Quand les bureaux d’études s’intéressent à l’Economie Circulaire …

1. L'économie circulaire ou la solution aux problèmes socio-économiques

L’économie circulaire est au cœur des enjeux de développement durable des territoires : des entreprises, des collectivités, des administrations et d’autres acteurs sont là pour nous prouver que ce modèle constitue un nouveau moyen de développement de l’économie, plus respectueux de l’environnement. Ce nouveau modèle semble prometteur. 

Au-delà des bénéfices environnementaux que l’économie circulaire représente (économie de ressources et d’énergie principalement), ce modèle constitue un marché économique important et une source d’emplois locaux et non délocalisables (entre 200 et 400 000 emplois selon l’ADEME). 

Qu’en est-il réellement ?

2. L’économie circulaire, une vision en boucle vertueuse

économie circulaire

Source - ADEME

En France, l’économie circulaire s’appuie sur une représentation linéaire du flux de matières. La représentation de l’ADEME propose ainsi une succession d’étapes permettant d’inscrire la production de biens dans une dynamique vertueuse. Ces étapes s’inscrivent dans une logique permettant de considérer l’ensemble des moyens à mettre en œuvre pour réduire les impacts environnementaux, depuis la conception des produits jusqu’à l’élimination des matières. Cette logique paraît cependant très éloignée des possibilités offertes sur les territoires. Et cette vision de l’économie circulaire amène de nombreuses questions :

  • Comment inciter les concepteurs à intégrer une démarche d’éco socio conception qui intègre la localisation des flux et des impacts ?
  • Comment produire localement dans une logique d’écologie industrielle alors que peu d’expériences concrètes existent ? 
  • Comment dépasser la logique du modèle locatif proposé par l’ADEME pour aller vers une réelle proposition d’économie de la fonctionnalité et de la coopération ?
  • Comment financer les services de réparation, maintenance quand le coût du travail favorise la mise au rebut ?
  • Comment sortir de la juxtaposition des acteurs pour une économie circulaire plus intégrée ?

… autant de questions auxquelles il est difficile de répondre et que les territoires ont peinent à promouvoir.

3. L’économie circulaire par l'usage de matières plus vertueuses

Peut-être faut-il s’orienter vers la version anglo-saxonne de l’économie circulaire. Pourquoi ? Parce que cette vision propose, outre d’éliminer les substances les plus toxiques (cf. Cradle to Cradle) de distinguer les éléments appelés « nutriments » biologiques des nutriments techniques. Ainsi, il s’agit de conserver dans des boucles les plus longues possibles les nutriments techniques et d’utiliser pleinement les capacités offertes par les productions agricoles et les biotechnologies.

économie circulaire

Mais ce modèle est lui aussi incomplet. S’il permet de réduire nettement les impacts environnementaux, il ne permet pas de réfléchir à l’organisation des territoires qui favoriserait les solutions locales. Il peut également être contre-productif si l’on utilise des modes productifs conventionnels pour les nutriments biologiques, voire destructeur si l’on ne tient pas compte des capacités limites des écosystèmes.

4. Les effets rebonds de l'économie circulaire

A priori, l’on s’accorde aujourd’hui pour considérer que l’économie circulaire est source d’emplois. Elle crée de nouvelles activités qui permettent de disposer d’emplois locaux (ex : les activités de location, de réparation, de maintenance, …). Dans le même temps et à une échelle macro-économique on peut aussi considérer que d’augmenter la durée de vie des produits aura un effet destructeur d’emplois dans l’industrie. Qu’en est-il réellement ? Les études montrent que les emplois créés par l’économie circulaire sont principalement des emplois locaux non délocalisables. Ils compensent largement la perte d’emplois due au changement de modèle.

De même, dans le secteur de l’économie circulaire on retrouve deux typologies d’entreprises : les très grandes entreprises du secteur des déchets et parallèlement les nombreuses structures d’insertion par l’économique. Les premières, si elles apportent des solutions techniques au recyclage des matières sont aussi les entreprises les moins vertueuses. Leur modèle économique repose sur une dynamique volumique. En d’autres termes, il leur faut un maximum de flux matière à traiter pour être rentables. Ces entreprises ont donc un intérêt contradictoire à voir la ressource en déchets diminuer. À titre d’exemple, on casse le verre pour ne pas pouvoir le réutiliser et donc avoir toujours des volumes importants à traiter. Il y a donc nécessité à sortir de cette logique volumique.

