« Rénover avec des matériaux biosourcés doit devenir un réflexe pour les collectivités »

Rédigé par

Anne-Sophie Tardy - Construction21

Responsable de l'éditorial

1951 Dernière modification le 23/01/2024 - 15:08
« Rénover avec des matériaux biosourcés doit devenir un réflexe pour les collectivités »

Alors que Cavac biomatériaux est sur le point d’ouvrir une nouvelle usine de transformation de chanvre en Vendée, Olivier Joreau, directeur de la structure et président de l’AICB s’est confié sur la démocratisation des isolants biosourcés.

Peut-on dire aujourd’hui qu’isoler avec du chanvre et du lin est devenu commun dans le bâtiment ?

Pas encore, mais la dynamique est véritablement enclenchée ! En 2015, les isolants végétaux représentaient 4 % de parts de marché des isolants. En 2023, ils atteignent 11 %. Les m² biosourcés posés sont effectivement en augmentation. Pour preuve, entre 2016 et 2021, les volumes de toute la filière isolants biosourcés ont progressé de 138 %.

Chez Cavac biomatériaux, nous avons plaisir à nous décrire comme visionnaires quant à cette tendance. Notre coopérative, qui compte 10 000 producteurs, avait ouvert en 2009 la première usine de transformation de chanvre de France. La culture avait disparu de notre région depuis l’ère pétrochimique du textile. Pourtant, le chanvre a des qualités très appréciées. En rotation avec le blé, il rend le sol meilleur, évitant des maladies sur les récoltes et l’usage de produit phytosanitaire. Son cycle annuel est aussi facilitateur pour entretenir les champs. Le tissu économique local s’est véritablement enrichi grâce au développement du chanvre dans le bâtiment. Forcément, l’évolution réglementaire dans le bâtiment y a également fortement contribué.

Etiez-vous prêts à ce que les matériaux biosourcés occupent le devant de la scène ?

Nous avions beaucoup milité pour, mais nous n’imaginions pas que les échéances réglementaires boosteraient aussi vite le marché. La réduction de l’impact carbone voulue par le gouvernement à travers la RE2020 était un changement radical par rapport à la RT2012 où les matériaux étaient moins contributifs. L’ajout du confort d’été au Bbio a également joué en notre faveur. Par leur qualité intrinsèque, nos isolants bénéficient d’une capacité thermique très importante. Les matériaux, plus denses, vont permettre de diminuer le recours à la climatisation dans les bâtiments.

Si la paille de chanvre est utilisée pour l’isolation, l’autre matière issue de cette culture, la chènevotte, trouve sa place dans le béton de chanvre. Ce matériau a aussi coché toutes les cases pour obtenir une ATEx en remplissage d’une structure porteuse.

Vous évoquez majoritairement le secteur de la construction. Qu’en est-il de la rénovation ?

L’enjeu est colossal sur la rénovation du parc immobilier. Au travers de l’AICB, nous militons pour la mise en œuvre d’un décret attendu par la loi Climat et résilience qui prévoit l’obligation d’ici 2030 d’utiliser au moins 25 % de biosourcés dans la commande publique. Le décret doit passer, sans quoi les collectivités ne pensent pas encore systématiquement aux biomatériaux. Je pense qu’il nous faut des chantiers d’envergure pour que la maîtrise d’ouvrage soit enfin habituée à se servir des biosourcés. Chez les particuliers, la réflexion est déjà bien actée. Souvent, les isolants biosourcés seront préférés pour leur intérêt technique plutôt qu’environnemental, les matériaux alignant des performances sur la résistance au froid et sur le confort d’été mais aussi l’hygrométrie. En 2021, on comptabilise l’équivalent de 120 000 maisons isolées avec des biosourcés.

Les matériaux biosourcés restent plus coûteux que les solutions dites traditionnelles. Comment rester compétitif ?

Contrairement aux autres solutions d’isolation, les biosourcés ont meilleur impact carbone. C’est pourquoi nous souhaitons voir des CEE supérieurs pour les isolants végétaux. Nous espérons aussi que l’achat des matériaux biosourcés pourra profiter d’une TVA à taux réduit dès l’an prochain. Nous suivons de près le projet de loi de finances 2024. Nos matériaux restent très peu gourmands à transformer. Comme notre industrie se massifie, le coût de revient a drastiquement diminué. Oui, le coût de matière est plus élevé, mais le coût d’exploitation est plus vertueux que dans une mine. Notre filière est durable et locale. Si les pouvoirs publics veulent qu’elle se déploie, ils doivent l’accompagner.

Comment imaginez-vous les années à venir ?

Nous investissons dans la R&D notamment pour les bétons végétaux. On voit que le secteur est porteur, à l’instar de majors de la construction qui réfléchissent à intégrer les matériaux végétaux dans leur offre. Tous les adhérents de l’AICB se sont également développés dans ce sens, proposant des produits certifiés, sous DTU ou sous ATEx.

Au sein de Cavac biomatériaux, nous misons également sur une forte augmentation de notre activité isolants. D’ici cinq ans, nous estimons tripler nos capacités de production. Nous avons d’ailleurs investi 27 millions d’euros pour ériger une deuxième usine courant 2024 à Sainte-Hermine (85) et passer d’un potentiel d’isolation de 50 à 150 maisons de 100 m² par semaine.


Article suivant : « L'isolant biosourcé, allié du confort d’été », Rémi Bouchié, Chef de division – Recherche et expertise enveloppe du bâtiment, CSTB 


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