#6 - La cohérence territoriale pour une optimisation des solutions d’adaptation

Les solutions pour faire face au changement climatique sont mutualisables à différentes échelles, pour différents aléas et différents acteurs. En l’absence de cohérence entre stratégies territoriales et immobilières, les acteurs de la résilience passeront à côté des solutions majeures et optimisées, notamment les Solutions d’adaptation Fondées sur la Nature. Pour éviter cela, les espaces d’échanges et mécanismes financiers pour construire et porter des stratégies de résilience communes entre les acteurs privés et publics restent à développer.

Des vulnérabilités réciproques face aux vagues de chaleur

D'un côté, la vulnérabilité des territoires dépend des infrastructures implantées sur celui-ci. Les hauteurs des bâtiments, leurs orientations, les matériaux utilisés pour les construire, leurs couleurs, etc., tous ces paramètres influent sur la vulnérabilité face aux vagues de chaleur du territoire. Les bâtiments ont en effet un impact sur les écoulements d’air qui permettent ventilation et rafraîchissement de la zone et sur les transferts de chaleur.

De l’autre, la vulnérabilité d’un bâtiment est elle aussi intrinsèquement liée à la vulnérabilité du territoire sur lequel il est implanté. La présence d’îlots de chaleur urbains augmente l’exposition d’un bâtiment à des hautes températures et diminue la capacité de rafraîchissement nocturne. Le confort thermique des occupants des bâtiments dépend donc en partie des caractéristiques territoriales.

Mieux comprendre les vulnérabilité réciproques

Face aux autres aléas climatiques, on observe également des vulnérabilités réciproques : l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) a, au cours d’un projet de recherche nommé IncliBâti, publié des fiches pour comprendre les facteurs de vulnérabilités climatiques associé à chaque type de territoires : urbains, ruraux, littoraux, montagneux et à proximité des forêts. Des facteurs transversaux ont aussi été explorés. L’identification de ces critères de vulnérabilités climatiques communes entre bâtiment et territoire vise à :

  • Mieux comprendre les risques climatiques auxquels bâtiments et territoires sont soumis et définir un indice de risque basé sur un modèle intégrant paramètres intrinsèques et extrinsèques au bâtiment ;
  • Identifier les moyens pour mener des actions conjointes entre acteurs, visant l’objectif commun de réduction de la vulnérabilité climatique.

Les territoires, les bâtiments et leurs habitants subissent simultanément plusieurs formes de vulnérabilités à différents aléas qui s’entrecroisent dans leurs causes et dans leurs effets. Par exemple, la minéralisation des sols favorise le réchauffement des surfaces et donc de l’air ambiant, augmentant ainsi les risques liés aux vagues de chaleur pour les territoires et les habitants de bâtiments. Cette imperméabilisation des sols joue également un rôle dans l’impact que peuvent avoir les inondations. Le ruissellement est bien plus important sur des surfaces minéralisées, dans lesquelles l’infiltration de l’eau dans le sol est minime. La zone touchée par les inondations est donc plus étendue du fait de la répercussion de l’aléa sur les zones adjacentes. L’imperméabilisation est un critère de vulnérabilité commun face aux vagues de chaleur et aux inondations.

Les critères de vulnérabilité peuvent aussi se retrouver communs à différentes échelles. L’orientation des bâtiments, leur implantation, et la couleur des infrastructures jouent un rôle sur la sensibilité d’un bâtiment face aux vagues de chaleur, mais aussi sur les masses d’air qui ventilent plus ou moins bien un territoire. De la même manière, les enjeux forts liés aux réseaux, la gestion intensive des ressources et l’existence de risques technologiques dégradent la réponse du territoire face au changement climatique. La figure suivante met en avant quelques enjeux de vulnérabilité communes aux territoires et bâtiments vs. quelques autres qui n’entrent en ligne de compte pour le bâtiment ou le territoire. Similairement, les solutions d’adaptation au changement climatique peuvent être communes à l’échelle du bâtiment et du territoire ou individuelle, visant à réduire la vulnérabilité du bâtiment ou du territoire.

Figure 1 : Vulnérabilités croisées et solutions d’adaptation au changement climatique pour les territoires et les bâtiments, OID 2021

 

Des solutions d’adaptation qui se rejoignent : les SaFN

Pour les territoires comme pour les bâtiments et leurs habitants, un levier important de la résilience réside dans les solutions d’adaptation fondées sur la nature (SaFN).  Via des actions de protection, gestion durable ou encore de restauration d’écosystèmes, elles visent à intégrer la biodiversité au cœur des projets d’aménagement pour assurer le bien-être humain et le développement durable des territoires. 

 

La végétalisation des toitures, des façades et des abords des bâtiments, la plantation de jardins de pluies (visant une meilleure infiltration de l’eau) et la restauration de zones humides constituent quelques exemples de solutions fondées sur la nature pour réduire la vulnérabilité des territoires et des bâtiments. Les acteurs institutionnels ont également la main sur les outils réglementaires, comme les plans locaux d’urbanisme, avec notamment des outils tels que les zonages pluviaux, qui définissent des règles d’infiltration d’eau sur les parcelles des bâtiments.

 

Les acteurs du bâtiment ont aussi un rôle à jouer dans la création d’espace favorisant les liens sociaux, essentiels à la résilience des populations. Les collectivités sont les mieux placées pour investir les espaces d’échanges et viser à améliorer la cohésion sociale. Ici encore, le besoin d’entités favorisant l’échange entre les acteurs des territoires et les acteurs économiques implantés sur ceux-ci se fait sentir. Il est urgent de mettre en commun les moyens pour faire face à la crise climatique.

Sans concertation : une stratégie incomplète pour des bénéfices amoindris

D’où que vienne l’impulsion, la mise en place d’une stratégie d’adaptation nécessite une intégration aux échelles locales et territoriale. L’utilisation de SaFN en est une illustration concrète :  leur mise en cohérence avec les trames vertes, bleues ou brunes est indispensable pour maximiser les bénéfices de ces solutions. Sans cette mise en cohérence, des acteurs de l’immobilier désimperméabiliseront et végétaliseront les abords de leurs bâtiments et agenceront noues paysagères, jardins de pluies et prairies urbaines. Cependant, si ces aménagements n’ont pas pris en compte les autres espaces à disposition de la biodiversité sur le territoire, ils peuvent être disposés de manière parsemée, ne permettant pas à la biodiversité de circuler, s'alimenter, se reproduire, ou se reposer. Sans la prise en compte de la biodiversité, la qualité des sols sera moindre, minimisant les effets positifs de la SaFN : le stockage serait de carbone moins important et l’infiltration des eaux largement diminuée. Une infiltration des eaux pluviale moins importante, du fait de sols tassés et sans vie pour permettre l’aération des sols, aura pour conséquence de ne permettre de face aux inondations et vagues de chaleur avec la même efficacité.