Intégrer le ressenti des usagers pour une adaptation réussie du milieu urbain aux climats futurs

Rédigé par
Zineb JKAOUA

Cheffe de projet / Doctorante

22826 Dernière modification le 13/04/2023 - 09:57
Intégrer le ressenti des usagers pour une adaptation réussie du milieu urbain aux climats futurs

Dans le cadre de ses travaux sur les îlots de chaleur urbains, Verdi mène une étude sur la participation des usagers pour évaluer la perception du confort thermique. Une approche considérée comme un critère clé pour garantir la réussite des projets et adapter les espaces au climat de demain.

La méthodologie adoptée est basée sur des campagnes de mesures physiques sur site et des enquêtes de terrain auprès des usagers par le biais de questionnaires. Le but étant d’étudier le confort thermique en milieu urbain et de mettre en évidence la nécessité pour les concepteurs et les maîtres d’ouvrage d’avoir à disposition une approche participative et des indicateurs leur permettant d’évaluer le niveau de confort thermique atteint dans les différents espaces extérieurs.

La mobilisation mondiale pour la COP27 face à la réalité du réchauffement climatique nous amène à penser et à s’interroger sur le confort microclimatique, à réexaminer la planification urbaine et à trouver les moyens les plus efficaces afin de réduire les effets des périodes caniculaires.

En effet, la surchauffe urbaine cause des désagréments et détériore les conditions de vie dans les zones urbaines, où de nombreuses activités humaines sont concentrées. Aujourd’hui, il apparaît nécessaire d’adopter des stratégies et des actions d’adaptation et d’atténuation, d'autant plus que les impacts devraient s'accentuer. Il est prévu que les épisodes de chaleur extrême deviendront plus fréquents et intenses dans l'avenir, avec des températures moyennes en constante augmentation et une saison estivale de plus en plus longue. Les individus utilisent les lieux qu'ils fréquentent en fonction de leurs activités et de leurs ressentis et établissent une relation intuitive subjective avec leur environnement.

Ces dernières années et suite au dérèglement climatique, l’attention accordée à la qualité des espaces extérieurs et à leur capacité à fournir un confort thermique pour les usagers a considérablement augmenté.

« Offrir un environnement extérieur confortable et agréable, passe par la maîtrise des conditions climatiques locales et la prise en compte des besoins des usagers »
 

Le microclimat d'un espace extérieur a une influence sur son utilisation, sa fréquentation et a ainsi un impact sur le cadre de la vie urbaine. Chaque site possède un microclimat unique, comprenant des configurations spécifiques de températures, vents et rayonnements. En effet, ces conditions climatiques peuvent limiter ou prolonger la durée d’occupation des espaces urbains et renforcer leur attractivité.

Pour des espaces extérieurs de qualité : amélioration des espaces extérieurs

Les espaces extérieurs jouent un rôle très important dans la qualité de vie et peuvent contribuer significativement à un mode de vie plus sain et épanouissant. Diverses mesures peuvent être mises en œuvre pour assurer le confort et créer des îlots de fraîcheur. La végétalisation peut être une source de fraîcheur en créant des zones ombragées et rafraîchissantes, elle aide à réguler l'humidité dans l'air par l'évapotranspiration. Les dispositifs tels que les jets d'eau et les brumisateurs peuvent également être un moyen efficace en favorisant l’évaporation de l’eau. De plus, la perméabilisation des sols peut contribuer à la fraîcheur en permettant à l'air et à l'eau de circuler librement. Il est important de noter que pour que ces mesures soient opérationnelles, elles doivent être mises en place de manière étudiée et intégrée à la planification urbaine globale.
 

Une large palette de solutions, mais laquelle ?

Le milieu extérieur est ouvert et imprévisible, soumis à de fortes fluctuations thermiques qui peuvent affecter le confort de l'individu. Il est le lieu d'interactions complexes entre l'atmosphère, le rayonnement solaire et la ville. La complexité de l'analyse de la perception thermique dans les espaces extérieurs est due à la diversité spatiale (en fonction de la matérialité, des formes et de l'agencement des espaces) et temporelle (au rythme des journées et des saisons), ainsi qu'aux nombreux facteurs qui interagissent.

Il est donc difficile de décrire la réponse thermique du corps humain à son environnement en utilisant un seul paramètre comme la température de l'air. Prenons l’exemple d’une température de 20°C, elle peut être considérée comme trop chaude lorsqu'il y a une forte humidité, un rayonnement solaire direct important et une absence de vent, alors qu'elle peut sembler fraîche un jour venteux avec un ciel couvert. Les interactions entre les différents paramètres climatiques sont essentielles pour déterminer le confort microclimatique.

Plusieurs indices météorologiques ont été développés pour permettre de quantifier le niveau de confort des individus et de se rapprocher au mieux du ressenti. La plupart des indices permettent de déterminer une température équivalente qui dépend non seulement de la température de l’air, mais aussi d'autres facteurs environnementaux tels que l'humidité, le vent, les radiations solaires, etc. Cette température ressentie peut aider à mieux comprendre la sensation thermique réelle d'une personne et donc son confort ou son inconfort en fonction des conditions météorologiques.

En revanche, lorsqu’il s’agit du confort perçu dans l’espace extérieur, les multiples interactions entre les variables complexifient l’analyse de ce phénomène. Le confort thermique est avant tout un état de satisfaction « ressenti » par un individu. Cela veut dire qu’en plus des facteurs physiques, liés au microclimat, et physiologiques, relatifs au système de thermorégulation (mécanismes qui permettent de maintenir la température du corps autour de 37°C), certains paramètres psychologiques et socioculturels jouent sur l’évaluation de la situation du confort. De ce fait, il est souhaitable d’utiliser des indices qui décrivent d’une manière réaliste l’aspect du confort thermique de l’individu dans les espaces extérieurs. Une caractérisation optimale du confort peut être atteinte en combinant des facteurs physiques, psychologiques et socioculturels.
 

