[Dossier santé] # 25 - WELL, OsmoZ, Fitwel : à quoi servent les certifications et labels « santé bien-être » ?

  • par Gwenael JAN
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  • 2020-12-15 12:07:50
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  • France
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Le paysage des certifications bien-être et santé a beaucoup évolué ces dernières années avec de nouveaux labels, de nouvelles approches, tant en France qu’à l’international. C’est la preuve d’un intérêt toujours plus fort parmi les acteurs de l’immobilier, pour la qualité de vie au travail (QVT).

Et pas seulement dans l’immobilier, étant donné que l’enjeu « santé » est plus que présent dans cette période de crise sanitaire, et que l’état prévoit l’élaboration d’un 4ème plan national santé environnement qui portera la qualité de l’air intérieur comme thème prioritaire.

Des États-Unis à la France, voici le décryptage des derniers changements, qui montre qu’il y a plusieurs façons d’aborder la santé dans le bâtiment, selon des cultures différentes, de manière individuelle ou collective.

Le WELL, adaptable et international

Le WELL, né en 2015 aux États-Unis, se veut international, avec un développement fort dans son pays d’origine, mais aussi en Chine, en Australie et en Europe, notamment en France. Il bénéficie d’une vraie force de communication qui aide à sa reconnaissance. Il est adaptable à tous types de projets. Rien que chez G-ON, il concerne des missions allant de 400 m2 à 60 000 m2, que ce soit en « Core and Shell » pour les promoteurs et propriétaires de bâtiment, ou en « Interiors » pour les utilisateurs et leurs espaces privatifs. Il est aussi adapté à de la rénovation lourde ou légère.

Comme l’illustre l’infographie ci-dessous, le WELL permet de renforcer la vigilance sur de nombreux aspects de la vie d’un utilisateur de bureau, avec par exemple, des exigences de qualité de l’air plus élevées que le code du travail, la prise en compte de la végétation ou encore le fait de favoriser l’activité sportive.

C’est également grâce au WELL qu’aujourd’hui, on comprend que la proximité de la lumière naturelle du jour permet de réguler le rythme circadien, influençant donc le sommeil de l’employé et sa capacité à travailler jour après jour. Selon une enquête de 2016 de l’Académie américaine de la médecine du sommeil , les collaborateurs travaillant près des fenêtres gagnent 46 minutes de sommeil en plus !

Cette lumière du jour doit ainsi être disponible toute la journée, pas seulement à son poste de travail, mais également dans les salles de réunion, les espaces de convivialité, les escaliers, amenant à revisiter les principes de conception architecturale.

Illustration – infographie © G-ON

Intégration vidéo :

WELL : La mesure comme pilier de la garantie santé du bâtiment

Le WELL constitue sa différenciation sur le principe de la mesure. Le but ? Confirmer que les bâtiments soient conformes à des seuils de qualité d’air, qualité d’eau, confort thermique, confort acoustique et lumineux. Cette mesure sur site est réalisée par des entités autonomes, « Performance Testing Organisation » (G-ON assure notamment cette casquette, en complément de sa mission de conseil), selon des règles de mesure et d’échantillonnage drastiques. L’opération est renouvelée régulièrement, à minima tous les 3 ans si souhait de renouvellement de la certification. Cette mesure terrain est une assurance qualité pour les utilisateurs.

WELL v2 : un label pionnier en évolution

La seconde mouture de la certification WELL, dont la version pilote a été lancée en juin 2018, se positionne comme une réponse plus globale aux enjeux de santé dans le bâtiment, avec une adaptabilité étendue sur toutes typologies de projets. Cette démarche constitue également une réponse à l’offre de labels concurrents, comme OsmoZ et Fitwel.

En plus des règles du code du travail, et des certifications classiques (HQE, BREEAM ou LEED), la nouvelle mouture du WELL propose plus de souplesse et d’adaptabilité, avec un choix qui présente plus de possibilités à la carte, et aussi un coût revu à la baisse. Certains pré-requis deviennent ainsi volontaires et non obligatoires.

