L’IFPEB propose un socle technique pour des bâtiments compatibles avec les Accords de Paris

L’IFPEB propose un socle technique pour des  bâtiments compatibles avec les Accords de Paris

Le jeudi 10 novembre 2022, l’IFPEB a présenté à un vaste panel d’acteurs de l’immobilier un socle programmatique pour des bâtiments « compatibles neutralité carbone ». Ni un label, ni une certification, cette démarche permet de baliser un chemin concret et opérationnel vers la neutralité carbone. 

Le concept de neutralité carbone est impossible physiquement à l’échelle d’un bâtiment, il existe néanmoins des axes programmatiques robustes permettant de réduire de façon immédiate l’impact carbone du bâtiment. L’IFPEB propose dans cette publication un état des lieux du chemin parcouru ces 30 dernières années ainsi qu’un socle opérationnel pouvant être largement déployé dans les opérations.

Le socle technique pour des bâtiments compatibles neutralité carbone est un document téléchargeable gratuitement en cliquant ici.

Il est le fruit de 8 mois de travail des membres de l’IFPEB dans le cadre de leur Groupe de Travail permanent Neutralité Carbone. 

La publication est composée :

  • Du socle technique complet avec les éléments de décryptage (80 pages environ)
  • D’un résumé exécutif pour décideur (20 pages)
  • De fiches thématiques pour chaque levier de décarbonation (intensifier l’usage, consommer moins, consommer mieux)
  • D’un outil simplifié xls pour faciliter la définition de programmes opérationnels bas carbone

Neutralité carbone horizon 2050 : seulement la moitié du chemin parcouru en ¾ du temps. 

Nous constatons tout d’abord que, globalement, la France et l’Europe n’ont fait que la moitié du chemin depuis 1990. Une accélération du rythme de décarbonation est essentielle pour tenir les objectifs fixés en 2030.

Notons que la France souhaite un alignement de ses ambitions avec la cible européenne, soit 55% de réduction de GES horizon 2030. Si nous souhaitons tenir nos engagements, il est urgent de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

Notons aussi le récent rapport du Haut Conseil pour le Climat (HCC) qui pointe une stagnation des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) du bâtiment entre 2019 et 2021 (-0,7%). Le HCC recommande une accélération du rythme de décarbonation prévu dans la SNBC 2 (horizon 2030) notamment pour anticiper le rehaussement des exigences à l’échelle européenne.

Le rythme de décarbonation du secteur du bâtiment n’est pas assez rapide : on construit vite, on rénove lentement

On rénove lentement : en 2019, seulement 41 000 rénovations de logements en BBC versus les 500 000 prévues à la SNBC (presque un facteur 10).

On construit vite : 50% de plus, c’est l’augmentation de la taille du parc tertiaire (m²) et résidentiel (nombre de logements) entre 1990 et 2019 (Source : CEREN).

À l’échelle nationale, l’analyse des sources des GES et des trajectoires fixées par la SNBC révèle quelques enjeux de fond :

> La rénovation du parc existant, une priorité

  • Le parc existant constitue actuellement 99% des GES liés à l’énergie (scope 1) soit environ 80% de l’ensemble des GES du secteur du bâtiment (énergie + matériaux)
  • Avec un taux de renouvellement tendanciel des parcs immobiliers de l’ordre de 1% par an, l’essentiel du parc à 2050 sera constitué des immeubles construits bien avant la RE2020 voire la RT 2012.

> Quel budget carbone pour la rénovation ?

  • Le neuf consomme à date environ 90% du budget carbone pour les matériaux ce qui corrobore l’analyse précédente « on construit bien plus vite qu’on ne rénove ».

> Comment résoudre l’équation neuf / rénovation ?

  • Plus la rénovation prend du retard, plus le neuf est susceptible d’être contraint à une performance carbone exemplaire pour tenir le budget carbone global du secteur du bâtiment.

Les cinq axes fondamentaux d’un Bâtiment Compatible Neutralité Carbone 

1) Il ne cherche pas à afficher zéro, ce qui compte c’est le progrès mesuré chaque année

Le socle technique « Bâtiment Compatible Neutralité Carbone » s’appuie sur le référentiel Net Zero Initiative (NZI) proposé par Carbone 4. Il permet aux entreprises d’évaluer leurs efforts et leurs contributions à la neutralité carbone française grâce à trois indicateurs distincts. 

