[Entretien] Bilan carbone de la laine de roche : les premiers enseignements des FDES

Après avoir participé à la démarche E+C- au travers de différents projets, 2020 a été l’opportunité pour ROCKWOOL de valoriser le gros travail de référencement de fiches de déclaration environnementale et sanitaire qu’il mène depuis les années 2000. Cette formalité effectuée sur la base INIES permet aux produits en laine de roche de l’entreprise d’être fins prêts pour la mise en œuvre de la prochaine réglementation RE2020. Retour sur le bilan carbone de ces produits avec Julien Molinier, expert performance énergétique, Colas Lévêque, responsable prescription nationale et Christèle Wojewodka, responsable développement durable Europe du Sud.

1. Comment amortissez-vous les émissions carbone issues de la production de la laine de roche ?

J. Molinier : Nous avons pris le parti de développer des produits qui soient performants et durables afin d’éviter un renouvellement de l’isolant. Cela nous permet d’amortir plus efficacement les émissions carbone issues de la production. Les panneaux de laine de roche ont une durée de vie qui va au-delà de 50 ans. Une étude menée par un organisme indépendant a pu ainsi montrer que des isolants installés depuis 55 ans avaient conservé leurs performances thermiques, mécaniques et hygrométriques. Les principaux avantages de la laine de roche sont en effet son caractère non hydrophile, son imputrescibilité, et son incombustibilité naturelle, ce qui lui permet d’être stable même en cas d’aléa.

Pouget Consultants, un bureau d’étude thermique indépendant a, par ailleurs, mené une analyse du bilan carbone d’une opération d’isolation thermique par l’extérieur en laine de roche sur un bâtiment résidentiel. Les conclusions de l’analyse parlent d’elles-mêmes : les émissions liées à la production de nos panneaux sont amorties très rapidement après leur installation, au bout de 3 à 6 mois selon les zones géographiques et les types de chauffage. Il y a donc un grand bénéfice carbone pour un bâtiment lorsqu’on raisonne sur toute la durée de vie de l’isolation.

À cela s’ajoute le travail de fond que nous menons sur la réutilisation et le recyclage de la laine de roche.

2. Vous avez plus de 83 FDES vérifiées disponibles sur la base INIES. Qu’est-ce que ce travail vous a appris sur le bilan carbone de vos produits en laine de roche ?

J. Molinier : Nous sommes engagés dans une démarche de diminution de notre impact environnemental et carbone depuis longtemps chez ROCKWOOL. Nous travaillons depuis 2012 sur les enjeux du recyclage de nos matériaux. Nous avons également fait certifier notre site de production ISO 14001 (pour l’environnement) et ISO 50001 (pour l’énergie), afin d’affirmer notre engagement et nos bonnes pratiques. La réalisation des 83 FDES nous a permis de poursuivre cet effort de réduction de notre impact, en menant une analyse de cycle de vie sur l’ensemble de nos gammes de produit en laine de roche. Cette ACV montre que la laine de roche a un bilan carbone très intéressant. Ce matériau a l’avantage d’être facilement recyclable. Il est tout à fait possible de récupérer les chutes de laine dans les usines de production, en phase chantier, ou encore de la laine issue de la déconstruction d’un bâtiment, et de les renvoyer à l’usine afin de fabriquer un produit neuf. Cela permet d’utiliser le moins de matière première possible, en évitant d’aller chercher du basalte et aussi de diminuer les émissions de CO2 à la fabrication. La recyclabilité de la laine de roche est un gros point fort de ce matériau, l’essentiel aujourd’hui étant d’éviter de produire des matériaux ex-nihilo afin de réduire l’empreinte carbone globale des bâtiments dans le neuf comme la rénovation.

3. Vous avez pris part à des projets E+C-. Que peut apporter la laine de roche à des projets E+C- ?

J. Molinier : Un des projets phares E+C- auquel nous avons participé est la première maison labellisée Bepos Effinergie, livrée fin 2017. Elle est également labellisée Promotelec Habitat Neuf.