Le WELL v2 réagit aussi aux questions sociales, avec l’ajout d’un thème autour de la communauté. Il y en a d’ailleurs 10 au lieu de 7, ce qui correspond surtout à un redécoupage des thèmes du WELL originel.

Le WELL est aujourd’hui la certification la plus reconnue sur le marché, forte de 348 bâtiments certifiés et 4500 inscrits auprès de l’International WELL Building Institute, dans 65 pays.

La France fait partie des pionniers dans l’intégration du WELL, probablement à cause de la sensibilité des utilisateurs et des investisseurs sur les enjeux de santé au travail. Dans la discussion au sein des instances représentatives du personnel, la possibilité d’évaluer de manière factuelle les espaces de travail, grâce à une méthodologie robuste et approuvée par le corps médical, est un fort atout.

 

OsmoZ, français et collaboratif

Là où le WELL bénéficie d’une expérience et d’un rapport au travail très international, OsmoZ a une approche beaucoup plus française, avec une place inédite et importante consacrée aux ressources humaines. Le WELL V2 tente aussi d’y accorder plus de place dans sa seconde mouture, avec un de ses dix critères d’évaluation consacré à la « Community ». Mais OsmoZ en fait directement l’un de ses trois leviers d’action, avec « l’animation RH », au côté du « bâti » et de « l’aménagement ». De plus, parmi ses six critères d’évaluation, on trouve un critère « communication et lien social » et un critère « démarche collaborative ».

La mise en place d’OsmoZ, permet de répondre à l’enjeu de co-élaboration, c’est-à-dire la collaboration transversale de toutes les équipes, notamment des IRP (instances représentatives du personnel). Ce qui suppose ici le soutien primordial d’un sponsor, idéalement la DRH (direction des ressources humaines).

On rejoint une certaine idée du management : la modification en profondeur de la culture d’une entreprise n’est possible que si toutes les parties sont prenantes. Cette démarche semble logique. Même si le bâtiment est sain, il ne remplace pas le management, et ce sont parfois les mauvais rapports humains qui sont le plus à même de polluer un environnement de travail.

De même, il y a une réelle volonté chez les auditeurs OsmoZ de rencontrer les interlocuteurs intermédiaires. Les prestataires sont donc directement impliqués, à l’image de ce qui se fait pour la HQE exploitation, dont il est d’ailleurs très complémentaire : le levier d’action « bâti » se calque sur la HQE exploitation.

OsmoZ, label français encore jeune, porté par Certivéa, a une force de communication qui reste limitée. Il ne concerne pour l’instant que le tertiaire, et s’adresse beaucoup plus à l’utilisateur qu’au promoteur. Il n’y a pas non plus de niveaux, ou scores intermédiaires, alors que le WELL propose trois niveaux de certification. C’est néanmoins volontaire car la quantification de la qualité de vie au travail reste individuelle et personnelle. D’où l’importance (exigée par OsmoZ) de réaliser des enquêtes auprès des collaborateurs afin de vérifier la trajectoire et d’entrer dans une amélioration continue.

OsmoZ a aussi le mérite d’apporter une nouvelle approche transversale, partagée entre les qualités intrinsèques du bâtiment, son aménagement intérieur (1er label consacré en France au space planning), et des politiques ressources humaines. Et ce dernier aspect est primordial, car l’insatisfaction provient aussi du manque de valorisation et de dialogue au sein de l’entreprise. Dans la culture française, la démarche collaborative est indispensable.   

À la différence des autres certifications, OsmoZ prend aussi en compte le transport et la mobilité, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ou encore la reconnaissance au travail.

L’approche d’OsmoZ est donc plus « 360° », notamment quant à la couverture des enjeux issus de l’accord national interprofessionnel du 19 juin relatif à la qualité de vie au travail. Elle est aussi plus collective, alors que la tendance au travail ces dernières années avait plutôt pour priorité l’épanouissement individuel.

