Fonctionnement du phénomène "îlot de chaleur" à Clermont-Ferrand et adaptation des habitants : une étude du Cerema

1491 Dernière modification le 14/08/2020 - 09:24
Fonctionnement du phénomène
En ville, le phénomène d’îlots de chaleur urbains engendre une augmentation des températures par rapport à la périphérie. Ce phénomène est davantage marqué la nuit, et impacte la qualité de vie des habitants, particulièrement en période de forte chaleur. La Métropole de Clermont-Ferrand a fait appel au Cerema pour évaluer ses vulnérabilités vis-à-vis de ce phénomène et identifier des leviers d’action en matière d’aménagement urbain.
La métropole de Clermont-Ferrand et l’Agence d’urbanisme Clermont Auvergne Métropole souhaitent mieux comprendre le fonctionnement de ce phénomène de surchauffe urbaine au niveau local, afin d’agir efficacement pour le réduire lors de leurs projets d’aménagement de l’espace public. L’étude a porté plus spécifiquement sur la place Delille car elle doit faire prochainement l’objet d’un projet d’aménagement.

UN CAS D'ÉTUDE : LA PLACE DELILLE À CLERMONT-FERRAND

A travers un projet partenarial mené avec le Cerema, une démarche intitulée "Construction, expérimentation et évaluation d'actions de réduction des effets des ilôts de chaleur urbains sur le site de la Place Delille" vise à mettre en place et valider, en l’expérimentant sur cette place et dans l’espace environnant, une méthode de référence pour :

  • mesurer l’effet d’Ilot de chaleur urbain (ICU),
  • diagnostiquer les pratiques et usages –notamment ceux des personnes les plus vulnérables- dans un espace public en période de forte chaleur ou caniculaire.

Cette phase d’objectivation des effets de l’ICU permettra ensuite d’orienter l’aménagement de la place Delille afin de réduire ce phénomène.

Cette place centrale dans la ville, bordée de voiries et d’habitations, est minéralisée mais dispose de deux rangées d’arbres et d’une grande fontaine. C’est aussi un espace fréquenté par nombre de personnes, à différents moments de la journée et pour différents usages.

Pendant la canicule de 2003, des écarts de température de 2,5° à 8°C ont été observés la nuit entre le centre-ville de Clermont-Ferrand et des espaces périphériques. La Métropole s’est depuis engagée dans une démarche visant à lutter contre les îlots de chaleur. Elle souhaite également prendre en compte le ressenti des riverains de la place et impliquer les habitants dans le projet d’aménagement de manière à intégrer leurs besoins.     

La place Delille se trouve au cœur d’un tissu urbain dense où il y a une importante circulation routière. L’objectif pour la métropole est de l’aménager de façon à réduire les températures. Dans le cadre de ce partenariat, des mesures de température et d‘hygrométrie ont d’abord été réalisées en 2018 afin d’avoir l’état initial de la place et de ses abords, et ont permis d’évaluer à 3°C la surchauffe urbaine de cet espace. En 2019, des relevés microclimatiques mobiles ont complété les mesures fixes.

Ces mesures mobiles ont été réalisées en différents endroits de la métropole clermontoise, pour comparer la place Delille à d’autres quartiers pour comprendre les paramètres urbains influençant le phénomène d’ICU.

 

DES RELEVÉS ET UNE ENQUÊTE AUPRÈS DES USAGERS

Le rapport, qui présente les opérations réalisées en 2019, est composé de deux parties :

 

"Mieux connaître le fonctionnement thermique de la place Delille"

plan de la position des capteurs

Plan de la position des capteurs autour de la place Delille 

Cette partie du rapport décrit les mesures par capteurs fixes et mobiles réalisées sur et à proximité de la place Delille, ainsi qu’au niveau d’un square et d’une autre place de la ville. Les données ont été recueillies de juin à septembre 2019, une période qui comprend deux épisodes de canicule.

Ces mesures ont montré notamment que toutes les familles de places (minérales / imperméables) ont un comportement climatique particulier et identifiable, quelle que soit la période étudiée : au fil de la journée, l’écart entre les températures sur ces places et en périphérie s’accroît, surtout si les places sont très minéralisées.

Le phénomène d’îlot de chaleur urbain a été objectivé. Il a été estimé une intensité maximum d’îlot de chaleur urbain d’environ 3,5 °C, qui peut atteindre 5°C en période de canicule. Les différentes séries de mesures ont permis de conclure sur quatre sites en particulier :

  • des températures diurnes et surtout nocturnes sur les espaces les plus minéralisés plus élevées que pour les autres lieux observés. Le peu de végétation présente et la forte structure minérale des aménagements expliquent en grande partie cette constatation ;
  • des températures plus faibles sur les sites comportant une présence de végétation qui produit de la fraîcheur à travers les phénomènes d’ombrage et d’évapotranspiration.

Lors des épisodes de canicule, le parc Montjuzet, qui est végétalisé, a constitué un ilot de fraîcheur, avec 6°C de moins vers 15h que sur une place minéralisée. D’une manière générale, des écarts de température allant de 1 à 7°C en période de canicule ont été observés en début de nuit entre la ville et une station météo située à 10 km, avec une moyenne de 3,5°C pour la période estivale.

Bien que l’ensemble des emplacements possède un comportement thermique similaire, à partir de 16h, on observe sur la place Delille, notamment en lien avec sa configuration et la présence de la végétation, des températures durant la journée avec entre 1 et 2° de moins que sur des lieux proches (parvis de la Gare, place Salford) plus minéraux.

"Usages et stratégies d'adaptation face à l'inconfort thermique sur une place multifonctionnelle"

Ces mesures et analyses des températures dans la ville et au niveau de la place Delille ont été complétées par une enquête auprès des usagers de la place sur leur ressenti vis-à-vis des températures. Le Cerema a ainsi pu développer une méthode de travail adaptée aux enjeux liés à l’ICU.

Cette enquête, qui a porté sur les usages, le rapport à l’espace, la manière d’appréhender le confort thermique, est présentée dans le rapport sur le plan méthodologique ainsi que des résultats.

Les usages observés ont permis de comprendre les différentes fonctions que remplit la place Delille et de déceler les usages inexistants lors des périodes de surchauffe urbaine alors qu’ils pourraient être attendus sur cet espace. Surtout, des phénomènes de micro-adaptation des trajectoires ou des usages stationnaires de la place ont été observés lors d’épisodes de chaleur. Les usages ont également été mis en lien avec la morphologie de l’espace public et l’ombre portée des bâtiments et de la végétation. La place est moins fréquentée lors d’épisodes de chaleur, notamment par certains publics fragiles comme les personnes âgées.

Le rapport présente les principaux enseignements de cette étude ainsi que des pistes d’approfondissement.

Clermont Auvergne Métropole envisage de futurs développements à cette étude pour améliorer la prise en compte de ce phénomène d’ICU impactant, comme le confirme l’étude, le fonctionnement urbain et la santé des habitants. La métropole souhaite renforcer la prise en considération des enjeux de surchauffe urbaine dans sa stratégie et ses opérations d’aménagement. Suivant le calendrier des projets et en fonction des besoins de la collectivité, le partenariat initié entre Clermont Auvergne Métropole et le Cerema a vocation à se pérenniser.

 

Crédit photo : Creative Commons, Wikicommons

Article publié sur Cerema Actualités
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