Le parc fluvial des Isles, un lieu partagé avec le fleuve

Rédigé par

Gaëlle LE SAOUT

1106 Dernière modification le 31/05/2023 - 12:00
Le parc fluvial des Isles, un lieu partagé avec le fleuve

 

La mutualisation des lieux et la chronotopie des espaces publics sont au cœur de la réflexion menée sur la ZAC Pirmil-Les Isles, notamment au sein du parc fluvial des Isles, à Rezé (44). Un parc inondable de 4 ha le long de la Loire, sur d'anciens terrains industriels. Le projet y prévoit la remise en place de près d’un hectare de zones humides en cœur de métropole. La berge est pensée comme un lieu de partage avec le domaine du fleuve et vise à l'universalité des usages. L'enjeu du rythme des usages est ainsi travaillé avec celui du fleuve. 

Retrouver des usages urbains sur un secteur industrialisé

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, afin de permettre l’installation d’activités, la rive sud de la Loire, face à l’île de Nantes, a été fortement remblayée sur le lit du fleuve. La berge naturelle et les prairies humides qui la longeaient ont laissé place à des activités variées au sein de grands hangars et d'entrepôts. Une confrontation brutale avec les quelques maisons du village de Basse-Île, déconnectées de leur rapport au cours d’eau. Aujourd’hui, bien que parfois vacants, les bâtiments sont toujours présents et ne laissent en rien entrevoir la proximité avec la Loire. Quant à lui, l’espace public est principalement dédié à la voiture et fréquenté quasi exclusivement par les riverains et occupants des activités encore en fonctionnement.  
Malgré sa situation privilégiée en cœur de métropole, le site offre aujourd’hui peu d’usage et, au fur et à mesure de la désertification des activités, tend même à réduire plus encore les espaces fréquentés. 
   

Ce secteur de la ZAC Pirmil-Les Isles est longé sur plus de 700 mètres par la Loire, faisant l'interface entre les villes de Nantes et de Rezé, et face à l’île de Nantes en reconversion ; un positionnement stratégique pour devenir un quartier attractif de la nouvelle centralité métropolitaine. Dès lors, l’ambition de créer ici un parc public, de rouvrir les vues sur le fleuve et de reconnecter le site à son territoire s’est imposé dans la conception de la ZAC. 
Une requalification capable de permettre la réappropriation du lieu, d’attirer les usagers et donc d’intensifier les activités possibles au sein de ce territoire en partie abandonné.

S'inspirer du modèle naturel 

S’appuyer sur les atouts du territoire pour donner une vraie place à la nature en ville est un enjeu majeur du projet. Par un travail de renaturation et de valorisation écologique, le projet cherche à supprimer les marqueurs des activités et d’artificialisation des sols qui ont conduit à l’appauvrissement des milieux. La création d’un parc fluvial va permettre de retrouver des berges au fonctionnement naturel et offrir ainsi de vrais espaces de reconquête de la biodiversité.
La conception du parc s’inspire de la berge attenante au port de Trentemoult qui constitue un témoignage rare en cœur de métropole de la végétation spontanée alluviale. Roselières et boisements divers s’y sont installés naturellement en fonction des conditions d’immersion. Le phénomène de marée est ressenti jusqu’au cœur de la métropole nantaise, avec un marnage maximal de près de 6 mètres (différence altimétrique entre la marée basse et la marée haute). Chaque jour, une partie de cette végétation est donc recouverte par la Loire, conduisant à la sélection naturelle de certains végétaux. Une végétation étroitement liée aux conditions altimétriques et au nivellement.

Créer un parc métropolitain tout en restituant la berge de Loire

L’observation de ces milieux existants a permis de comprendre les conditions d’installation de la végétation et donc d’en déduire un kit de conception. Celui-ci permet de penser le dessin du parc et des espaces capables en prenant en compte les dynamiques naturelles et en favorisant ainsi la résilience du territoire.
Le projet intègre systématiquement un adoucissement au maximum des berges permettant de s’affranchir de dispositifs techniques de protection de berge tout en proposant de larges espaces capables pour les usagers. Ainsi, globalement, pour préserver les vues et les ouvertures, des cotes altimétriques basses sont recherchées car elles permettent une immersion régulière du milieu. À l’inverse, pour favoriser la mise en place de boisements ou bosquets, le nivellement sera plus élevé afin de réduire les fréquences d’immersion. 

