[Replay] « La réindustrialisation à l’épreuve de l’objectif zéro artificialisation nette »

Le 16 février, Leonard et ses partenaires ont entamé un cycle de conférences sur le thème des territoires, acteurs de l'industrie bas-carbone de demain. Le premier volet de cette série aborde la question de la construction de nouvelles capacités industrielles en France à l’heure du zéro artificialisation nette et des normes environnementales de plus en plus strictes.

Pour cette table ronde animée par Grégory Richa, directeur associé de OPEO Conseil, quatre experts de la réindustrialisation des territoires sont intervenus : Andrea Bego Ghina, VP Europe du Sud, Dépollution et Valorisation des terres de Valgo, Olivier Lluansi, associé chez PwC, Strategy&, Olivier Pagezy, directeur général d’IDF Investissements & Territoires et Anaïs Voy-Gillis, géographe, experte Industrie.

Un potentiel des friches freiné par un recensement insuffisant

L’artificialisation des terres est un enjeu majeur en France où le phénomène ne cesse de progresser. À l’heure où l’ambition de réindustrialiser les territoires est forte, comment concilier alors le développement de nouvelles activités et la conservation des espaces encore peu touchés par les activités humaines ? L’équilibre est d’autant plus difficile à trouver, selon Olivier Lluansi, que le besoin foncier des industriels a changé.

Les critères géographiques et de prix du foncier ne sont en effet pas les seuls à prendre en compte. Ceux liés au temps maximum pour disposer d’un terrain et à la présence d’un écosystème à proximité (bassin d’emploi, centre de formation…) sont également prépondérants. Or le nombre des sites répondant à l’ensemble de ces impératifs est restreint. Ainsi, s’il suffirait en théorie de valoriser 10 à 20% des friches industrielles disponibles aujourd’hui pour créer 50 milliards d’euros de PIB industriel en plus à l’horizon 2030, peu de surfaces connues actuellement sont en réalité adaptées ou réhabilitables pour un usage industriel. De plus, alors que la demande est forte dans le sud et l’ouest de l’Hexagone, une grande partie de ces friches se trouve dans le nord et l’est.

Pour Olivier Lluansi, les pistes d’amélioration passent alors notamment par la proposition de « prêts à construire » par les collectivités locales, la mise en place de partenariats public-privé pour optimiser les projets et, pourquoi pas, une loi accélérant les procédures comme cela a été fait pour des opérations comme Eurodisney ou ITER.

Optimiser les processus de réhabilitation

L’objectif Zéro Artificialisation Nette n’est pas antinomique avec la réindustrialisation, au contraire, elle serait même une opportunité pour un meilleur recyclage des friches industrielles, pointe Olivier Pagezy. Mais pour cela, encore faut-il réunir les conditions du succès : recenser ces friches comme le font entre autres l’Institut Paris Région et l’Observatoire Auvergne-Rhône-Alpes, les qualifier afin de déterminer les plus adaptées à accueillir un nouveau projet, les financer avec des opérateurs intégrés spécialisés et enfin simplifier les procédures pour que le traitement des dossiers se fasse dans des délais raisonnables.

IDF Investissements & Territoires défend aussi un travail en amont avec les industriels qui souhaitent partir d’un site afin de mieux anticiper sa réindustrialisation. L’exemple de Flins où Renault travaille étroitement avec la Région Île-de-France pour transformer une usine automobile en site dédié à l’économie circulaire en témoigne.

L’économie circulaire : une piste pour développer des « smart friches »

Pour Andrea Bego Ghina, l’agilité des opérateurs intégrés spécialisés dans la requalification de friches offre une plus-value indéniable, notamment en gain de temps. Partisan d’une taxe sur l’anthropisation de nouveaux terrains destinée à financer par exemple le fonds pour le recyclage des friches créé en 2020 par le gouvernement, l’opérationnel promeut aussi les initiatives privilégiant l’économie circulaire.

Sur le site de Petit-Couronne à Rouen, la réindustrialisation du site de l’ancienne raffinerie s’est ainsi faite en association avec une papeterie voisine dont les vapeurs et fumées sont recyclées en énergie au profit des nouveaux occupants. Le béton des fondations a été réutilisé pour la voirie, les terres extraites des travaux du Grand Paris transportées par voie fluviale ont servi de remblais et un espace boisé classé a été créé. C’est l’exemple typique d’une « smart friche », estime Andréa Bego Ghina.

« Désiloter » politique environnementale et politique industrielle

In fine, la réindustrialisation n’est pas incompatible avec les objectifs environnementaux, souligne Anaïs Voy-Gillis, à condition d’arriver à articuler politique environnementale et politique industrielle, deux champs qui restent encore en France très « silotés ». Quant à l’industrie du futur, très orientée numérique, elle nécessite de mobiliser des talents et des compétences que l’on trouve davantage dans les villes que dans les régions où se situent encore nombre de friches potentiellement réhabilitables.

L’acceptabilité de sites industriels en milieu urbain doit donc encore progresser. Cela passera par une meilleure sensibilisation des décideurs mais aussi du grand public à la réalité de l’industrie de demain, pense la géographe.

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Article publié sur le site de Léonard

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  • Leonard / Matthieu Lerondeau

    Head of Communications & Communities, Leonard

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