Aller au-devant des usagers pour mieux prendre en compte leurs ressentis

Les usagers sont considérés comme des acteurs clés et incontournables, pour comprendre leur besoin et leur perception au sein des espaces urbains. En effet, leurs expériences, leurs impressions, leurs préférences ainsi que leurs ressentis sont à exploiter pour améliorer le confort dans leur environnement urbain. Nous utilisons donc des méthodes comme les écoutes, les questionnaires et les indices.
 

Qualités des espaces extérieurs, une combinaison entre facteurs physiques et psychologiques : coupler les données quantitatives et qualitatives

L’expérimentation combine deux approches en mettant en parallèle les indices calculés à partir des mesures des paramètres physiques et l’indice subjectif issu des questionnaires. Tout d'abord, l'analyse objective consiste à réaliser des mesures (température de l’air, taux d’humidité relative, vitesse de l’air, température radiante moyenne) in situ pour obtenir des données physiques sur les conditions environnementales dans différentes configurations urbaines. Ensuite, l’évaluation de la perception du confort microclimatique passe par l’intégration des points de vue psychologiques des usagers. Cette approche subjective est utilisée pour quantifier le degré de satisfaction et les attentes des individus. Cela implique d'inclure activement les usagers de l'espace dans l’investigation en menant des enquêtes par questionnaire et en déterminant :

  • Les habitudes d'utilisation des espaces extérieurs,
  • Les préférences en matière de facteurs qui contribuent au confort : température de l’air, humidité, l’ombrage et vitesse du vent,
  • La satisfaction immédiate,
  • Les préférences en matière de design et d'aménagement pour rafraîchir les espaces.

Lors de nos enquêtes sur la création d’îlot de fraîcheur en milieu urbain, d'autres aspects sont très recherchés, mais ceux-ci ne peuvent être détectés qu'en s'adressant directement aux usagers. Un point fréquemment rapporté est le ressenti de sécurité qui varie considérablement en fonction de l'âge et du sexe. En complément de la fraîcheur (les gens demandent souvent un environnement qui allie la quête d'un environnement extérieur calme, paisible et non isolé). Il est fortement apprécié de trouver une ambiance harmonieuse qui conjugue à la fois les plans acoustique, thermique et visuel en limitant les îlots de chaleur, le bruit, la circulation sans toutefois créer des espaces isolés. Ces différents éléments nécessitent une réflexion approfondie sur les mécanismes en jeu dans la création d'espaces urbains de qualité.

Bien que la réduction des îlots de chaleur soit un objectif important dans plusieurs projets et que nous souhaitons régler, il est également crucial de traiter et prendre en considération d'autres aspects qui ne peuvent être fournis et évalués que par les usagers eux-mêmes.

Lorsque nous envisageons l'aménagement d'un lieu, il est essentiel de prendre en compte son utilisation afin de procéder aux modifications nécessaires pour satisfaire les personnes qui l'utilisent. Cependant, il est important de garder à l'esprit que certains problèmes peuvent être plus importants que les désagréments liés aux conditions climatiques.

 

Les données perçues

L’un des moyens d’évaluation du confort thermique en extérieur est l’utilisation de l’indice moyen de confort perçu issu des questionnaires. Il prend en compte les contextes microclimatiques et socioculturels locaux. Son emploi permet de réaliser un diagnostic précis des besoins des usagers et d’identifier leurs sensations. Après la mise en œuvre des travaux, cet indice nous permet de suivre l'évolution des perceptions et des ressentis des usagers et d’évaluer l'impact de la rénovation sur leur bien-être et satisfaction. En analysant les différences entre l'état initial et l’état final du projet, on peut évaluer la pertinence des modifications apportées et la possibilité que des activités diverses et variées s'y développent.

Avec cette méthode, les réponses sur l’importance liée à chaque paramètre aident à faciliter les choix de conception urbaine. En fonction d’un élément précis et d’une caractéristique environnementale précise, les architectes, les concepteurs et les planificateurs peuvent agir sur les différents aspects de l’aménagement en fonction des besoins des usagers et des conditions de confort thermique.

Conclusion

Les usagers jouent un rôle important dans le mode d’aménagement et de conception des espaces. Leur implication dans les projets d'évaluation du confort peut apporter une richesse supplémentaire. Nous pouvons mieux comprendre leurs préférences et leurs perceptions de confort, ce qui peut aider à orienter les décisions en matière de conception et d'aménagement pour assurer un niveau de confort optimal. Cela permet également de responsabiliser les citoyens et de les impliquer dans la préservation et l'utilisation appropriée des espaces.

Un espace urbain ne peut jamais être perçu de la même façon par plusieurs personnes. Chaque usager perçoit l’espace selon, entre autres, ses propres données personnelles, ses préférences, ses expériences antérieures et sa capacité d’adaptation et d’acclimatation. Malgré cette divergence de perception, nous arrivons à mettre en place une mesure pour évaluer le niveau de confort moyen perçu.

La bonne prise en compte du confort thermique de l’usager au sein d’un espace est réalisée grâce à cette méthode et doit être appréhendée conjointement avec le confort visuel, sonore, la qualité de l’air, l’accessibilité et la sécurité.

 

 

 

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