#1 - Financer la transition de nos villes et territoires - L'édito

 

Tous les décideurs sérieux des entreprises et des territoires sont lucides, les enjeux écologiques et climatiques auxquels nous faisons face auront des impacts économiques majeurs et vont profondément changer les organisations de nos vies, de nos villes et de nos territoires. C’est à la fois humain et désolant. Mais de la prise de conscience à la résolution du problème, on tarde bien trop … On remet toujours à demain le plus difficile. Il va falloir traverser la Manche à la nage, mais depuis 10 ans, on se trempe les pieds pour prendre la température, on teste les maillots de bain, on regarde l’itinéraire mais jamais on ne plonge dans l’eau. Nous ne croyons pas ce que nous savons !

Ce décalage entre bonnes intentions et actes en matière de performance écologique, notamment en termes d’alignement entre discours et moyens financiers associés atteint désormais un seuil critique. Il ne s’agit plus de vouloir commencer à faire, mais d’agir à l’échelle en osant mesurer ses impacts. Actions comportementales et petites actions à gains rapides sont sympathiques mais leurs impacts bien trop insuffisants. Après l’apéritif il va falloir passer à la préparation du plat principal et cela pour beaucoup de convives. La bonne nouvelle : des recettes existent. Rénover des écoles, construire des logements sociaux passifs, s’engager d’un projet participatif de production d’énergie renouvelables, déployer des lignes de co-voiturage courte distance, décarboner des réseaux de chaleur… : on sait faire techniquement, pas besoin de faire 50 ans de R&D pour y arriver. Il s’agit maintenant de le faire, et beaucoup plus. Nous n’avons pas besoin d’une salle de plus dans le musée des « prototypes de la transition des territoires » pour exposer de nouveaux artistes, nous avons besoin de financer des reproductions des œuvres d’art et de transformer la boutique du musée en supermarché.

Après l’apéritif il va falloir passer à la préparation du plat principal et cela pour beaucoup de convives. La bonne nouvelle : des recettes existent.

Le changement attendu n’est pas anodin : le profil financier de villes et territoires bas carbone n’est pas celui du monde d’avant. Une société bas carbone ne va pas nous appauvrir. Si un chèque (ou un virement) est fait pour investir dans un projet : quelqu’un l’encaisse. Cela n’est qu’un transfert entre acteurs économiques. En revanche, pour subvenir aux mêmes besoins fonctionnels : se déplacer, se loger, produire … les projets vertueux sont bien plus intenses en capitaux initiaux et ont des charges bien plus faibles (lorsqu’ils sont bien menés). Investir pour produire et autoconsommer son énergie renouvelable locale, pour isoler son bâtiment ou encore bâtir des infrastructures de mobilités douces. Cela implique d’investir bien plus l’année 1 certes, mais bien moins de dépenses en charges les années suivantes. Ce sont donc des besoins en investissements plus important que par le passé, qui nécessitent de changer nos habitudes.

Cela implique d’investir bien plus l’année 1 certes, mais bien moins de dépenses en charges les années suivantes. Ce sont donc des besoins en investissements plus important que par le passé, qui nécessitent de changer nos habitudes.

Il est l’heure, ou plutôt il est l’or, de changer d’échelle. Cela va nécessiter de mieux faire connaitre des nouveaux modes de faire et de financer, d’hybrider les compétences (techniques, juridiques, financières), d’oser engager des projets plus complexes et plus complets, que chacun fasse un pas de côté pour faire évaluer ses pratiques, que des coopérations entre collectivités, citoyens et entreprises se déploient, que des externalités environnementales soient mieux monétisées, que l’on revoit le montage des projets urbains, que le rôle des banques évolue, que des textes réglementaires engagent bien plus fortement à la réalisation de projets…

Nous avons besoin d’outils financiers pour investir dans le futur de nos villes et territoires. Un certain nombre de professionnels d’horizons variés et complémentaires nous proposent dans ce dossier leurs regards et témoignages, merci à eux. Différentes facettes du défi qui s’ouvre à nous et différentes pistes de progrès. Créons du débat public sur le dosage des ingrédients du juste financement de cette transition et engageons-nous y sans tarder. Sans nier ses immenses besoins de transformation et son passif, ne faisons pas « du monde de la finance » notre ennemi, mais notre allié au service de la génération d’impacts positifs et massifs.

Ce dossier cherche donc, à travers une trentaine de contributions variant les angles de vue, à retracer les leviers du passage à l’acte, à présenter les outils existants ou émergeant et à élargir les perspectives du financement de la transition environnementale de nos villes et territoires.

Cet édito a été co-rédigé par les deux rédacteurs en chef du Dossier Construction21 sur le financement de la transition des villes et territoires.

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Olivier Ortega

Avocat associé chez LexCity Avocats                                  

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Sébastien Delpont

Directeur associé chez GreenFlex

 


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