Couverture par OsmoZ des enjeux issus de l’ANI du 19 juin 2013 sur la qualité de vie au travail

Fitwel : la santé « by design »

Première nouveauté avec l’arrivée début 2017, aux États-Unis, de la certification Fitwel. On ne peut la présenter sans parler de l’Active Design. Ce mouvement a pour but d’intégrer et de promouvoir l’activité physique dans la routine des occupants d’un immeuble. L’objectif est ambitieux, puisqu’il s’agit de lutter contre tous les problèmes chroniques de santé nés de l’augmentation des postes de bureaux !

Être assis plus de 3 heures par jour est responsable de 3,8% des décès de toutes causes dans 58 pays (incluant la France) soit plus de 400 000 décès par an (étude Rezende L.F.  et al./2016). En France, un salarié sur cinq est affecté par une maladie chronique, selon le baromètre 2015 de Malakoff Médéric sur la santé et le bien-être des employés.

De même qu’on parle beaucoup aujourd’hui de « security by design », à savoir l’intégration de la sécurité dès la phase de conception, l’Active Design est une sorte de « santé by design », pensée et conçue en amont, dès la construction et la planification.

Le poids de l’administration US

C’est une démarche de santé publique qui a logiquement trouvé un écho au sein de l’administration américaine. D’abord à l’échelle de New York : Michael Bloomberg, alors maire de la Big Apple, lançait en 2011 le « Center for Active Design », avec l’ambition de « transformer le révolutionnaire programme new yorkais de l’Active Design en un mouvement international ». Son vœu a été exaucé, au moins à l’échelle nationale.

En effet, des mammouths publics ont pris le relai en offrant un soutien de poids à l’élaboration du Fitwel. Le prestigieux CDC (centre pour le contrôle et la prévention des maladies) et la GSA (General services administration) ont conduit des essais pilotes sur pas moins de 89 édifices gouvernementaux, pendant cinq ans ! Le Fitwel revendique d’ailleurs ces recherches de santé publique, sur lesquelles il s’appuie pour les traduire en pratiques généralisées.

En 2016, le Center for Active Design est désigné organisme certificateur. Le Fitwel est lancé début 2017, d’abord pour les espaces de bureaux, avant d’être élargi aux résidences en novembre 2017.

Plus simple, moins cher

Pensé pour l’analyse comparative et la classification, le Fitwel se démarque du WELL en se voulant plus simple à mettre en œuvre (moins de critères, aucun prérequis nécessaire), et donc plus rapide et moins cher à certifier.

Le but de l’administration américaine est aussi de pouvoir rapidement attribuer une note pour chaque building, pour que la comparaison d’un bâtiment à l’autre, voire un classement global, puisse se faire plus facilement. La certification Fitwel est ainsi valable sans limite de temps, ce qui n’est pas le cas du WELL.

Un paysage mouvant, où il reste encore beaucoup à faire

La QVT n’est pas qu’un feu de paille ou un effet de mode destiné à disparaître aussi vite qu’il est apparu. Aux États-Unis et au Canada, certains acteurs parlent d’ailleurs du « wellness », soit la qualité de vie non seulement au travail, mais dans les logements, à l’école et dans les espaces publics, comme de la prochaine industrie à mille milliards de dollars.

Si le paysage est aussi mouvant, c’est parce qu’il est encore jeune. Les organismes certificateurs cherchent encore la meilleure formule pour satisfaire les besoins des acteurs de l’immobilier, tant dans l’exploitation que dans la construction, et leurs exigences respectives.

Illustration : Scénéo, premier bâtiment certifié WELL en France

Actualité nouvelle : le risque sanitaire

Dans le contexte de risque COVID, cristallisé dans les espaces intérieurs, en particulier les espaces confinés, les certifications santé comme WELL, OsmoZ et Fitwel apparaissent comme des solutions utiles pour réduire le risque sanitaire dans les locaux.

