La place de l’Humain dans le bâtiment et la ville intelligente

Publié par Emmanuel FRANCOIS

Avec l’impact du numérique et des nouvelles technologies, nous vivons actuellement une profonde mutation de notre société remettant en cause des acquis de plusieurs dizaines d’années, voire centaines et plus.  Dans ce contexte, nous évoluons vers un monde de plus en plus connecté, voire hyper connecté. Le bâtiment et la ville en font partie. La mobilité qui évolue à grands pas vers l’e-mobilité (électro-mobilité connectée) en est sans doute la meilleure illustration. Face à cette évolution, il convient de s’interroger sur la place de l’Humain dans cette société. Allons-nous vers une plus grande responsabilisation et implication de chaque citoyen dans la bonne marche de la société ou plutôt vers une hyper centralisation où chaque fait et geste sera observé, contrôlé et évalué ? Une chose est sûre, c’est maintenant qu’il convient de se poser ces questions.

Vers un humain informé 

Une des forces de l’internet est l’accès à l’information. Parce qu’il est connecté l’humain a un accès en temps réel à tout type d’information. L’émergence de plateformes de services dans notre espace quotidien va contribuer à démocratiser l’accès à l’information. Ainsi à titre d’exemple, je serai informé en temps réel sur mon environnement et les conséquences de celui-ci sur mon état et ma santé. Si je suis fatigué le soir, je saurai peut-être que c’est lié au bruit environnant, à la qualité de l’air ambiante, à la qualité de l’éclairage, à la température ambiante, etc… Si je suis soudain pris d’allergies ou que je souffre de telle maladie chronique, j’en connaîtrai peut-être les causes dans mon environnement proche…   J’aurai également accès grâce aux plateformes de services aux services et activités dans mon environnement proche, tels que la mobilité, l’accès à des espaces partagés, du commerce éphémère, l’aide à domicile, la formation continue, des activités sportives ou culturelles…

Vers un humain responsable

De fait, parce qu’il est informé, l’humain devient plus responsable.

En effet, comment modifier ses comportements si je n’ai pas une information claire sur les conséquences de mes actes ? Comment agir sur sa consommation énergétique sans information en temps réel sur sa consommation ni sur la tarification.  Comment privilégier ou tel mode de transport sans information sur le coût et le temps.  Etc…Par ailleurs, au-delà de l’information il apparaît nécessaire de l’accompagner de mesures incitatives ou coercitives. Ainsi par exemple, je serai incité à effectuer du tri sélectif et dans le cas d’erreurs de tri, je pourrai être averti voir pénalisé financièrement.  Mon employeur ou moi-même pourront être incités par du télétravail partiel à proximité de mon logement.

Dans le même registre, je pourrai être incité à communiquer mon agenda pour la gestion des espaces sur mon lieu de travail, l’optimisation du nombre de repas de la restauration collective ou du ménage. Ici encore la plateforme de services fédérant l’ensemble des services a un rôle prépondérant à jouer pour l’accès à l’information et la collecte des données pour une valorisation des externalités positives permettant justement la mise en place de solutions incitatives. La blockchain devrait également jouer un rôle prépondérant permettant la tokenisation de ces externalités positives avec l’attribution de jeton monétisable.

Vers un humain en interaction avec son environnement

Progressivement, le numérique permet potentiellement de replacer l’humain au centre du processus de décision dans le bâtiment et la ville. Parce qu’il est connecté et parce que le bâtiment et la ville sont connectés, l’humains est alors en interaction complète avec son environnement qui doit s’adapter à lui. A ce titre, l’intelligence artificielle combinée à la maquette numérique ont un grand rôle à jouer. Nous devons ainsi parler de bâtiments cognitifs et de villes cognitives parce qu’ils vont s’adapter à l’individu. Grâce à la maquette numérique, l’humain va bénéficier d’un continuum de service avec une superposition du monde physique au monde virtuel.Il est effectivement inconcevable d’imaginer que l’individu devra par lui-même décider d’arbitrages complexes tels qu’utiliser un véhicule électrique ou le laisser sur place pour alimenter le bâtiment ou encore régler à la fois la luminosité, la température et le renouvellement de l’air d’une pièce en fonction de critères subjectifs tels que le confort et le bien être ou objectifs tels que le coût énergétique. Il attendra dans ce cas que l’espace s’auto-adapte à lui et à son environnement. Il doit en être de même de la ville avec par exemple la gestion de la mobilité, une mobilité adaptée à mon profil et à mes attentes m’étant proposée.

Vers un dosage entre traçabilité et liberté individuelle

La place du numérique dans notre environnement est désormais incontestable. Plus un acteur aura accès aux données et plus il sera en mesure d’apporter des services allant dans l’intérêt de la collectivité et de l’usager.  A ce stade la confidentialité des données personnelles devient un enjeu majeur. Par ailleurs l’utilisation de données doit être encadrée pour préserver la liberté individuelle de tout un chacun. Il faut en effet veiller à ne pas arriver à un univers hyper connecté dans lequel tous les faits et gestes de chacun seraient observés, tracés et monétisés. Le danger est manifeste et il est clair que le risque que quelques acteurs publics ou privés ayant la capacité à globaliser un grand nombre de données imposent à l’humain leur vision du monde, ce dernier   perdant encore plus de prérogative pour devenir spectateur d’un monde actionné par d’autres. Il en va donc de la gouvernance des solutions et systèmes qui sont mis en place et bien entendu de l’utilisation des données. C’est pourquoi, il est nécessaire d’accompagner cette mutation en cours avec l’apparition de nouveaux métiers, opérateurs de service à l’échelle d’un bâtiment, d’un quartier, d’un territoire, véritable tiers de confiance et garant des libertés individuelles de chacun. Ces nouveaux acteurs doivent idéalement regrouper des représentants du secteur publiques, du secteur privé et des citoyens eux-mêmes, impliqués dans le processus de gouvernance.

Article signé par Emmanuel François, Président Smart Buildings Alliance for Smart Cities - @EM_Francois1

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Modéré par : Alexia ROBIN

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