Panneaux solaires photovoltaïques et incendies : quels risques aujourd’hui ?

Rédigé par

Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

12586 Dernière modification le 17/02/2023 - 14:48
Panneaux solaires photovoltaïques et incendies : quels risques aujourd’hui ?

 

L’autoconsommation électrique via la pose de panneaux solaires en toiture présente bien des avantages pour les logements particuliers, mais ce type d’installation est-il parfaitement sûr ? C’est la question que nous nous sommes posée. Eléments de réponse par le biais de plusieurs avis d’experts.  

Entre hausse continue des prix du gaz et de l’électricité et tension sur les ressources fossiles causée par le conflit en Ukraine, plus que jamais, la nécessité de souveraineté énergétique est placée sur le devant de la scène en France. C’est notamment vrai pour les ménages qui peuvent trouver en l’installation de panneaux solaires photovoltaïques sur le toit de leur habitation un recours pour s’auto-approvisionner en électricité et devenir ainsi moins dépendants des fournisseurs « classiques ».  

Mais cette opération est-elle 100% sans danger ? Selon des chiffres de l'Observatoire National de la Sécurité Électrique (ONSE), en 2021, entre 20 % et 35 % des incendies dans les logements étaient d'origine électrique. Si la cause précise de ces départs de feu n’est souvent pas évidente à déterminer, il est avéré que dans plusieurs cas, les panneaux solaires n’y sont pas étrangers. Nous avons questionné plusieurs professionnels pour en savoir davantage.  

Pour Christel Ebner, Directrice Observatoire et Evaluation des Risques à l’AQC, « des risques, il y en a, étant donné que ce type d’installation produit de l’électricité en courant continu, qui reste beaucoup plus dangereux que le courant alternatif employé dans le secteur du bâtiment. » Néanmoins, ces risques restent à ce jour « difficiles à quantifier » selon David Gréau, Délégué général en charge du photovoltaïque chez Enerplan.  


D’où proviennent les risques ? 


Selon une étude menée en 2012 par l’AQC, les sinistres constatés sur des installations intégrées en toiture provenaient à « 70% de problèmes d’étanchéité, 30% de problèmes électriques dont 10% ont dégénéré en incendie. » Des chiffres relativement anciens qui n’ont malheureusement pas été actualisés à ce jour par l’agence.   

Quels sont les facteurs de risque principaux pour l’inflammation de panneaux solaires photovoltaïques  ? Ils sont triples pour Christel Ebner : « principalement, la conception, la mise en œuvre et l’entretien » du produit.  

Côté conception, l’AQC a lancé des alertes quant à une fabrication défectueuse de boîtiers de jonction (à l’arrière du panneau) sur plusieurs marques. Les défauts constatés sur l’installation des panneaux concernent eux généralement une mauvaise pose des connecteurs – les connecteurs mâle et femelle devant être impérativement de la même marque, ce qui n’est malheureusement pas toujours respecté – et de branchements. Enfin, l’entretien est primordial, car le vieillissement du matériel peut facilement conduire à des dysfonctionnements au fil du temps. Le hic ? A ce jour, il n’existe pas de réglementation sur le sujet. L’entretien des panneaux solaires photovoltaïques est vivement recommandé, mais non obligatoire.  

David Gréau, Délégué général en charge du photovoltaïque chez Enerplan, Syndicat de l'Energie Solaire Renouvelable, ajoute que des risques peuvent également provenir du réseau électrique initial du bâtiment sur lequel sont posés les panneaux. Il revient donc au professionnel de faire un état des lieux poussé de l'habitation avant d’installer les panneaux solaires.  

Plus généralement, les sinistres se produisent la plupart du temps en maison individuelle où vivent « des personnes non sachantes » et mal informées par certaines entreprises non qualifiées.  
 

Qu’en est-il aujourd’hui ?  

Pour David Gréau,  aujourd’hui, « il y a des règles techniques existantes pour ne pas mettre en danger la sécurité des biens et des personnes » et « des règles de l’art connues et mises en oeuvre ». Il précise que les risques sont actuellement « techniquement bien maîtrisés » en ce qui concerne les modules eux-mêmes et les onduleurs, même si « des améliorations sont apportées au niveau de la détection d’arcs électriques et de la mise en œuvre de micro-onduleurs qui limitent les risques liés au courant continu ».  

Au niveau de l’installation des panneaux solaires, notre interlocuteur ajoute qu’une différence majeure réside notamment dans le fait que le matériel est désormais posé à 99% en surimposé. Or, les incidents liés à l’étanchéité des panneaux étaient autrefois directement liés à l’intégration au bâti des panneaux, dans le plan de toiture. De nombreux risques sont ainsi évités depuis ces dernières années. Par ailleurs, cette pose en surélevé facilite l’entretien et l’observation du bon fonctionnement de l’installation.   

Un son de cloche assez rassurant partagé par Christel Ebner, qui affirme que les risques sont moindres au fil des années. Côté assureurs, les professionnels se montrent aujourd’hui « beaucoup plus attentifs » au bon respect des qualifications demandées pour les entreprises posant des panneaux solaires. Pour rappel, faire appel à un artisan possédant une qualification RGE telle que QualiPV de chez Qualit’EnR est notamment l’une des conditions pour que les particuliers puissent obtenir différents coups de pouce financiers à l’installation de panneaux solaires tels que la prime à l’autoconsommation.  


Les conseils pour éviter les sinistres 


Se tourner vers un installateur certifié est d’ailleurs « la première des choses » à faire selon David Gréau pour s’éviter tout risque d’incendie. Plus généralement, il est important de savoir que toute société installant ce type de matériel en toiture se doit d’être assurée en responsabilité civile décennale.  

A noter que le suivi de la production de ses panneaux est aussi un point de vigilance important selon Christel Ebner. En effet, si un particulier constate que ses panneaux génèrent une quantité anormalement faible d’électricité par rapport au degré d’ensoleillement et à leur production habituelle, il a sans nul doute une raison de s’inquiéter et contacter un professionnel.  

Autre conseil donné par Christel Ebner, « utiliser un procédé sous avis technique en Liste Verte » réalisé par un groupe d’experts sous contrôle du CSTB. La commission C2P (Pôle prévention produit)  au sein de l’AQC intervient ensuite pour évaluer le risque assurantiel et classer en Liste Verte le procédé jugé sûr.  

Par ailleurs, à la suite de nombreux signalements d’incendies en début des années 2010, l’AQC a travaillé en collaboration avec EDF et la DGEC « pour qu’en cas de sinistre sériel, EDF puisse retrouver plus facilement les maîtres d’ouvrage ayant posé le matériel » et permettre ainsi une identification plus rapide et efficace des panneaux défectueux présentant des risques. Pour David Gréau, un autre axe d’amélioration réside dans le fait de « développer la formation ad hoc » pour les électriciens, dès leur formation initiale, pour sensibiliser les professionnels dès le départ aux enjeux du photovoltaïque et ne pas les laisser les découvrir une fois sur le terrain.  

Enfin, il y a environ 5 ans, les normes des boîtiers de jonction ont évolué pour rendre le matériel plus sûr.  

Conclusion ? Le risque zéro n’existe pas, mais les conditions d’installation et de suivi des panneaux solaires photovoltaïques semblent indiquer une amélioration positive de réduction des risques d’incendies. L’essentiel résidant dans la sensibilisation aux bonnes pratiques, côté particuliers comme côté professionnels.  

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