Quand la biodiversité liée au « bâtiment » passe du vert au gris

La prise en compte de la biodiversité, c’est-à-dire la diversité du vivant, dans les bâtiments et l’urbanisme est un sujet de plus en plus traité. Nombreux sont les outils, cibles et méthodologies mis à disposition pour accompagner l’aménageur ou le constructeur dans la réalisation de ses projets. La prise en compte de la biodiversité, voire sa protection (au-delà des aspects purement réglementaires et obligatoires), peut ainsi s’opérer en phase de programmation (étude d’impacts, doctrine Éviter-Réduire-Compenser (ERC)), travaux (chantiers à faible impact), construction (en intégrant des espaces favorables à l’accueil de certaines espèces dans, sûr et à proximité des bâtiments) et bien sûr en phase post-chantier avec l’aménagement « écologique » des espaces verts, la gestion différenciée et la préservation du patrimoine naturel identifié en phase amont, et protégé tout au long du chantier…

Guides de bonnes pratiques et lieux de rencontres (journées Naturparif, club U2B, plan du bâtiment durable…) existent pour accompagner les constructeurs, concepteurs et urbanistes… pour les aider à tordre le cou à une partie de l’héritage de Le Corbusier qui encourageait, entre autres, de séparer/sectoriser les fonctions (de la ville) dans l’espace alors que la doctrine actuelle qu’elle soit sociale, économique ou naturaliste vise à assurer la multifonction des lieux et éviter les phénomènes de ségrégation. Le vivant peut et doit ainsi faire partie intégrante des projets et bien sûr des réalisations. Cela dit et les concepts étant acquis (pas forcément réalisés, ne rêvons pas !) et les initiatives prenant en compte la biodiversité étant nombreuses,  quelle marge de progrès avons-nous encore ?

Les réflexions actuelles découlent des réflexions HQE et ACV (analyse du cycle de vie). Le projet urbain dans son ensemble ou la construction en particulier peuvent être très vertueux pour l’environnement généralement en phase « fonctionnement » (gestion de l’eau, énergie passive, biodiversité, transport en mode doux, concertation, espaces partagés...) mais nous sommes en droit de nous poser la question sur la meilleure façon de prendre en compte ces aspects dans la totalité de la filière. Les modes de production de matériaux de construction et d’élimination des déchets du chantier, voire des produits issus de la démolition des bâtiments (s’ils seront un jour amenés à disparaître pour laisser la place à un nouveau projet) sont des points qui méritent d’être examinés. La biodiversité « verte » passe ainsi au gris. Comme l’« énergie grise » qui correspond à la totalité de l’énergie qui a été nécessaire à la fabrication d’un produit, sa mise en œuvre et son recyclage en dehors de celle nécessaire à son fonctionnement, la « biodiversité grise » va correspondre à l’ensemble des impacts d’un chantier sur l’environnement, hors réalisation du chantier en tant que telle. L’origine des matériaux, les processus qui ont été utilisés pour leur fabrication (gourmands ou pas en eau et en énergie, générateurs ou pas de déchets, bruits, poussières…), les distances parcourues, les moyens de transport utilisés tout comme l’impact sur la biodiversité doivent d’être analysés. Dans une logique de limitation des émissions de gaz à effet de serre, de réduction des accidents sur les réseaux de transports… les sources locales d’approvisionnement méritent d’être privilégiées, tout comme les mode de transport alternatifs. L’usage de matériaux recyclables, recyclés, bio-sourcés (s’ils sont correctement exploités et renouvelés) peuvent par exemple nous séduire s’ils nous garantissent le maintien à long terme des ressources nécessaires à la réalisation de nos projets.

Et la biodiversité dans tout cela ? Elle doit évidemment entrer clairement dans l’analyse globale du projet. L’exploitation des ressources géologiques (calcaire, sable, granula…) pour la production de matériaux de construction (béton, ciment, plâtre…) est-elle toujours respectueuse de l’environnement et de la biodiversité ? Les analyses se mènent ici également sur plusieurs échelles. Les zones d’extraction u d’exploitation fragmentent-elles des corridors écologiques et des territoires de vie pour des espèces à grands déplacements, modifient-elles le régime hydraulique, l’alimentation et la qualité des nappes aquifères et rivières, l’exploitation prend t’elle en compte les habitats (ici dans le sens des biotopes) et les espèces patrimoniales. Bref, le carrier joue t-il le jeu de la biodiversité au delà du simple respect des lois qui lui impose le respect des espèces protégées (démarches pas forcément appliquée toujours de façon consciencieuse) ? Ici, comme partout, la réponse est dans la diversité des acteurs et stratégies. Les interprofessions UNPG et UNICEM accompagnent les carriers et les invitent à en faire plus sans pour autant que cela ne corresponde forcément à des surcoûts insupportables. Prendre en compte spontanément les éléments du patrimoine naturel dans une carrière est une simple histoire de motivation et de bon sens. Les entreprises qui jouent le jeu se reconnaissent souvent par les riches partenariats qu’elles nouent avec des structures spécialisées souvent associatives (conservatoires d’espaces naturels, LPO, UICN …) et par l’obtention de diverses certifications et labels (Charte environnement de l’UNICEM, reconnaissance Stratégie Nationale de la Biodiversité- SNB).

Comme pour la dimension sociale des chantiers qui peut intégrer les documents et les cahiers des charges de consultation, espérons que les maîtres d’ouvrage puissent par des clauses adaptées reconnaître et sélectionner les carriers qui favorisent par exemple de belles populations de Sonneur à ventre jaune, Crapaud calamite ou de Crapaud vert plutôt que ceux qui ignorent ou feignent ignorer la présence de ces amphibiens rares et menacés sur leurs sites d’exploitation.

Guillaume Lemoine
Référent Biodiversité et Ingénierie écologique
Etablissement Public Foncier Nord Pas de Calais

http://www.epf-npdc.fr/

 

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Modéré par : Louis Pasnik

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