Aménagement durable : mesurer l’impact environnemental des projets avec UrbanPrint

Aménagement durable : mesurer l’impact environnemental des projets avec UrbanPrint

Changer d’échelle pour s’intéresser aux quartiers. Telle est l’ambition de l’outil d'aide à la décision UrbanPrint développé par l’Institut Efficacity et le CSTB pour l’application de la méthode Quartier Energie Carbone, développée pour le compte de l’ADEME en 2018. Après plusieurs années d’expérimentations, Alexandra Lebert, Directrice de Domaine d'Action Stratégique Changement Climatique et Economie Circulaire au CSTB et Emilien Paron, Chef de Division (conception de bâtiments performants) au CSTB, présentent la nouvelle version du logiciel destiné à favoriser l’aménagement durable des territoires. Entretien. 


 
Pouvez-vous nous expliquer comment est né l’outil UrbanPrint ? A quels besoins principaux répond ce logiciel ?  

 

Alexandra Lebert : UrbanPrint est né au sein de l’institut Efficacity, dont la raison d’être est de mettre à disposition des outils pour accompagner les acteurs de la ville dans leur transition énergétique et écologique. Le logiciel a donc été créé à partir de cette volonté de faire de l’évaluation environnementale à l’échelle urbaine, comme cela existait déjà à l’échelle produit ou à l’échelle bâtiment : évaluer les performances pour les optimiser.

Emilien Paron : Nous voulions aller sur le terrain de l’aménagement, en essayant de mettre en phase amont de la construction des bâtiments des réflexions à l’échelle du quartier. L’objectif étant aussi de pouvoir vérifier que les aménageurs ne mettent pas des éléments irréalisables dans leur cahier des charges des prescriptions pour les promoteurs. UrbanPrint sert donc à responsabiliser tous les acteurs dès la phase de conception des projets, pour pouvoir tester les performances envisageables et communiquer avec la collectivité et les promoteurs à ce sujet.  

 
Comment fonctionne le logiciel UrbanPrint ?  

 

EP : UrbanPrint est un logiciel SaaS, « software as a service », accessible 100% en ligne et doté d’une interface ergonomique qui permet de  représenter facilement les propriétés de son quartier. Le grand principe du logiciel est l’analyse performancielle à l’aide de calculs poussés, à même granulométrie qu’à l’échelle du bâtiment pour la RE2020 par exemple. Nous nous adossons aussi à de nombreuses bases de données. UrbanPrint collecte ainsi des informations non seulement sur les bâtiments, mais aussi sur les espaces extérieurs, les réseaux, la gestion des déchets, les mobilités… En somme, tout ce qui fait un quartier. Nous allons même jusqu’à calculer l’empreinte carbone d’un habitant.  

En résumé, nous sommes sur un outil d’aide à la conception et à la décision. UrbanPrint peut être mobilisé dès le début d’un projet et jusqu’à sa réalisation. A chaque étape, vous pouvez mettre en évidence les leviers les plus pertinents à mobiliser pour votre projet, mais aussi ceux qui devront être mobilisés prioritairement par la suite, et ainsi orienter les investissements à effectuer.  

AL : Vous l’aurez compris, le nerf de la guerre, c’est la consolidation des données, et le fait de pouvoir remonter en amont du processus de conception.  

 
Avez-vous rencontré des obstacles particuliers dans sa conception ou sa mise en œuvre ?  
 

AL : Le premier obstacle a été de construire la méthode de calcul. Nous avons mis en place un programme doctoral et tout un travail dédié à cela. Ensuite, une autre difficulté a été de rassembler les acteurs. Au sein d’Efficacity, il existe des profils variés, entre ceux qui sont plutôt académiciens et ceux qui sont plutôt sur le terrain. C’est ce qui fait la richesse et la force du projet UrbanPrint.  

EP : Nous avons aussi eu une question sur la démocratisation et la commercialisation de l’outil une fois créé. Le but étant qu’il se diffuse au maximum pour que tout le monde puisse l’utiliser et qu’il devienne un logiciel de référence. Il faut savoir que la licence pour UrbanPrint est peu onéreuse par rapport à une étude classique dans le secteur de l’aménagement.   


Pouvez-vous nous donner des exemples d’aménagements urbains ayant eu recours à UrbanPrint ? 

 

EP : La première version d’UrbanPrint en tant que logiciel opérationnel a été testée lors d’un projet de recherche de l’ADEME sur les ACV à échelle du quartier (ADEME Quartier E+C-), aux alentours de juin 2020. Cela fait donc environ 2 ans que nous pouvons évaluer l’utilisation du logiciel. Aujourd’hui, plus de 60 quartiers déclarés ont déjà utilisé UrbanPrint ou sont en train de le faire.
  