Le prototypage fait partie intégrante du mode de conception de la ZAC. Afin de tester et mettre en pratique ces hypothèses de nivellement, le jardin test de la cale Aubin a été réalisé en 2022. Situé à l’extrémité ouest du futur parc, ce jardin prototype permet de tester l’abaissement du nivellement, d’observer la reconquête végétale tout en ouvrant la vue sur le fleuve et en proposant un lieu d’investissement et d’activation.

Augmenter les surfaces d’espaces naturels en cœur de métropole 

L’organisation du parc s’appuie sur la typologie de la rive actuelle et ses trois séquences. L’ouverture centrale permet au fleuve de pénétrer ainsi au cœur du parc. Il se rapproche alors de la rue de la Basse-Île dans une configuration proche de celle de 1944. Une reconquête volontariste qui permet de restituer près d’un hectare de zone humide au cœur de la métropole. L’augmentation du linéaire entre le fleuve et le milieu terrestre permet en plus de diversifier le milieu, offrant ainsi un réel gain en termes de biodiversité.

Penser le rythme des usages sur celui du fleuve

Les ambiances sont peu nombreuses mais contrastées, jouant sur les milieux ouverts ou les bosquets, plus intimistes. Si elles se veulent simples, elles ne sont pas pour autant simplistes et offrent aux usagers une immersion au plus près des milieux naturels. 
Le parc est un espace de partage entre les milieux naturels et les lieux d’usages constitués de clairières et de larges prairies. Son dessin est un compromis entre l’extension des surfaces laissées à la nature et la création de lieux à disposition des futurs usagers.

La Loire et son paysage environnant font partie intégrante du parc des berges, si bien que les limites de ce dernier disparaissent et se fondent dans le milieu naturel. Un « emprunt » du paysage environnant qui permet d’amplifier le parc par le travail sur les perspectives et les ouvertures, un art que les Japonais appelle le « Shakkei ». Ce dialogue avec le milieu naturel est d’autant plus présent que le parc est soumis au marnage de la Loire. L’ensemble de la berge est inondable et les prairies submersibles sont donc des surfaces appropriables, aux dimensions variables en fonction des marées. Pour les occurrences les plus fréquentes, les prairies et clairières sont accessibles en totalité. Cependant, lors des marées les plus importantes, les lieux d’usages se concentrent sur les parties les plus hautes de la berge et s’effacent complètement au profit du milieu naturel. 

Les espaces appropriables et la perception du lieu varient donc quotidiennement au rythme du fleuve mais également au rythme des saisons. Les seuls parcours et chemins imperméabilisés sont situés le long de la rue, en quai sur le parc. En hiver, ou lors des jours de pluie, les usages seront donc concentrés sur le quai où sont implantés la plupart des mobiliers et équipements.

Frugalité et universalité 

Le parc est peu équipé et le mobilier installé est brut afin de maximiser sa résistance aux submersions, mais surtout de proposer un lieu réversible pour tous. En ne ciblant pas volontairement trop d’usages spécifiques comme pourrait le faire une aire de jeux ou un terrain de sport, le parc est accessible pour tous et offre avant tout des espaces capables. C’est-à-dire des lieux susceptibles d’accueillir des activités de nature et de taille variées, au gré des envies des usagers ou des programmations évènementielles.  

Le parc fluvial propose de larges espaces enherbés offrant des vues sur la Loire et l’île de Nantes. Ces prairies à très faibles pentes permettent aux usagers de profiter d’espaces de détente et de contemplation mais aussi d’espaces capables d’accueillir des activités diverses (jeu de ballon, cinéma de plein air, etc.). Au centre, la grande prairie et la presqu’île forment une ouverture majeure centrale. 
De part et d’autre, des boisements sont mis en place. Espaces clos, ils laissent libre court à la végétation de se développer pour créer des réservoirs de biodiversité pluristratifiés. Leur positionnement permet de former des clairières au sein desquelles quelques bancs ou petits équipements sont disposés et proposent des lieux ombragés plus intimistes.

Ainsi, par la diversité des espaces offerts, lieux ombragés ou ensoleillés, espaces ouverts ou intimistes, large prairie ou petite clairière..., les possibilités d’appropriation et d’usages sont variées et permettent à un large public de s’y installer.

 

Un article signé Gaëlle Le Saout et Sylvanie Grée, D’ici là

 


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