S'adapter à temps : Aléas jacta est !

Rédigé par

Léon Perret

Chargé de mission ville durable

414 Dernière modification le 27/03/2024 - 11:00
S'adapter à temps : Aléas jacta est !

Sujet phare du symposium T'es COP ou pas CAP organisé par Construction21, "la résilience pour adapter l'existant aux aléas climatiques" a mobilisé, le 6 mars dernier, intervenants français et internationaux autour d'une table ronde dédiée. Un sujet comme un défi lancé aux acteurs de l'urbanisme durable, relevé au travers de réflexions, solutions, alternatives et expériences partagées dans une agora de 300 personnes.


S’il est difficile d’entrevoir les défis futurs du climat avec précision, l’adaptation doit toutefois passer par une démarche proactive et l’adoption d’une trajectoire cohérente et pérenne. Et « la France s’adapte », a déclaré Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, lors de la publication du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3) à l’été 2024. Benoît Leguet, directeur de l’Institut économique pour le climat (I4CE), l’admet, « le sujet bénéficie pour la première fois d’un portage politique de haut niveau », tout en rappelant qu’à ce plan doit être adossé un budget à la hauteur des ambitions affichées : « S’il n’y a pas de moyens, on sait ce qu’il va se passer », prévient-il. Une réflexion qui ramène à la relation usuelle entre pouvoir et savoir et rappelle qu’une partie de l’enjeu pour les experts reste toujours de convaincre les politiques, en mettant l’économie au service du climat, entre autres.

Sauver, adapter, anticiper

Quid des autres pays ? Les exemples internationaux ont eu cela d’encourageant qu’ils confirment qu’avec ou sans plan national, des acteurs se mobilisent localement pour faire face aux risques climatiques actuels et futurs.
Paul Plak, directeur du bureau d’urbanisme Agora à Bruxelles, est ainsi venu présenter les aménagements opérés dans la ville de Forest, en Belgique, pour gérer les eaux de pluie en les déconnectant au maximum du réseau d’égouts et ainsi permettre à un petit quartier de résister aux inondations. Un ensemble de mesures favorisant un drainage plus efficace et respectueux des connectivités écologiques ; une approche pédagogique pour impliquer les habitants dans le projet et l’émergence d’un maillage vert urbain. 
 
Sur d’autres continents, l’association Build Change travaille à la construction et l’amélioration de logements particuliers pour encourager leur résistance aux aléas climatiques de plus en plus fréquents. « Ce ne sont pas les catastrophes naturelles qui tuent, mais l’incapacité du bâti à y faire face », souligne Ariana Karamallis, associée au plaidoyer et au développement international au sein de l’organisme. « Bien que ce soit moins visible depuis la France, l’adaptation aux aléas est une nécessité voire une urgence dans certains pays du monde ». C’est le cas en Colombie et aux Philippines, notamment, où Build Change intervient régulièrement avec les « Home improvement programs » qui valorisent les économies de carbone. Un projet visant à s’adapter dès aujourd’hui tout en préparant demain, en écho aux propos de Benoît Leguet, pour qui "une démarche réactive ne suffit pas".

Vers la résilience : défis, solutions et résultats

La table ronde s’est poursuivie avec quatre intervenants de trois pays différents, pour débattre sur la forme que doit prendre l’adaptation du bâti existant face aux aléas climatiques. Mais l’adaptation en question est difficile et la résilience ne se crée pas en un jour. Thomas Mueller, du Canada Green Building Council, évoque quant à lui « des climats qui n’ont rien à voir d’une année à l’autre ». Par nature imprévisibles, les aléas climatiques demandent la mobilisation de moyens conséquents, considère pour sa part Maximilien Rouer, entrepreneur engagé pour le vivant et le climat : « Il faudra plusieurs milliards d’euros par an pour adapter les villes. » Car le bilan des sécheresses à répétition inquiète en France. Lamine Ighil Ameur, chercheur en mécanique des sols au Cerema, prend pour exemple la part croissante du territoire français exposé au phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA), 48 % environ, avec une tendance à la hausse pour les prochaines années, et près de 10,4 millions de logements touchés. De l’autre côté de l’Atlantique, même constat. Le Canada reste aux prises  avec les éléments, la pérennité de son bâti, questionnée par les feux de forêts et la fonte de son permafrost.

Ce ne sont pas les catastrophes naturelles qui tuent, mais l’incapacité du bâti à y faire face.


 
Mais la marche n’est pas insurmontable pour autant. Les bâtiments verts présentés par le Néerlandais Vincent Van der Meulen, de Kraaijvanger Architects, se targuent notamment d’une positive footprint (empreinte positive), et réunissent des qualités – thermiques et acoustiques – certaines, en utilisant des biomatériaux qui les rendent facilement recyclables, démontables et réutilisables. Diverses solutions technologiques pour refroidir les villes ont notamment été mises en avant, à l’instar du cool roofing, et des ombrières photovoltaïques et végétales permettant une production locale d’énergie renouvelable.

Les enjeux posés par les risques climatiques sont nombreux et, quel que soit le pays, finissent par s’imposer dans un laps de temps de plus en plus incompressible. D’autant que, ce qui paraît surmontable aujourd’hui risque de se compliquer à +4°C, cette hausse étant une moyenne. Mais les solutions et les opportunités existent, et l’adaptation peut –  doit ? – être protéiforme. « Il faut travailler sur les deux volets, le neuf et l’existant », plaide Lamine Ighil Ameur. 
 
Les intervenants ont été COP et CAP, et l’ont gardé, ce cap, tout au long de cette session enrichissante d'où est ressortie « la nécessité d’agir maintenant avec des modèles fondés sur les climats futurs », conclut Benoît Leguet. Il serait triste de réécouter les mêmes intervenants dresser le bilan d’un échec sous les climatiseurs du 26ᵉ symposium de Construction21, en 2050. 

 

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