#3 Résilience, Build Back Better et Construction

Publié par Equipe AQC

Notion crée par les physiciens, la résilience traduit l'aptitude d'un corps à résister aux chocs et à reprendre sa structure initiale. Elle a été adaptée à la psychologie, pour désigner la capacité d'un individu à surmonter les moments douloureux de l'existence et à se développer, en dépit de l'adversité. Dans le domaine des catastrophes générant des « traumatismes », la notion de résilience correspond aux différentes composantes de la « société » censées « supporter » les catastrophes le mieux possible en étant capable de se relever le plus rapidement possible.

Parmi les composantes de la société, l’être humain bien sûr et son habitat personnel ou professionnel que nous évoquerons sous le vocable de Construction.

Des progrès indéniables des techniques de construction se sont multipliés pendant le demi-siècle écoulé, pour autant (en conséquence) la sinistralité de la Construction reste un sujet de préoccupation permanente.

L’Agence Qualité Construction en charge de la prévention des pathologies dans la construction, analyse cette sinistralité avec ses Observatoires qui produisent différents documents et notamment le rapport annuel de l’Observatoire de  la Qualité de la Construction . Elle développe ensuite différentes actions de prévention tant sur les produits de construction que sur les techniques et méthodes de construction. 

La construction se renouvelle en France à un taux annuel moyen de l’ordre de 1% et les constructions que nous occuperons dans 25 ans sont donc déjà construites pour 75 % d’entre elles.

Sur la même période, certains facteurs vont évoluer beaucoup plus rapidement que nous ne l’avions imaginé, c’est notamment le cas des effets du « réchauffement climatique ».

 La Construction d’aujourd’hui sera-t-elle en mesure d’apporter le confort et la protection attendus par les personnes qu’elle abritera dans 25 ans, et au-delà ?

La construction doit relever plusieurs défis 

  • Réduire son impact sur le réchauffement climatique (la construction contribue pour 40% aux émissions de gaz à effet de serre et à 35% de la consommation énergétique). Avec les nouvelles réglementations, les normes pour des constructions performantes se sont multipliées pour le neuf, mais les effets sur le parc construit restent structurellement lents.
  • Être mieux adaptée aux effets de plus en plus « traumatisants » de certains évènements naturels en lien probable, pour partie, avec le réchauffement climatique, 

- afin que l’être humain et ses activités s’adaptent « sans rupture » aux effets de ces aléas qu’il ne maîtrise pas, 

- afin que l’investissement qu’il consacre à réduire l’impact de la Construction sur ce même changement climatique ne soit pas annihilé par l’action du premier aléa naturel venu (notons qu’il se produit davantage de sinistres d’aléas naturels au bâti en moyenne annuelle qu’il ne se construit de logements).

  • Réduire sa sinistralité « endémique » (liée à l’ouvrage construit),

- afin que la consommation d’énergie, de matière, de ressources humaines consacrée à la Construction ne soit pas inutilement démultipliée par la réparation/reconstruction post-sinistre de l’ouvrage ou de la partie d’ouvrage qui vient d’être livrée,

- ou encore, afin que la réduction recherchée de la production de GES ne soit pas neutralisée par la multiplication des actions de réparation visant à faire « fonctionner » durablement l’ouvrage.

  • Penser et ne construire aujourd’hui que des bâtiments capables de s’adapter facilement pour héberger dans un demi-siècle l’être humain en tenant compte des effets du réchauffement climatique et de l’économie du cycle de vie de l’ouvrage.

Ce dernier défi suppose une remise en cause profonde de l’acte de construire.

 

Face à ces défis, certains constats sont alarmants 

  • Le niveau de sinistralité endémique reste anormalement élevé et génère, une fois passée la période décennale où cette sinistralité est bien suivie, une sinistralité récurrente qui persiste pendant tout le cycle de vie de l’ouvrage « mal » construit.

Une partie de cette sinistralité est notamment visible en assurance Dommages avec, par exemple, tous les ans, 1.200.000 sinistres par dégâts des eaux, dont une part significative relève d’une sinistralité endémique.

  • Une partie significative des causes de la sinistralité Construction ou Dommages peut être attribuée aux effets des actions climatiques sur le clos-couvert de la Construction. Lorsque ces actions climatiques se renforcent, la sinistralité croît.
  • Les règles de construction, d’une part, prennent globalement mal en compte les effets des aléas naturels, d’autre part, sont loin de couvrir l’ensemble des aléas et l’ensemble des zones géographiques exposées.

