Val d'Europe : la chaleur provient du datacenter

Rédigé par

Jean-Philippe Pié

Journaliste

3528 Dernière modification le 18/07/2012 - 10:25

A Marne-La-Vallée, on réinvente la récupération de chaleur. Cette technique explorée dans les années 1980 - relier des réseaux de chauffage urbain aux hauts-fourneaux des aciéries ou aux incinérateurs de déchets - a trouvé un second souffle ces dernières années, crise de l'énergie oblige. Aujourd'hui, elle s'oriente vers des "gisements" aussi inattendus que prometteurs.

En témoignent ces 600 000 mètres carrés de bâtiments en train de sortir de terre dans le parc d'activités de Val d'Europe*, qui vont être chauffés par un entrepôt de données informatiques implanté à proximité. Il faut dire que ce data center exploité par un grand établissement bancaire, en service tous les jours et toute l'année, consomme autant d'électricité qu'une ville de 50 000 habitants ! Et 30 % de cette électricité sont affectés au refroidissement des serveurs par les climatiseurs, qui rejettent de l'air chaud en quantité industrielle dans l'atmosphère.

Les datacenters représentent 2 % des émissions mondiales de CO2,à peu près autant que le transport aérien

Depuis le mois dernier, cet air chaud n'est plus perdu mais peut passer dans un échangeur et transmettre ses calories à une eau en circuit fermé. Portée à 55° C, celle-ci est alors acheminée vers les bâtiments, suivant un itinéraire de plus de 4 km aller et retour. En cas de défaillance, une chaufferie de secours au gaz naturel prendrait le relais.

Le tout est dimensionné pour produire plus de 26 000 MWh/an et éviter l'émission de 5 400 tonnes de CO2. Dès mars prochain, une piscine publique sera chauffée de cette manière. Suivront des hôtels, des immeubles de bureaux, des bâtiments publics, quelques habitations, bref l'ensemble du parc d'activités en construction actuellement. 

Cette chaufferie de l'ère des nouvelles technologies est inédite en Europe, à l'exception d'une expérience en cours semble-t-il en Finlande. Elle a été développée par Dalkia**, en coopération avec le syndicat d'agglomération de Val d'Europe, l'établissement public d'aménagement EpaMarne-Epafrance et Eurodisney, aménageur de tous les terrains privés. Elle a aussi reçu le soutien de l'Ademe. 

Inédite mais pas gratuite, l'opération a exigé un investissement de plusieurs millions d'euros, sans que le montant exact soit dévoilé. Le coût n'a pas rebuté les parties prenantes pour une raison simple : la stabilité du prix du kW/h. Comme l'explique Jean-Marc Solari, responsable de la communication de Dalkia, " ce chauffage revient à 8 c€/kWh, ce qui est inférieur au chauffage électrique et légèrement supérieur au gaz. Mais les bénéficiaires ont la certitude que ce prix restera stable pendant des décennies, ce qui n'est sans doute pas le cas pour le gaz...". 

Cette bonne affaire à terme pour les consommateurs pourrait faire beaucoup de petits. Jean-Marc Solari confie que sa société est interrogée par des banques - grandes consommatrices d'espaces de stockage informatique -, des opérateurs de téléphonie, des collectivités locales. Le "gisement" est en effet tout sauf négligeable : en 2011, étaient en service quelque 2083 grands centres informatiques dans le monde dont 99 en France et 37 en région parisienne. En outre, loin d'être épuisables, les "réserves" semblent appelées à grandir. Les besoins en espace de stockage et en puissance de calcul devraient croître de 23 % par an dans les années qui viennent et d'ores et déjà, les TIC*** représentent 13 % de la facture électrique française.

Jean-Philippe Pié

Source : Ecobat «Val d'Europe : la chaleur provient du datacenter"

* Développé par Euro Disney SCA depuis 2002, le Parc Paris-Val d'Europe s'étend en bordure de l'A4 sur 180 hectares. 

** Filiale du groupe Veolia, spécialisée dans les services énergétiques. Elle gère plus de 880 réseaux urbain de chaleur et de froid. 

*** Technologies de l'information et de la communication 

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