#4 - Aléas naturels et (in)adaptation du bâti

Contrairement à ce que nous pourrions penser, les actions des aléas naturels sont très mal prises en compte dans le processus constructif de la plupart des biens que nous occupons.

Les aléas relevant du régime cat-nat font l’objet d’une certaine attention, avec comme situation la plus satisfaisante celle de l’aléa sismique. Toutefois, cette situation est loin d’être satisfaisante pour les autres aléas, et en particulier, pour les aléas dits « climatiques », comme la grêle ou la tornade. Dans le même temps, l’assurance ne cesse de voir les dommages liés à l’ensemble des aléas naturels augmenter en nombre et en fréquence. Est-ce le fait du seul changement climatique ?

La dernière publication de la MRN (Cf. Lettre MRN #29) avait pour objet de faire prendre conscience de l’intérêt de mettre en accord les qualités attendues d’un bâtiment construit avec l’exposition aux aléas naturels à laquelle il sera confronté tout au long de son cycle de vie.

Avant tous travaux neufs ou d’entretien/rénovation d’un bien, il semble élémentaire de faire l’inventaire de l’exposition aux différents aléas naturels, qu’ils soient règlementés ou non, puis d’intégrer, depuis sa conception jusqu’à l’acte final de sa réalisation, les contraintes et opportunités générées par la prise en compte de ces aléas.

Cette démarche rarement effectuée permettrait d’envisager une vie durable pour l’ouvrage construit ou aménagé, adaptée à l’évolution des impacts des aléas, pour un coût global de construction / maintenance / entretien d’autant mieux maîtrisé que la clairvoyance aurait guidé les choix originaux du donneur d’ordre.

Les économies immédiates pratiquées par ignorance des enjeux liés aux aléas naturels conduisent à renchérir les coûts d’usage, de sauvegarde ou de réparation de l’ouvrage exposé tout au long de son cycle de vie. Parmi ces coûts, celui de sa protection assurantielle, transférant à grand frais à la mutualité, voire à la collectivité, les surcoûts d’adaptation d’une structure non résiliente qu’une conception native adaptée aurait permis d’éviter.

 

1/ État des lieux de la prise en compte des aléas naturels dans le bâti en France

Comme le montre le tableau, le bâti dans lequel nous évoluons intègre très imparfaitement l’impact des aléas naturels lors des opérations de construction neuve ou d’aménagement/entretien de construction existante.

La situation la meilleure est celle de l’aléa sismique, elle se dégrade pour les autres aléas jusqu’à l’inexistence de référentiel pour la grêle ou la tornade. Du fait de l’existence du PPR, dispositif qui reste perfectible, les aléas relevant du régime Cat-Nat (séismes, inondations, sols argileux, cyclones) font l’objet de plus d’attention que ceux relevant de la garantie tempête, grêle, neige, qualifiées d’aléas climatiques.

Concomitamment, l’assurance mesure un accroissement inexorable des dommages liés à l’ensemble des aléas naturels.

Est-ce le fait du seul changement climatique ou celui de la non-adaptation native du bâti aux actions d’aléas naturels qui se renforcent graduellement ?

Il est probable que la limite de ce qui était supportable dans un contexte climatique stable ne le soit plus dans un contexte climatique en dégradation.

L’effet est d’autant plus disproportionné qu’il n’avait pas été évalué antérieurement et que les dispositions constructives adoptées étaient au mieux empiriques, voire inexistantes.

 

 

 

 

 Crédit illustration : MRN

 

  • Il y a urgence à intégrer les actions résultant des différents aléas naturels et s’exerçant en un lieu donné, dans les référentiels de conception et de réalisation du bâti : lors d’opérations neuves, lors d’intervention sur existants.
  • Il y a la même urgence à compléter la cartographie des différents aléas.
  • La prise en compte permanente de la résilience conduit à réduire graduellement le volume du parc bâti inadapté et consécutivement le montant à consacrer à la réparation des dommages ou à l’adaptation palliative des biens existants exposés.
  • L’inverse conduit à accroitre le parc non résilient et les sommes à consacrer à sa protection et son adaptation.
  • La résilience aux aléas naturels d’un bien ne peut résulter du seul hasard, mais bien d’une volonté permanente de construire et aménager de manière adaptée aux aléas auxquels il est susceptible d’être exposé. Cette démarche systématique est constitutive de la résilience durable de notre patrimoine et de la culture du risque associée.

