[Dossier Afrique - Ville(s) Durable(s)] #2 - Vers des villes africaines durables

En 2100, une personne sur deux vivra en Afrique. Bien que la perspective semble lointaine, les phénomènes qui y conduisent sont actuels. La métropolisation du monde affecte particulièrement le continent africain, et on compte déjà aujourd’hui plus de la moitié de la population du continent vivant en milieu urbain. D’ici 2050, les villes africaines devront accueillir près d’un milliard de nouveaux urbains, accélérant la croissance d’un développement urbain spontané. Ces chiffres vertigineux ont des conséquences tant sociales, que économiques, environnementales et politiques. A travers plusieurs contributions, cet ouvrage tente d’analyser l’évolution urbaine et territoriale des villes africaines au prisme des transitions et des enjeux qu’elles connaissent, qui, dans d’autres mesures et dans un autre contexte, trouvent aussi leur résonance en France pour penser la ville de demain. 

Entre enjeux et transitions, des opportunités à saisir et des écueils à éviter

La transition démographique et urbaine est sans doute la plus évidente et la plus prégnante. L’accueil de 800 millions de nouveaux habitants d’ici trente ans nécessite d’assurer des conditions de vies abordables et de qualité qui sont étroitement corrélées aux enjeux écologiques et climatiques. Ces défis nécessitent d’innover ; innover par l’inclusion des populations, notamment les femmes (51% de la population), et les jeunes (60% de la population), et par l’intégration et la mise à l’échelle des initiatives qui existent déjà sur un territoire.

Innover nécessite de dessiner un nouveau modèle de développement durable et inclusif. La planification urbaine doit donc plus que jamais intégrer des enjeux climatiques ou alimentaires, soulignés par les impacts de l’explosion démographique urbaine et amplifiés par la crise de la Covid 19. 

Parmi ces enjeux : l’habitat, inhérent à la croissance démographique des villes africaines. Le risque de la financiarisation du logement et de la ville est accru alors que selon les contextes, entre 25% et 80% de la population vit dans des quartiers informels. La stratégie à mettre en place pour ces quartiers est loin de faire consensus, menaçant les habitants d’expulsions ou d’excentrations avec le reste de la ville. Sous l’angle de l’habitat, on peut ainsi identifier certains grands enjeux des villes africaines, entre financiarisation, informel et préservation du patrimoine, qui demandent des politiques du logement plus fortes et plus adaptées aux besoins pour répondre à la nécessité (et peut-être bientôt au droit) de tous de disposer d’un logement abordable et durable. 

La congestion dans les villes africaines, la fragmentation des différents modes de mobilités (liées notamment à l’exclusion du transport informel dans les stratégies de mobilités) sont des problématiques communes à beaucoup de villes africaines. Cela traverse ainsi des enjeux sociaux, économiques et environnementaux. La mise en place de nouvelles approches intégrées et structurantes de la mobilité tendent à répondre à ces problématiques et à placer les autorités locales comme actrices de la mobilité durable.

La transition numérique en Afrique constitue l’une des opportunités majeures de ce continent. C’est à la fois une avancée avec la démocratisation des outils numériques auprès de la population, notamment par l’utilisation du téléphone portable, et avec le fleurissement d’entrepreneurs du numérique. Néanmoins, le sujet n’est pas encore assez pris en main par les autorités publiques pour en faire des stratégies de transition numérique territoriale structurantes et durables. La naissance d’une volonté publique est essentielle pour saisir toutes les opportunités que peut offrir le numérique pour la ville tout en évitant ses écueils.

La croissance urbaine est également indissociable d’un besoin de financement. Les infrastructures, les opérations d’aménagement, d’équipements et de services nécessitent pour les autorités locales des besoins de financement importants, notamment dans un objectif de croissance verte et durable. Financer la ville durable est clé pour les villes africaines dont les capacités et l’autonomie fiscale sont faibles. Les ressources endogènes sont donc nécessaires. Les bailleurs internationaux ont ainsi un rôle à jouer, et des initiatives émergent comme la création d’agences africaines de financement locales.

Face à tous ces défis, la coopération et les réseaux agissent comme des facilitateurs pour des échanges et des partenariats entre villes et entre territoires, tous rassemblés autour de la même volonté de développer des territoires durables, inclusifs et résilients. La coopération décentralisée entre villes françaises et africaines, parfois ancienne, tend aujourd’hui à se renforcer pour prendre une dimension plus opérationnelle dans une logique de réciprocité.

Un ouvrage partenarial qui invite à repenser la ville de demain

Cet ouvrage, soutenu par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et l’Agence Française du Développement (AFD), a réuni une multiplicité d’acteurs africains et français (élus locaux et représentants nationaux, des professionnels de l’urbain, des personnes issues du secteur privé et de la recherche). Ce croisement des regards apporte une expertise globale sur les transitions à venir. Il s’agit maintenant de faire converger les actions pour tirer les meilleures opportunités de ces transitions et ainsi construire des territoires durables dans un monde en commun. Finalement, les expertises et les expériences, bien que très diverses, vont dans le même sens et affirment la nécessité de mettre en place des politiques publiques qui intègrent de manière plus prononcées ces enjeux et ces transitions dans des stratégies durables. La qualité de la gouvernance est la condition sine qua none pour garantir l’efficacité de ces politiques. L’échelle locale est aussi réaffirmée comme jouant un rôle majeur. Cependant, cela doit être accompagné d’outils et de renforcements législatifs, techniques et financiers assurant aux autorités locales une meilleure capacité d’action. 

Dans un contexte qui aujourd’hui a été bouleversé par la crise sanitaire de la COVID-19, cet ouvrage offre un socle de réflexion large sur les enjeux des villes africaines. Les constats du « monde d’avant » ont été particulièrement accentués et mis en lumière pendant la crise. Ainsi, les portraits des villes dressés dans cet ouvrage sont un bon point de départ à partir duquel s’assurer que le « monde d’après » développe durablement des villes qui soient plus résilientes, démocratiques, solidaires et inclusives. 

 

Un article signé la FNAU Rédigé à partir de l'ouvrage POINT FNAU "Vers des villes africaines durables", 2020 

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