Parmi eux, on compte beaucoup d’opérations suffisamment avancées où le logiciel a principalement permis de consolider et confirmer les orientations prises. Par exemple, pour le projet Issy Cœur de Ville à Issy-les-Moulineaux en région parisienne, le test de l’emploi de matériaux biosourcés n’avait pas pu être fait sur les bâtis : UrbanPrint a permis de tester plusieurs scénarios applicables sur de futurs chantiers.  

Désormais, nous commençons à avoir le cas de quartiers qui utilisent le logiciel plus en amont et appuient leur conception en fonction de celui-ci,  ce que nous souhaitions au départ. C’est notamment le cas d'Espaces ferroviaires (filiale aménagement – promotion de la SNCF). Faut-il se brancher au réseau de chaleur ou non ? Nos bureaux sont-ils trop ou pas assez vitrés ? Que faire de nos terres de terrassement ? UrbanPrint permet de répondre à toutes ces questions.   


Comment le logiciel a-t-il évolué depuis sa création ?  

 

EP : Beaucoup de leviers ont été ajoutés à l’outil depuis sa création : des types de réseaux, des matériaux, des modes constructifs… La version 2 est celle qui est commercialisée aujourd’hui et que tout le monde utilise. Elle comprend une grosse refonte de l’interface pour que le logiciel soit plus ergonomique et puissant. Nous avons pris en compte tous les retours que nous avions depuis deux ans pour aboutir à cette version.  

La grande innovation a aussi été l’arrivée des bâtiments existants dans la méthode de calcul, grâce à une connexion avec la Base de Données Nationale des Bâtiments (BDNB : https://particulier.gorenove.fr/). Nous avons également pris en compte l’arrivée de la RE2020 avec une mise à jour des calculs en conséquence. Enfin, dernièrement, nous avons intégré à l’outil les indicateurs du label BBCA Quartier.  


Diriez-vous que la version actuelle d’UrbanPrint s’adapte à tous types de projets et/ou de quartier ?  

 

EP : Presque ! Il reste toujours des configurations plus spécifiques tels que les entrepôts logistiques par exemple. Mais pour tous les quartiers, que ce soit dans le tertiaire ou le résidentiel,  il est possible d’employer l’outil. Notre seule limite reste les frontières de la France métropolitaine car nous nous appuyons sur des fiches environnementales valables sur ce territoire uniquement.  

AL : Notre méthode est totalement transposable. Mais nous souhaitons pour le moment nous stabiliser sur notre champ d’application actuel, cela demanderait toute une reconfiguration des données pour nous étendre hors de la métropole.  


Quels sont les bénéfices, économiques notamment, à utiliser ce type d’outil ?  

 

EP : Nous avons constaté, avec les retours très positifs des utilisateurs, qu’il y avait un véritable intérêt pour UrbanPrint, jugé à la fois puissant et simple d’utilisation. Il permet aussi et avant tout de démocratiser ce genre d’études. Sur l’aspect économique, nous avons parlé avec des bureaux d’études qui faisaient des ACV quartier avec d’autres outils, souvent internes, et ont constaté que cela leur coûtait 10 à 15 fois moins cher avec UrbanPrint ! Notre méthode permet d’aller plus vite et d’obtenir des résultats fiabilisés. 

AL : Nos trois mots d’ordre peuvent être « Démocratiser, professionnaliser et homogénéiser » les pratiques.  

EP : Au-delà de l’aspect purement technique, l’outil est aussi beaucoup utilisé par les aménageurs pour dialoguer et illustrer des objectifs atteignables, en amont avec les collectivités par exemple. Sur l’aspect communicationnel donc, UrbanPrint facilite les choses.  

AL : Ce dernier point est essentiel pour nous. Nous aurons toujours des obstacles économiques ou techniques, mais en réalité, le premier frein pour construire bas carbone, c’est précisément l’absence de culture bas carbone partagée. Nous avons donc besoin d’outils pour communiquer et construire des projets en ce sens.  


Comment voyez-vous l’évolution du logiciel dans les années à venir ?  

 

AL : Cette année, deux projets de fond ont été menés : la feuille de route décarbonation à l’échelle aménagement et celle à l’échelle bâtiment. Toutes deux devraient mener à une identification des leviers et des gisements carbones. Cet exercice de quantification des gisements est difficile à mener au niveau national.  

Au niveau des quartiers, UrbanPrint va permettre aux acteurs de prioriser leurs actions pour réduire leur impact carbone.  

EP : En termes de fonctionnalités, nous avons d’importants travaux à mener en 2023 autour des leviers liés à la mobilité, que le logiciel ne  prend pas encore en compte. Nous souhaitons également approfondir certaines thématiques telles que celle de l’économie circulaire au niveau du bâtiment. Enfin, l’une des demandes fortes des utilisateurs est d’avoir accès à des indications de coût global pour tel ou tel projet, ainsi que la dénomination de l’acteur devant prendre la responsabilité sur un levier donné.  
 
 

Propos recueillis par Amandine Martinet pour Construction21

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