La donnée au cœur de l’activité du bailleur social : une meilleure exploitation pour un patrimoine durable

Rédigé par
Asma Ben Mansour

2437 Dernière modification le 28/09/2022 - 10:00
La donnée au cœur de l’activité du bailleur social : une meilleure exploitation pour un patrimoine durable

L’utilisation des outils numériques connaît un regain d’engouement dans le secteur de la construction. Si auparavant, ces instruments étaient réservés seulement à quelques professionnels passionnés de nouvelles technologies, ils se généralisent actuellement et révolutionnent les pratiques. La gestion de projets de construction produit un flux d’information colossal et contraint les personnes impliquées à échanger et à manipuler un énorme volume de données. C’est dans ces circonstances qu’est né le besoin d’uniformiser et d’organiser ces informations tout en facilitant leur traitement et en améliorant le transfert des données qu’ils contiennent ; soit en les regroupant par nature ou par type ou en les paramétrant. Le BIM peut donc en être le moteur.

1. Les données pour le bailleur social


La maîtrise de la donnée représente un enjeu majeur pour le bailleur social, il construit, gère et entretien sa foncière sur plusieurs années. De ce fait tous ses métiers sont amenés à produire, utiliser et consulter des données du bâtiment tout au long de son cycle de vie : faisabilité, programmation, conception, réalisation, exploitation, maintenance et même en déconstruction.

La donnée devient donc le centre de l’activité du bailleur social. Cela commence par la faisabilité et programmation, où les données serviront à monter les opérations, valider les projets et élaborer les notes de programme. Ensuite en conception réalisation, les données serviront pour vérifier la conformité en termes de programme, contraintes environnementales mais aussi de coût et de construction.

Après la livraison, en plus de l’exploitation et la maintenance de son parc immobilier, le bailleur social assure la mission de gestion locative, qui constitue le cœur de son métier. On est donc face à des données techniques et patrimoniales. En fin de vie du bâtiment, les sujets de recyclage, de réemploi des matériaux et de traçabilité des déchets seront abordés : les données sur les matériaux employés, leur nature et leur quantité seront donc nécessaires pour assurer une meilleure gestion de la déconstruction. 
 

2. La cartographie des données 


La gestion ainsi que le partage des données sont primordiaux pour le bailleur social. Une double problématique se pose alors, à savoir, la collecte et la fiabilité des données d’une part, leur centralisation et leur partage d’autre part. Ces problématiques engendrent de nombreuses questions à l’instar de : 

  • Comment collecter les données, en connaître les utilisateurs et les comprendre ?
  • Comment identifier les acteurs qui fournissent les données et s’assurer de leur fiabilité
  • Comment analyser les informations et apporter la donnée appropriée à chaque utilisateur ?
  • Comment utiliser et intégrer de la donnée certifiée pendant toute la durée de vie du bâtiment ?
  • Et pour finir comment fluidifier les échanges et assurer la continuité de la donnée du bâtiment ? 

C’est en partant de ces questionnements que la démarche Seqens a été définie avec l’objectif principal de maîtriser la donnée, la transformer en information pertinente et exploitable pour tous les domaines et métiers de l’entreprise afin de fluidifier le cycle de transmission et de d’exploitation de l’information. Cette démarche a nécessité la mise en place d’une cartographie de données, qui permet de dresser une vision globale de la masse des données en circulation dans l’entreprise.
 

Pour mettre en place la cartographie des données, Seqens, a commencé par identifier les besoins en données des différents métiers et outils, des données réglementaires et les données liées aux planifications de nos plans de travaux.

  1. Identification des besoins en données : métiers, outils, réglementations 
  2. Identifier les intervenants sur la donnée : qui produit, consulte, modifie, met à jour, archive 
  3. Identifier les temporalités : disposer de la donnée au bon moment selon l’usage
  4. Tout mettre en relation pour assurer la continuité de la donnée

Grâce à cette cartographie les données seront analysées, structurées, qualifiées, et présentées dans un contexte afin de les rendre utiles, on est donc passé de la donnée vers l’information intelligible et exploitable qui répond à un besoin
 

Les informations attendues étant définies, il fallait ajouter la notion d’objet sur la cartographie en vue de préparer le passage vers la maquette numérique. Les informations attendues étant liées à des équipements et des composants du bâtiment, nous avons identifié la correspondance dans une maquette numérique. Si on prend l’exemple du composant Façade, une des informations attendes est le matériau structurel qui compose la façade. L’objet dans la maquette serait donc le mur et l’information se trouvera dans les matériaux composants le mur et plus exactement le matériau structurel. 

Ainsi, la cartographie des objets déjà initiée sera rattachée à une cartographie des matériaux qui nous permettra par la suite, grâce aux croisements des cartographies (objets et matériaux), de mesurer l’impact environnemental des produits de construction et équipements qui est généralement le contributeur le plus impactant des ACV (Analyse de Cycle de Vie).