Fort de ses moyens internes et du succès du WELL, l’International WELL Building Institute (IWBI) a publié un système d’évaluation du risque sanitaire, le WELL Health Safety Rating. Éléments d’explication.

Ventilation

À la différence des mesures sanitaires de confinement mises en œuvre pour freiner l’épidémie et la saturation des hôpitaux, la notion de local confiné est synonyme de risque de contamination ! L’air vicié doit être extrait, et tout apport d’air neuf doit être favorisé, soit par la ventilation ménanique (double flux), soit en ouvrant les fenêtres ou tout autre système de ventilation naturelle.

Le recylage direct d’air, s’il n’est pas associé à des filtres performants permettant de capturer les virus et bactéries (filtres HEPA), risque de favoriser la contamination.

Le taux de ventilation est aussi crucial. Plus ce taux est important, plus le renouvellement de l’air est efficace, plus le confinement d’air, donc le risque de contamination, diminue. Aujourd’hui, les taux requis par les certifications WELL et Fitwel sont plus importants que les normes de base. Alors que le code du travail exige 25 m3/h/personne dans les bureaux en France, la certification WELL conduit à viser des seuils plus élevés, entre 30 et 36 m3/h/pers. 

Le label français OsmoZ, développé et géré par Certivéa, en fait autant en poussant les acteurs qui le souhaitent à aller au-delà des débits du code du travail. Le référentiel préconise notamment des seuils plus ambitieux que le code du travail, valorisés notamment par la norme NF EN 16798 (qui a remplacé la NF EN 13779) et d’autres normes justifiant de débits plus élevés que le code du travail.

Filtration et Condensation

WELL et Fitwel interviennent aussi sur la filtration de l’air. Entre des filtres bas de gamme et haut de gamme, le taux de particules capturées de la taille des virus peut passer de 20% à 80% ! Quant aux zones humides (batteries froides notamment), véritables réservoirs à bactéries, le WELL préconise des radiations ultraviolettes sur les ailettes de refroidissement et les bacs de vidange permettant d’en réduire le risque. 

Le contrôle de la condensation est aussi important, même s’il est ici un peu contre-intuitif. On pourrait croire en effet que la grippe se développe mieux dans un milieu humide. C’est faux. Augmenter le taux d’humidité d’une pièce de 30 à 50% permet de diminuer l’espérance de vie de la grippe de plus de 32%, explique Joseph Allen. 

Se laver les mains

Se laver les mains peut sembler basique. Sauf que le WELL intègre dans ses critères la surface des lavabos, le savon utilisé ou encore les moyens pour se sécher les mains, tout cela pour limiter les contacts avec les zones qui peuvent voir les bactéries proliférer. Il comporte de nombreux critères aussi sur les niveaux de prestation de nettoyage, et sur les surfaces, limitant la prolifération bactérienne (boutons, interrupteurs, poignées).

L’importance d’une bonne communication.

Le label OsmoZ requiert la mise en place de pratiques de communication et de sensibilisation des collaborateurs autour des bonnes pratiques d’hygiène et de propreté, via un affichage pertinent, ou des actions de sensibilisation et prévention sur l’hygiène, notamment, on y revient, le lavage des mains (avant et après les repas, après s’être mouché, après avoir touché des objets souillés, après avoir pris les transports en commun, après être passé aux toilettes).

La communication n’a pas seulement un rôle d’éducation ou de sensibilisation. C’est aussi un vecteur de confiance. Avec une communication claire et transparente sur les actions mises en place, on évite le risque de confusion et de perte de confiance. C’est aussi avec une forte discipline collective que ces adaptations sont les plus efficaces.

 

Article signé Gwenael JAN, G-ON

 

WELL AP, WELL Faculty, WELL Performance Testing Agent

Auditeur OsmoZ,

Fitwel Ambassador

http://www.g-on.fr

 

 

 Consulter l'article précédent :  #24 - Confort au travail, un facteur de performance : le campus du Crédit Agricole Centre-Est labellisé OsmoZ

 


           

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