  • Réduire au maximum ses émissions de GES (pilier A, NZI) avec des objectifs de résultat.
  • Aider d’autres bâtiments, d’autres secteurs à réduire leurs émissions de GES… (pilier B, NZI) avec des objectifs de moyen.
  • Contribuer à augmenter les puits de carbone (pilier C, NZI) via des objectifs de résultat ou de moyen.

Ce qui compte c’est la mesure de la contribution du bâtiment et donc les progrès réalisés chaque année et pour chaque pilier. La trajectoire long terme compte moins que le progrès réel mesuré chaque année. 

2) Il active trois leviers programmatiques principaux

Un Bâtiment Compatible Neutralité Carbone s’appuie sur trois axes programmatiques principaux : Intensifier l’usage, consommer moins et consommer mieux. Pour chaque axe sont cartographiés : les ordres de grandeurs (où est le carbone ?), les leviers d’actions disponibles, les indicateurs objectivables et enfin des exemples concrets de mise en application.


 

> Intensifier l’usage pour diminuer le besoin net en m²

Cette tendance de fond questionne l’utilisation même des bâtiments. Quelle performance environnementale pour un bâtiment peu utilisé ? De nombreux leviers existent et sont détaillés dans la publication. Intensifier l’usage, c’est basculer d’une performance au m² à une performance à la personne. C’est aussi accepter qu’un bâtiment très fortement occupé consommera plus d’énergie qu’un bâtiment peu occupé, mais présentera potentiellement une performance meilleure. En France, on estime l’empreinte carbone des habitants à 9,9 tonnes de CO2/personne [1] (en 2019). Intensifier l’usage c’est se demander : comment la conception, l’exploitation de ce bâtiment contribuent-elles à baisser l’empreinte carbone de ceux qui l’utilisent ?

[1] Carbone 4, MyCO2 : Empreinte carbone française moyenne, comment est-elle calculée ?

> Consommer moins : faire mieux avec moins

Depuis le premier choc pétrolier, de nombreuses générations de réglementations thermiques dans le bâtiment se sont succédé. En cinquante ans, l’ensemble des acteurs du bâtiment a développé une culture commune de la sobriété et l’efficacité énergétique. 
Le meilleur kWh et le meilleur matériau ont un point commun : on ne les consomme pas. Essentialiser le kWh ou le matériau utile pour ne consommer que le strict nécessaire : faire mieux avec moins.

> Consommer mieux : une compétition bas carbone est lancée

Questionner l’impact environnemental du kWh ou du matériau mis en œuvre. Favoriser des énergies et matériaux décarbonés, voire contribuer à la séquestration carbone.

3) Il évalue son potentiel de décarbonation maximum

Le potentiel de décarbonation maximum implique d’évaluer le plancher technique de MDE (Maîtrise de l’énergie) pour diminuer au maximum sa consommation d’énergie (kWh/m².an). Et d’évaluer le potentiel d’accès à des énergies décarbonées pour diminuer au maximum son intensité carbone (kgCO2/m².an)

4) Il évalue sa performance carbone énergie à l’aune d’un millésime de performance

Un Bâtiment Compatible Neutralité Carbone implique :

  • Une évaluation de l’ensemble des impacts (en ACV – Analyse de Cycle de Vie) sans chercher à afficher un impact nul avec une mesure du progrès chaque année
  • Une évaluation du potentiel maximum de décarbonation à l’horizon 2030 et 2050
  • Une activation progressive de l’ensemble des leviers programmatiques disponibles et réalisables opérationnellement
  • La définition d’une trajectoire de décarbonation à l’horizon 2030 et 2050 avec une logique de millésime de performance afin de suivre son retard ou son avance et de se comparer

5) Il évalue sa performance carbone matériaux à l’aune d’un temps de retour carbone

Un Bâtiment Compatible Neutralité Carbone évalue l’impact environnemental des matériaux et le réduit au maximum tout en s’assurant de l’efficacité énergétique induite par les rénovations énergétiques.
Le Temps de Retour Carbone consiste à réaliser une comparaison entre l’impact carbone du bâtiment avec ou sans rénovation sur une durée définie.

Plus la rénovation énergétique engendre un impact carbone des matériaux élevé, plus elle doit aboutir à une très forte décarbonation de l’énergie.



Ce socle opérationnel sera amené à évoluer au gré des travaux menés par les membres de l’IFPEB et des retours terrains.

Télécharger le socle technique
 

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