Biosourcés, un retour vers le futur dans le bon sens

Rédigé par

Kathlen PIRIOU

Chef de projet Construction Durable - Biosourcés

2090 Dernière modification le 24/01/2024 - 14:29
Biosourcés, un retour vers le futur dans le bon sens

Et si, avec nos isolants énergivores et carbonés, on allait dans le mur ? Si, avec nos isolants chimiques et ultra-transformés, nos bâtiments faisaient une indigestion ?

Avec les biosourcés, l’adage du « c’était mieux avant » devient peut-être pour la première fois tourné vers le futur. On prend les mêmes et on recommence, mais on améliore, on massifie, on structure ! Un retour aux sources modernisé, qui se doit de conserver le bon sens dont il est issu.

Atouts à tous les étages 

On ne cite plus les avantages des isolants biosourcés, mais c’est toujours mieux de les rappeler. Les isolants biosourcés sont bien connus pour leurs vertus environnementales : ils sont renouvelables et peu gourmands en énergie. Ils sont convaincants à toutes les étapes de leur vie : l’agriculteur trouve une valorisation alternative de ses (co)produits, l’artisan apprécie leur confort de pose, les murs à l’humidité régulée ne se dégradent pas et l’usager supporte quelques degrés de moins l’été en respirant un air plus sain. En étant recyclables, valorisables voire compostables et non polluants, les isolants biosourcés facilitent même la fin de vie des bâtiments (tout en repoussant la nôtre). Alliés incontestables du confort d’été grâce à l’important déphasage thermique apporté par leur forte densité, ils sont également doués pour l’acoustique, leur forte porosité en faisant de très bons absorbants acoustiques. Enfin, réintroduire les matériaux naturels au cœur des bâtiments apporte une sensation de bien-être au contact du vivant (biophilie).

Vieux mais tournés vers l’avenir

Les biosourcés sont généralement issus de cultures millénaires et sont utilisés depuis très longtemps dans la construction en tant que première ressource locale. La plus vieille maison en paille du monde a 120 ans (Maison Burke dans le Nebraska) et son équivalent en Europe a 103 ans (Maison Feuillette à Montargis). Mais la paille était déjà utilisée depuis bien longtemps en bauge, adobe ou torchis. Le chaume est l’un des plus vieux modes de couverture de toit du monde. Quant au chanvre, utilisé dans de nombreux secteurs depuis l’Antiquité, il est entré dans la construction depuis plus de 50 ans (35 ans en France), d’abord sous forme de béton de chanvre. 

Paille, chanvre, bois, lin, liège, coton, … comment des matériaux aussi ancestraux peuvent-ils être une solution d’avenir ? Avant tout, les isolants biosourcés sont décorrélés des matières premières d’origine fossile, qui, on le sait, ne sont plus une voie très porteuse. Mais surtout, ils agissent en véritables pompes à CO2 en transformant le carbone atmosphérique en carbone biogénique lors de leur croissance. Ils émettent par la suite peu de CO2 lors de leur transformation. Peu carbonés voire à impact Carbone négatif, ils contribuent ainsi à l’atteinte des objectifs Climat (neutralité Carbone en 2050). De plus, leur faible énergie grise les rend peu sensibles aux variations de prix de l’énergie, permettant de contenir l’augmentation des coûts des matériaux.

C’est ainsi que les isolants conventionnels, de plus en plus taxés Carbone, vont progressivement contribuer à financer le développement de leurs homologues plus naturels. Les isolants biosourcés vont devenir de plus en plus concurrentiels, et c’est déjà le cas dans certains projets pour la laine de bois ou la paille, dont le coût matériau est aujourd’hui similaire à celui d’une laine de roche. Leur massification par l’industrialisation et la préfabrication permettra des économies d’échelle, qui, cumulées à une optimisation de la conception et de la mise en œuvre, permettra aux biosourcés de gagner en compétitivité. Ils ont donc un bel avenir devant eux dans la construction, tout en participant au développement d’une filière ancestrale, la filière agricole.

Le biosourcé, toute une culture

Du côté de l’agriculture, cultiver des végétaux tels que le chanvre ou le miscanthus permet la régénération des sols en profondeur, très utile en rotation des cultures pour l’assolement. L’utilisation d’une partie des plantes (écorce fibrée, moelle interne…) pour un usage en matériaux isolants ouvre de nouveaux débouchés pour l’agriculture, d’autant plus lorsque cela permet de valoriser des co-produits comme la paille. En parallèle, des emplois peuvent être créés à proximité des lieux de production pour la transformation et la mise en œuvre des isolants biosourcés. En ayant recours à des matériaux locaux, on crée des emplois non délocalisables, participant ainsi au développement économique local et à la dynamique des territoires.