 

2/ Encourager le « build back better »

Un Euro n’a pas la même « contribution à la résilience » selon qu’il est investi :

            - au moment de la construction d’un bien : un Euro investi en conception résiliente est pleinement efficace ;

            - en prévention d’un événement sur un bien existant : l’efficacité de l’Euro investi est faible. Un bien construit « non résilient » devient immédiatement, du jour de sa livraison, un existant inadapté ;

            - en réparation d’un bien post-événement : beaucoup d’Euros investis dans l’existant ne sont généralement que curatifs et/ou palliatifs avec une efficacité résiduelle.

 

Pour la collectivité, faire le choix d’un bâti non résilient n’apporte aucune économie instantanée, obère les conditions de vie et d’activité des occupants et accroît inexorablement la charge d’adaptation qu’elle devra supporter dans la durée.

  Build back better

  Crédit illustration : MRN                                                                              *voir encadré

 

 Les moyens disponibles annuellement pour la construction et l’entretien/amélioration du bâtiment sont 1000 fois plus importants que ceux consacrés à la prévention via le Fonds Barnier.

 

  • Il y a urgence à ce que tous travaux neufs ou d’entretien/amélioration soient « résilients ».
  • Il y a urgence à disposer des référentiels adaptés de construction et de rénovation et d’un outil d’évaluation de la performance visée et de la résilience obtenue.
  • Il n’y a pas de culture de la résilience sans pratique de celle-ci au quotidien et sans référentiel associé à disposition.

 

 Build Back Better, résilience

Crédit illustration : MRN

 

L’analyse coût-bénéfice des enjeux permet de motiver les évolutions de « façons de faire » nécessaires à la réduction des pathologies.

 

L’atteinte d’objectifs de performance à la résilience du bâti ne peut se concevoir :

- sans suivi et mesure de la sinistralité dommage (REX et démarche CatClimData (cf. Lettre MRN N°25) ) ;

- sans contrôle du bâti exposé, l’extension du CRC au respect des dispositions constructives liées à la conception /réalisation résiliente aux aléas naturels en est une des conditions nécessaires.

 

 

 Un exemple de bonne pratique

DIAGNOSTIC DE PERFORMANCE DE LA RÉSILIENCE

A l’instar d’une démarche aujourd’hui banalisée, telle que le diagnostic de performance énergétique (DPE), le diagnostic de performance à la résilience (DPR) d’un bien vis à vis des différents aléas auxquels il est exposé, constituerait, pour son propriétaire ou son exploitant, un outil d’évaluation objective du bien et de priorisation des investissements générateurs de résilience.

Pour un ouvrage neuf, ce diagnostic prendrait la forme d’une « cotation de performance à la résilience ». A titre d’exemple, la certification Cerqual introduit graduellement cette notion dans ses référentiels.

Pour un bien existant, ce diagnostic permettrait de prioriser les investissements sur les travaux améliorant la performance à la résilience et éviterait de faire inconsciemment, faute de référentiel, des travaux la pénalisant.

Dans les deux cas, l’outil contribue à la valorisation du bien qualifié par la réduction de sa vulnérabilité, au bénéfice de son propriétaire.

 

« Un bâtiment résilient est un bâtiment « bien construit », condition nécessaire à la préservation durable de ses performances   intrinsèques et à la réduction de sa trace  « carbone » depuis sa construction jusqu’à sa fin de vie. » 

 

 

 

Voir les actualités et publications de la Mission Risques Naturels 

MRN sur LinkedIn 

 

Un article signé Éric PETITPAS

Conseiller de la Mission Risques Naturels et de l’Agence Qualité Construction depuis mars 2017 dans le cadre d’un mécénat de compétences AXA Expérience Solidaire.

Ingénieur de l’École Spéciale des Travaux Publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP) et du Centre des Hautes Études de la Construction (CHEC), il a assumé plusieurs postes au sein d’une société de contrôle technique pendant 9 ans avant de rejoindre un groupe d’assurance où il a exercé différentes activités en assurance Construction et en assurance Dommages pendant 28 ans.

 
crédit photo : MRN - David BOURGUIGNON : Inondation Barèges juin 2013


Modéré par : Izadora Alcanfôr

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