La communauté, cœur battant des besoins de santé : l’inspiration danoise 

Rédigé par

La rédaction C21

751 Dernière modification le 02/01/2024 - 15:41
La communauté, cœur battant des besoins de santé : l’inspiration danoise 

Au Danemark, le logement social se réinvente pour répondre aux défis du vieillissement de la population et de la pénurie de soignants. Soucieux de maintenir une cohabitation harmonieuse entre services de santé et solidarité sociale, les quartiers se transforment en communautés intergénérationnelles. 

LOCAL, une agence d'architecture et d'urbanisme basée à Bergen, Paris et Bruxelles, développe cette vision innovante en partenariat avec des acteurs clés de la santé en Norvège, tels que le Verdighetsenteret et Aldring og Helse, pour répondre aux défis lancés par l´institution principale dans le secteur du logement danois, le Fonds National de Construction (Landsbyggfonden).

Un héritage de bien-être social

Le logement non lucratif danois, qui constitue environ 20 % du parc immobilier, est le fruit d'une politique étatique visant à garantir des logements de qualité et abordables pour tous. Plus qu’un toit, ces habitations sont le reflet d'une société de bien-être où santé, participation citoyenne, vie familiale et égalité d'accès au logement sont intimement liées. Au fil du temps, les ressources et les enjeux ont évolué, mais l'objectif est resté le même : construire pour répondre aux besoins changeants de la société. Aujourd'hui, ces quartiers sont des lieux de vie quotidienne et de solidarité, essentiels à la durabilité sociale. Dans le logement social danois, cette notion vise à créer et maintenir des communautés saines et inclusives, avec un accent sur le logement abordable, l'engagement communautaire, tout en garantissant la viabilité à long terme du bâti et la qualité de vie pour tous les résidents.

La participation des résidents est une caractéristique distinctive du secteur du logement abordable au Danemark. Depuis 75 ans, cette participation s'est formalisée et organisée, permettant aux habitants d'influencer l'économie et la gestion quotidienne de leur environnement. Bien que seulement un tiers des résidents participe directement à cette démocratie locale, les possibilités d'influence ne se limitent pas aux méthodes formelles. Les activités résidentielles, les projets d'entretien communs et les contributions aux bulletins d'information locaux façonnent également la vie de quartier.

Le Fonds national du Bâtiment : un pilier financier

Le Fonds national du Bâtiment est le compte d'épargne solitaire du logement non lucratif danois. Il soutient les rénovations à grande échelle, les plans de développement social et les régulations de loyer dans le parc de logements existants. Ce fonds est crucial pour le cycle de vie du secteur du logement social, fournissant un soutien financier, des connaissances spécialisées et des outils statistiques et informatiques. Les fonds proviennent du secteur lui-même, indépendamment du système fiscal général, assurant que les loyers soient exempts de spéculation et liés aux coûts. 

Par ailleurs, la majorité des fonds est réinvestie directement dans l'amélioration de la vie des locataires sociaux. Ces investissements se traduisent par des projets de rénovation d'envergure, des régulations de loyer et des plans de développement social dans les zones de logement défavorisées. Ces actions sont un témoignage de l'engagement envers un logement social de qualité et de l'importance accordée à la durabilité sociale et à la solidarité communautaire.

Un concours pour l'avenir

Le concours international « Quartier pour toutes les générations » invite à une réflexion profonde sur la cohabitation intergénérationnelle. Il s'agit de concevoir des espaces où les personnes de différents âges peuvent vivre ensemble, partageant compétences et temps, enrichissant ainsi la vie communautaire. « Soigner la Santé » est l'un des quatre lauréats de ce concours, se positionnant de manière innovante sur le rôle de la santé dans le logement social.

« Soigner la santé » est une initiative visionnaire qui intègre un réseau complet de services de santé et de soins dans les espaces résidentiels existants. En prenant soin de ceux qui prendront soin de nous, nous créons un effet de boucle positif qui inclut les aînés et les différentes générations. C'est le projet ambitieux pour Axelborg, où la santé et le soin deviennent le cœur battant du quartier.

Des quartiers tournés vers les défis santé et démographie 

La priorité donnée aux services de santé dans les quartiers répond à un besoin urgent : créer des espaces inclusifs et accessibles pour une société vieillissante. En 2060, un tiers des Européens aura plus de 65 ans. Le Danemark, comme d'autres pays européens, est confronté à une pénurie croissante de soignants. Les coûts des maisons de retraite pèsent sur les municipalités, tandis que la France et l'Allemagne sont confrontées à l'expansion des déserts médicaux. Si l’architecture moderne de la santé contribue à un meilleur vieillissement, beaucoup de personnes âgées cependant souffrent d'isolement, de solitude et de déclin cognitif, nécessitant une implication communautaire. « Compassionate communities » ou « communautés compatissantes », promu par le Dr Kellehear, sociologue et défenseur de la santé publique, souligne ainsi l'empathie, le soutien mutuel et le bien-être collectif, ainsi que l'inclusivité et la bienveillance envers tous.