3. Le BIM pour une meilleure maîtrise des données 


Le BIM repose essentiellement sur les données et sur l’information qu’elles peuvent engendrer. À la fois une méthodologie de travail collaboratif et une base de données très riche, le BIM place la donnée au centre de ses applications par le biais d’une maquette numérique. Celle-ci est un outil indispensable aux traitements numériques de ces données, assimilées à des objets dotés d’une intelligence extrême.

La maquette numérique, une base de données.

La maquette numérique est une représentation spatiale du bâtiment, composée d’objets intelligents et structurés. Chaque objet est accompagné de ses données qui peuvent porter sur :

  • Composition : nature des matériaux composant l’objet dessiné ; 
  • Propriétés : résistance thermique, performances acoustiques ou mécaniques… ; 
  • Localisation : nom de la pièce, des bâtiments, coordonnées de l’objet ; 
  • Sémantiques : description de l’objet, fiches techniques, liens vers le site du fabriquant ; 
  • Quantitatives : volumes, surfaces, longueurs et toutes autres quantités associées aux constituants de l’objet dessiné ; 
  • Comportementales : comportement des objets entre eux 

L’exploitation de ces données peut assurer : 

  • Meilleure compréhension du projet grâce aux visualisations d’ensemble et de détails ; 
  • Meilleurs choix conceptuels et de performances des matériaux grâce à la possibilité de faire des simulations ; 
  • Meilleure gestion des modifications du projet ;
  • Un GEM plus efficace ; 

L’approche BIM par le biais des données, à la fois par la convergence, traitement et la mise à jour continuelle de la donnée, qualifiera d’autant la démarche initiée par Seqens, comme un levier facilitateur pour traiter par la suite quatre grandes thématiques, à savoir :

  • Les exigences de la RE2020
  • La continuité de la donnée pour les calculs ACV
  • Les simulations et contrôle de la performance énergétique des bâtiments
  • L’économie circulaire intégrée au cycle de vie du bâtiment
     

Le BIM en GEM. Si l’intérêt du BIM, se manifeste certainement pendant les phases conception et réalisation, c’est au cours de la phase exploitation que cette démarche prend toute son ampleur chez le bailleur social. Après la livraison, le BIM peut assurer une meilleure maîtrise des données du patrimoine, ensuite faciliter leur bonne intégration dans les logiciels de gestion permettant de prévoir les plans de travaux, faciliter la gestion technique (entretien et maintenance des équipements et composants…) et locative (suivi des contrats, état des lieux, calcul de loyer…) mais surtout  le recensement de l’information.
 

4. De la maquette numérique au jumeau numérique


Le jumeau numérique a toujours été comparé à une maquette numérique contenant des données, cette dernière pouvant effectivement servir de base pour la création du jumeau numérique. La maquette est constituée de données statiques créées dès la conception d’un actif puis collectées pendant la construction jusqu’à sa livraison. Pendant la phase exploitation et durant le cycle de vie entier de l’actif cette maquette sera la base du jumeau numérique. Le jumeau numérique deviendra la représentation dynamique virtuelle de l’actif, qui se basera sur des données dynamiques qui évoluent en temps réel, il se positionne donc comment l’outil ultime pour la gestion, exploitation et maintenance (gestion technique et patrimoniale). 

Chez Seqens nous ambitionnons une démarche dans laquelle les maquettes numériques seront transformées en une base de données structurée et interrogeable, mais aussi en jumeau numérique de notre foncière.

Seqens expérimente la mise place d’un environnement de collecte et de partage de données BIM en temps réel, utilisable par tous les acteurs de la chaîne : conception, réalisation et Gestion-Exploitation-Maintenance des bâtiments. Cet environnement de collecte et de partage de données BIM doit assurer le lien entre toutes les informations nécessaires de la vie de l’ouvrage.

Il permettra de :

  • Collecter l’ensemble des données produites par les collaborateurs de Seqens, tout au long de la vie de l’immeuble, enrichies de ses caractéristiques intrinsèques, fournies par les équipes « conception – construction » ; 
  • En extraire les informations nécessaires à l’exploitation de l’ouvrage et les centraliser dans une représentation numérique dédiée ; 
  • Partager cette représentation avec un entrepôt de données Seqens qui sert d’interface pour interagir avec les différents systèmes d’informations.
  • Mettre à jour la maquette numérique avec des données remonter lors de la phase GEM.
     

5. Conclusion

Enfin, vu l’importance des données et des informations générées par un projet de construction pendant toute sa durée de vie et dès la phase d’expression des besoins par le maître d’ouvrage jusqu’à son exploitation, sa maintenance et déconstruction, il devient nécessaire de pousser les réflexions sur l’identification et la structuration et l’exploitation des données de la maquette numérique et ce dès la phase conception. Cette structuration dépendra principalement des outils qui seront utilisés pour exploiter et valoriser ces données.
 

Un article signé Asma Ben Mansour de Seqens


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