscrit dans la transition énergétique des Monts du Lyonnais, engagée depuis plusieurs années déjà. Nous avons par exemple pour objectif de devenir territoire à énergie positive d’ici 2050. Les élus sont très moteurs dans le projet. Cette station permet de rendre l’énergie aux citoyens, de la décentraliser, et surtout d’augmenter notre résilience face au coût de l’énergie, souvent lié à des enjeux géopolitiques internationaux.

La station répond également à un enjeu de mobilité durable. En milieu rural, le déplacement en voiture individuelle est incontournable pour les particuliers, que ce soit pour faire ses courses, travailler, chercher ses enfants à l’école, etc. Les services intercommunaux ont également un grand besoin de mobilité : il y a de grandes distances à couvrir pour les lignes de bus ou les camions-benne par exemple. Si on veut rendre plus vertueuse la mobilité dans les Monts du Lyonnais, il faut donc jouer sur le type de carburant utilisé. Nous pensons que le bioGNV est une très bonne alternative à la mobilité électrique, même s’il est encore peu connu. Par exemple, selon les analyses de cycle de vie, les véhicules bioGNV émettent moins de CO2 tout au long de leur vie que les véhicules électriques. Et c’est moins cher de rouler au gaz ! Cela permet de développer une mobilité verte accessible à tous. Mais pour l’instant, le marché automobile ne va pas en ce sens. Par exemple, nous avons un concessionnaire local Peugeot qui fait le pari du bioGNV, alors même que la maison mère passe au tout électrique. Ou alors, certaines offres existent à l’étranger, mais pas en France, à l’instar des véhicules bioGNV de Fiat.

Enfin, cette station valorise les acteurs du territoire, notamment les agriculteurs à l’aide de l’économie circulaire. Les deux intrants utilisés dans le méthaniseur, qui fournit la station, sont les biodéchets (à hauteur de 7000 tonnes) et les déchets issus de l’agriculture (10 000 tonnes). Les biodéchets correspondent à des déchets composés de matières organiques. Dans le cas présent, ce sont des déchets alimentaires issus des restaurants scolaires locaux. Nous souhaiterions d’ailleurs élargir aux restaurants d’entreprise. La méthanisation nous permet de renforcer les liens entre la collectivité et ses agriculteurs, l’agriculture étant la première économie du territoire.

 

Comment et avec quels partenaires avez-vous monté ce projet ?

T. Robert : Nos partenaires principaux dans le montage financier de la station BioGNV ont été les agriculteurs et les pouvoirs publics. Le coût total du projet est estimé à 700 000 euros. Au départ, la collectivité devait supporter seule le coût du financement. Les agriculteurs engagés dans Méthamoly ont émis le souhait d’investir eux aussi dans la station, mais n’étaient pas sereins quant à la rentabilité du projet. Finalement, nous avons remporté un appel à projet de la région Rhône-Alpes, ce qui nous a permis d’aider à financer l’achat de 10 poids lourds roulant au gaz vert. Nous avons ainsi pu sécuriser et garantir la demande locale en biocarburant. Cela a rassuré les agriculteurs, qui ont investi dans les compresseurs de la station. Nous avons également reçu des subventions de l’Etat à hauteur de 277 000 euros dans le cadre de l’appel à projet national Territoires à Energie Positive pour la Croissance Verte.

Notre station bioGNV s’inspire de celle de Mortagne-sur-Sèvres, que nous avons visité avec les élus et les agriculteurs. Cette visite a également permis de rassurer les parties prenantes du projet, de leur montrer qu’il était réaliste.

 

Comment avez-vous mobilisé les habitants et les entreprises du territoire ?

T.Robert : La station bioGNV est au service du territoire, de ses entreprises et de ses habitants. Nous avons essayé de le rappeler à chaque étape du projet. D’ailleurs, nous avons créé une charte graphique autour de la station, qui l’associe à l’identité des Monts du Lyonnais.

La collectivité a mené un grand travail de sensibilisation aux véhicules propres. Comme je le disais, le bioGNV est encore assez méconnu. Nous avons organisé des essais de véhicules roulant au gaz pour les habitants des Monts du Lyonnais. Nous avons également mis en avant le bioGNV tour, lors duquel ces véhicules font le tour du pays pour faire connaître ce carburant. D’après les retours des habitants que nous avons eus, ces derniers ont encore beaucoup de questionnements. Les particuliers n’osent pas franchir le pas, ils restent encore timides à cette idée.

Passer au biocarburant est plus facile pour les entreprises, qui renouvellent plus régulièrement leur flotte de véhicules et pour les transporteurs, qui intègrent la transition énergétique dans leur stratégie d’entreprise. Nous avons fait de nombreuses réunions afin de les intégrer dans le projet, nous avons fait visiter l’unité de méthanisation aux transporteurs, ce qui a permis de les convaincre plus facilement et même d’attirer des acteurs supplémentaires. Il ne faut pas oublier le rôle des aides reçues de la région pour acheter des poids lourds bioGNV, qui ont été un véritable accélérateur de la démarche.

 

Est-ce que vous diriez que ce projet est facilement reproductible ?

T. Robert : Tout à fait et la preuve en est puisque nous avons suivi l’exemple de la station de Mortagne-sur-Sèvre. La spécificité même de notre station et son l’évolutivité, la rendent facilement reproductible. Ce type de station est capable de s’adapter aux besoins d’un territoire. Elle convient donc à de nombreuses situations. Cela permet d’éviter aux petits territoires d’investir beaucoup dans une grosse installation alors que la demande n’est pas garantie.

Ensuite, notre station est rentable. C’est la preuve qu’un projet de ce type peut fonctionner dans un territoire rural. Les Monts du Lyonnais, c’est 35 000 habitants. Cela montre bien que les stations bioGNV ne sont pas réservées aux stations d’autoroute, comme on le pense souvent.

Enfin, toute collectivité qui souhaite se lancer dans un projet semblable peut bénéficier d’un accompagnement qualitatif, comme cela a été le cas pour nous. Nous avons été accompagnés par GRDF, l’Ademe et la région Rhône-Alpes du début à la fin du projet. Pour les territoires engagés dans la démarche TEPOS, il est également possible de s’appuyer sur le réseau CLER. Il ne faut donc pas hésiter à solliciter ces acteurs.

 

Accéder à l'étude de cas infrastructure de la station bioGNV.

 

Crédits photo : Fred Berthet

Propos recueillis par Manon Salé - Construction21, la Rédaction

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Auteur de la page

  • Ludovic GUTIERREZ

    Responsable Grands comptes

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