Grâce à la laine de roche, nous avons réussi à atteindre une isolation de très haut niveau sur un bâtiment compact, avec une ossature bois, pour un résultat E3C1. Plus récemment, nous nous sommes engagés dans un projet plus ambitieux techniquement : une tour de bois de 55 mètres entièrement en isolation laine de roche. Ces deux projets ont permis de montrer que nos isolants fonctionnent très bien avec d’autres matériaux durables, comme le bois, et qu’ils répondent aux normes actuelles et aux normes à venir. Par exemple, la RE2020 pose la question du confort d’été. Nous avons montré que la laine de roche peut tout à fait répondre à cet enjeu, notamment en apportant de la masse et de l’inertie à un bâtiment à structure légère, même s’il faut rester objectif : une dalle béton apportera toujours beaucoup plus !

C. Lévêque : Il faut bien garder à l’esprit que, globalement, la part d’un isolant est assez faible dans le bilan carbone d’un bâtiment. En maison individuelle, la part des isolants ROCKWOOL ne représente pas plus de 5% du bilan sur les produits de constructions (hors énergie). Sur de plus gros projets tertiaires ou du logement collectif, on est généralement sous les 2%. En règle générale, on remarque que les émissions carbone proviennent surtout de la partie fondation et du gros œuvre. Même si l’isolant a un rôle minime sur la partie C-, il est évidemment très important pour la partie E+. En effet, selon l’analyse menée par Pouget Consultants, les isolants ROCKWOOL permettent d’économiser 60 à 300 fois les émissions carbone émises, en améliorant la performance énergétique des bâtiments. Dès lors, nous partons du principe qu’il vaut mieux émettre un peu de CO2 pendant la production de l’isolant, si cet isolant peut ensuite permettre d’éviter un maximum d’émissions lors de la phase usage d’un bâtiment.

4. Certains acteurs de la construction préconisent de se tourner vers des isolants biosourcés et locaux pour faire des bâtiments bas carbone. Quelle est votre position ?

C. Lévêque : L’isolation, nous l’avons vu, compte pour moins de 5% du bilan carbone d’une opération de construction. En revanche, elle permet de faire économiser une quantité importante de carbone sur toute la durée de vie de l’ouvrage en réduisant les consommations énergétiques. Le critère le plus important est donc celui de la durabilité de l’isolant, sa tenue dans le temps. Constitué de matière premières d’origines minérales (à 97%) et ne nécessitant pas l’ajout de produits chimiques, de type ignifugeant ou antifongique, la laine de roche a fait ses preuves en termes de durabilité. De plus, elle est issue de matériaux locaux puisque son principal composant, le basalte, est présent sur toute la planète en très grande quantité. ROCKWOOL France a ainsi installé son usine de production en France, dans le massif central, au plus près d’un gisement de basalte. Cela limite donc les émissions carbone liées au transport des matériaux.

C. Wojewodka : L’un des arguments mis en avant par les pro-biosourcés est que ce type de matériau stocke du carbone. Mais ce stockage n’est que temporaire, le carbone sera partiellement ou totalement relargué en fin de vie du produit. Cela ne fait que déplacer le problème sur les générations futures. Donner cette information en additionnel dans les FDES des produits biosourcés serait tout à fait possible.

J. Molinier : Il faut en effet prendre en compte toutes les performances des matériaux et raisonner à l’échelle de leur cycle de vie. La laine de roche répond à un maximum de critères durables, et garantit la qualité des bâtiments. Comme pour le gros œuvre, le multimatériau est l’avenir en isolation et les choix doivent être faits en prenant en compte l’ensemble des paramètres. La laine de roche ROCKWOOL et ses performances durables est un très bon allié de la structure bois puisqu’elle est naturellement incombustible, inerte, perméable, non-hygroscopique et peut participer à améliorer le confort thermique d’été.

 

Colas Lévêque, responsable prescription nationale 
Christèle Wojewodka, responsable développement durable Europe du Sud
Julien Molinier, expert performance énergétique

 

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