Logiquement, lorsqu’une construction exposée à des aléas n’a pas été conçue pour s’y adapter, la sinistralité imputable à ces aléas s’accroît avec leur intensité. Alors que le coût d’adaptation en réparation est beaucoup plus élevé que l’investissement souvent marginal qui aurait été suffisant à l’origine du projet pour s’en prémunir !

 résilience, construction

Quelques chiffres suite à ces constats 

L’examen de la sinistralité révèle des éléments d’ouvrages constitutifs du bâti extrêmement sensibles aux phénomènes climatiques :

  • Les pathologies de fondations superficielles des maisons individuelles établies sur sols argileux et les conséquences sur les maçonneries et ouvrages sus-jacents coûtent, pour les 3 années 2016 à 2018, entre 500 et 800 M€ annuels au titre du régime cat-nat, auxquels il faut ajouter le coût de la sinistralité décennale Construction,
  • Les pathologies d’éléments de couvert :

- couvertures réalisées à partir de petits éléments (tuiles, ardoises, …) de tous types de logements

- couvertures en grands éléments bâtiments abritant des locaux d’activités

- étanchéités de bâtiments collectifs et d’activités représentent un coût de dommages annuels de l’ordre de 500 M€ au titre des garanties Construction ou Dommages (dégâts des eaux, infiltrations … )

  • Les incendies, dont le coût pour l’assurance Dommages est de plus de 3,5 Md€ annuels, dont plus de la moitié pour la seule « habitation ». Certes, de nombreux facteurs, dont des facteurs anthropiques, contribuent aux causes des incendies, mais il est important de garder dans les objectifs de la Construction, quelles que soient les causes des incendies, la résilience du bien exposé, tant pour réduire les facteurs de risques que les conséquences des effets de l’incendie.

Hors effets du réchauffement climatique, d’autres pathologies contribuent pour des enjeux importants à la sinistralité récurrente de la Construction :

La pathologie des réseaux d’eau intérieurs des immeubles est en tête de la sinistralité Construction en nombre et en coût pour les logements collectifs, cette pathologie y est également en tête de la sinistralité Dommages dégâts des eaux. 

Au global, le coût annuel moyen de cette sinistralité dépasse 400 M€ avec les conséquences non chiffrées de temps perdu pour les usagers et l’activité des protagonistes des biens concernés.

 

Résilience et Build Back Better

La résilience de la construction peut s’appuyer sur l’analyse coût-bénéfice des enjeux liés aux différentes pathologies évoquées précédemment. L’observation des facteurs de sinistralité et l’évaluation du chiffrage de leurs coûts et risques, humains notamment, sont un bon moyen de prioriser les actions correctives à mener pour réduire ces sinistralités.

La proposition se heurte cependant à la mauvaise connaissance statistique des causes et origines de la sinistralité dite Dommages ainsi qu’à celle des coûts d’endommagement associés.

Dans ce contexte, l’évaluation des enjeux pour chaque pathologie est à ce jour mal cernée et les facteurs de connaissance et de priorisation des actions correctives, associant la vision décennale et la vision dommage du comportement de l’ouvrage, sont globalement mal connus.

L’observation du passé n’est pas le seul facteur contributif à la résilience de la Construction. Outre l’apport du feed-back dans la démarche qualité, il convient également de promouvoir l’innovation pour accompagner les évolutions d’adaptation de la Construction :

- en s’appuyant sur le rôle majeur de la conception des ouvrages en amont de l’acte de construire, intégrant l’ensemble des paramètres de son exposition et de la performance attendue,

- en développant la conformité et la fiabilité de l’ouvrage délivré aux objectifs fixés lors de sa conception.     

Si on prend en compte un certain nombre d’objectifs à intégrer dans la Construction : 

- la modularité de l’ouvrage,

- la rapidité de construction,

- la facilité de la déconstruction,

- la qualité/fiabilité croissante des performances à atteindre,

- l’adaptation au réchauffement climatique,

- la recyclabilité des matériaux,

- la réparabilité suite à endommagement,

- le coût global tout au long du cycle de vie de l’ouvrage,

certains process de construction devraient rapidement évoluer vers une industrialisation de composants afin de fiabiliser l’atteinte du résultat délivré tout en répondant aux différents objectifs précités, dont la baisse du coût de la Construction.

 

Dans ce contexte, l’innovation contribue à la résilience de la Construction, les objectifs assignés permettant à la fois d’améliorer la performance des ouvrages en fiabilisant leur atteinte et de faciliter leur réparation/adaptation post-endommagement, quelle qu’en soit la cause.

Cette démarche s’inscrit totalement dans le concept de Build Back Better, 4ème priorité du Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 (Assemblée Générale de Nations Unies, 2016), décliné en France tant sur le plan du « Reconstruire mieux » après endommagement que sur le plan du « Construire mieux » dès l’origine de la Construction.

Un article signé Eric Petitpas, Agence Qualité Construction

 


Modéré par : Clément Gaillard

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