La seconde typologie d’entreprises est plus vertueuse que les grands groupes sur la notion de volume. Ces structures sont utilisées en raison de la faible qualification nécessaire à la réalisation des activités du cycle (réemploi, réparation, recyclage, …). Elles ont toutefois besoin d’une part de fonds publics pour fonctionner. Inversement, ce système permet à des personnes éloignées de l’emploi de retrouver une activité et l’on constate que les acteurs de l’économie sociale et solidaire font évoluer leur modèle pour répondre aux difficultés actuelles de mobilisation des fonds publics.

5. Comment les territoires peuvent-ils donc dépasser ces contradictions et limites?

Les collectivités doivent conseiller et épauler les acteurs économiques pour sortir de la logique de déchets vers une logique de matière première secondaire. 

En effet, L’individualisme est le mode de fonctionnement des citoyens et des entreprises d’aujourd’hui. On constate ainsi que les entreprises d’une même zone d’activité, d’un même territoire se connaissent très peu et surtout n’ont pas l’habitude de rechercher en commun des solutions à leurs problématiques. Les territoires peuvent donc être à l’origine d’espaces de dialogue avec l’ensemble des acteurs. Mais comment réussir à faire interagir les mondes de l’entreprise et de la collectivité ?

Dès lors la logique de l’organisation du territoire et du service public peut aussi s’inscrire dans une vision d’échange de matières. Cela nécessite d’ouvrir les plateformes publiques de gestion des déchets comme supports des échanges possibles entre les entreprises. Aujourd’hui, les dispositifs de collecte des déchets sont principalement séparés entre les centres publics et les centres dédiés aux entreprises, augmentant parfois considérablement les distances et les possibilités d’échanges sur le territoire.

Il faut sortir de la logique volumique. Pour cela, la commande publique doit évoluer. Le service d’élimination des déchets ne doit plus porter sur le volume traité mais sur la performance de réemploi, de maintenance, de recyclage. La perte d’emplois dans le secteur du traitement des déchets pourra être comblée par la démultiplication des emplois dans les secteurs connexes. Dès lors, on peut entrer dans une dynamique d’économie de la fonctionnalité et de la coopération. À titre d’exemple, l’entreprise Love Your Waste propose un modèle économique de gestion des biodéchets : elle aide ses clients restaurateurs à réduire le volume de déchets et à optimiser le tri sélectif par une aide à la composition des menus et à la réalisation des achats. Cette entreprise propose aussi un accompagnement pédagogique au tri sélectif. Ces services compensent économiquement la perte sur le volume de déchets.

En parallèle de l’usage des « nutriments » dans la logique précitée, il serait sage de considérer les « nutriments biologiques » dans une logique régénératrice. Si leur production permettait de régénérer le milieu dans lequel on les prélève alors il n’y aurait plus de contraintes relatives au mode de production et plus de contraintes volumiques. Cela nécessite de respecter les principes de l’économie symbiotique, d’engager les entreprises et les territoires dans une dynamique de développement régénératif.

Enfin, nous nous proposons prochainement – courant avril ou mai – de fournir et commenter une étude propre à l’Economie Circulaire avec un cas concret pour une maitrise d’ouvrage. Cela montrera les possibilités de conseils et de missions que les bureaux d’études peuvent apporter au même titre que NEPSEN le fait dans son développement actuel. 

Bonne lecture et rendez-vous prochainement dans les présentes colonnes !

Par Bertrand THUILLIER 
Consultant chez NEPSEN – Ecoénergéticiens engagés – Le groupe NEPSEN multi-local Nepsen s'appuie sur une soixantaine d'experts, ingénieurs et architectes, capables d'intervenir sur tout type de patrimoine et tous les process industriels.

Source www.xpair.com 

SOURCE ET LIEN

Logo NEPSEN
Contact : philippe.herbulot(at)nepsen.fr


Modéré par : Sylvain Bosquet

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