En plus d’être disponibles en circuit court géographiquement, les filières de production présentent l’avantage supplémentaire de se renouveler en circuit court temporellement, avec une voire plusieurs récoltes par ans pour les plantes à fibres. C’est toute une bioéconomie qui se développe. Et la France est tout à fait en mesure de fournir les ressources locales nécessaires avec une capacité d’évolutivité suffisante car elle bénéficie d’un gisement conséquent de matières issues du vivant : 90% du territoire français est couvert de forêts ou de surfaces agricoles, faisant du pays le 1er producteur de plantes à fibres et la 3ème ressource forestière d’Europe. Encore faut-il privilégier les approvisionnements locaux et éviter certains pièges.

Le bon régime : local et peu transformé…

Un matériau biosourcé dont la matière première a traversé le globe pour arriver jusqu’au chantier a-t-il un sens ? La question est légitime, si l’on ne veut pas perdre les bénéfices et la cohérence du choix du biosourcé. Une étude [1] a montré qu’un matériau biosourcé perd son avantage Carbone par rapport à un équivalent conventionnel s’il est produit au-delà du territoire français. Pour les isolants biosourcés, cette distance « critique » est très variable entre la laine de bois (environ 900 km) et la ouate, la paille ou le chanvre (environ 3 400 km). Néanmoins, les isolants biosourcés fabriqués en France avec de la matière première locale restent bien évidemment idéaux, car ils permettent de relocaliser des activités industrielles et artisanales dans une logique d’économie circulaire. Avec à la clé, la création d’emplois porteurs de sens et la préservation des savoir-faire. Cependant, il est important que le processus de développement soit issu d’un juste équilibre entre industrialisation et artisanat, et réponde en priorité à un besoin local. Ce sont les filières biosourcées qui devront s’adapter au monde agricole, et non l’inverse.

Par ailleurs, dans une logique de construction durable, il est préférable d’utiliser des isolants biosourcés ayant subi un minimum de transformation. Sans quoi, ils perdraient deux de leurs atouts majeurs : leur faible énergie grise et leur faible impact Carbone. La transformation implique également souvent le recours à des traitements chimiques, inconcevables sur ce secteur qui se veut vertueux. A ce titre, il est bon d’être vigilant car biosourcé ne veut pas nécessairement dire bénéfique pour l’environnement.  

… en lisant les étiquettes

Afin de ne pas se tromper sur la marchandise, il est vivement conseillé d’aller à la source des données. Devant un produit biosourcé, il est légitime de se poser les questions suivantes : le produit est-il majoritairement biosourcé ou est-ce seulement une partie minime ? Dispose-t-on de preuve sur le type de biomasse incorporée, sur tous les composants ? Les données environnementales intègrent-elles le cycle de vie complet ? Le bois mis en œuvre dans le matériau est-il issu de forêt gérée de façon durable ? L’isolant est-il réellement sain ? Il existe de nombreux documents ou labels permettant de trouver des éclairages : 

Des filières à conjuguer ensemble et au futur

Les isolants biosourcés sont résolument tournés vers l’avenir, en puisant leur force dans les savoir-faire du passé. Ils s’imposeront d’eux-mêmes face à des objectifs Carbone toujours plus bas et des étés toujours plus chauds. Positionnés en précurseurs, ils anticipent les futures normes et réglementations. Ils favorisent l’émergence de solutions techniques innovantes pour le bâtiment, et font apparaître de nouveaux matériaux : paille de tournesol, de soja, de riz, panneaux isolants à base d’algue, d’herbe, de bambou, de tiges de tournesol, d’écorce de cèdre, de mycélium, ou encore béton de lin ou de miscanthus.

Bien que le déploiement massif des isolants biosourcés ne puisse se faire sans un certain niveau d’industrialisation et de standardisation, cela ne doit pas être incompatible avec la notion de filière locale. Et tout comme il n’existe pas de matériau idéal, capable de répondre à l’ensemble des exigences techniques, environnementales et sociétales, il ne peut y avoir de modèle de développement unique. Les filières pourront également se conjuguer afin de mutualiser leurs atouts, en associant par exemple une structure bois avec des matériaux à forte inertie comme le béton de chanvre, la paille ou la fibre de bois. Enfin, il convient de rester vigilant face à certaines allégations biosourcées trompeuses, afin que ce ne soit pas l’arbre qui cache la forêt.    

[1] HUB des prescripteurs Bas Carbone – « Brief de Filière - Biosourcés » / Septembre 2022

Un article signé Kathlen Piriou, Chef de projet Construction durable et référente Biosourcés, Citae


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