Le Danemark, à l'image de l'Europe, fait en effet face à un vieillissement démographique rapide et à une pénurie de professionnels de santé. Avec 21 % de la population âgée de 65 ans ou plus en 2023, et une pénurie de 4 000 infirmières et 1 000 médecins, le système de santé national est sous pression. D’ici 2030, 6 500 à 9 000 infirmières devraient également manquer l’appel. Pourtant, les seniors actifs de plus de 65 ans contribuent de manière significative à la main-d'œuvre bénévole du Danemark : 43 % s'engagent dans des travaux volontaires, démontrant l'importance de cette population pour civique. 10 % des habitants du logement social au Danemark ont également un passé dans les soins de santé. La solitude étant l'un des plus grands problèmes associés au vieillissement ; il est pourtant possible d’aider les gens à vivre plus sainement et plus longtemps chez eux dans une communauté solidaire.

En adaptant les logements sociaux existants avec de nouvelles installations, l´équipe de travail pour ce projet vise à créer un environnement durable, tant social qu´économique, pour un mode de vie intergénérationnel axé sur la santé. Nous visons à renforcer la société civile en localisant des programmes liés à la santé là où les gens vivent. Une approche adaptée aux personnes âgées vise ainsi rapprocher les soignants de la population en besoin, à minimiser les déplacements et à créer de nouveaux concepts de cohabitation. Placer la santé de la communauté au coeur de la planification du quartier permettra de soutenir les étudiants aspirants, les jeunes professionnels et le personnel peu qualifié.  

Bâtir sur des fondations de santé

Incorporer des éléments de santé dans le logement public est un principe fondamental de notre stratégie pour favoriser des espaces de vie intergénérationnels avec une infrastructure de santé solide. Notre modèle propose des solutions pratiques au sein du logement public existant qui contribuent à une communauté intergénérationnelle, structurée autour de trois thèmes clés : le logement, les interventions à plusieurs échelles et de nouveaux schémas de mobilité.

Projet pilote à Axelborg : Un nouveau concept urbain à Horsens, Danemark 

Le projet se déploie en trois phases : l'engagement communautaire, l'analyse du site et la proposition de projet. Chaque étape est conçue pour infuser une vision innovante des services de santé dans le tissu de la vie communautaire, assurant un mélange générationnel diversifié et l'abordable du logement ainsi que la participation des acteurs clés du projet. Cela regroupe ALBO, opérateur du parc de logement social à Horsens, et BoTrivsel, organisation sociale sur site, sous l'impulsion du Fonds National des Bâtiments (Landsbyggefonden), la ville et des acteurs de la santé privés potentiels tels que Falck.

Le projet pilote à Axelborg se concentre sur les services de santé dans le quartier, en proposant un nouveau concept de lieux de rencontre. Ce concept croise espace culturel et d'activité, cabinet de soin, physiothérapie, gym et un restaurant intégré au cœur du quartier. Il transforme les appartements pour les rendre accessibles et adaptés à tous les âges, encourageant la vie intergénérationnelle. Une attention particulière est donnée aux lobbies qui deviennent accessibles aux PMR et avec des espaces de consultation ou communautaire. À cela s'ajoute un restaurant de ferme urbaine sur le toit du bâtiment pilote et une boutique au quartier. L'objectif est de créer un lieu de rencontre pour les résidents et de les connecter avec la ville.

Axelbro, nom donné au projet à la suite du concours d'idées, propose un modèle de quartier où la santé, la durabilité et le sens de la communauté sont intégrés au quotidien. Ce projet est un exemple de comment les quartiers de logements sociaux peuvent évoluer pour mieux répondre aux besoins de leurs habitants.

 Réciprocité en France et entretien avec l'École du Renouvellement Urbain (ERU)
Dans une récente conversation avec Frank Martin, co-directeur de l'École du Renouvellement Urbain avec Céline Gipoulon, nous avons discuté de la réplicabilité des modèles danois de renouvellement urbain en France. « C'est un concept fascinant », déclare-t-il, soulignant les défis spécifiques des quartiers urbains français. Selon Monsieur Martin, l'adaptation de ces modèles nécessite une approche sur mesure, compte tenu de la concentration de populations à faible revenu.
Il a également abordé les structures financières du logement en France, notant le rôle important de la Caisse des dépôts et des fonds européens. « La France a une infrastructure financière solide, affirme-t-il, tout en exprimant des préoccupations sur la transparence de la propriété des bâtiments dans le système HLM. Frank Martin a conclu que, malgré les défis, il y a un potentiel d'adaptation des modèles danois en France, avec une gouvernance financière claire et adaptée au contexte local.
L'École du Renouvellement Urbain (ERU) est une institution française dédiée à la formation en renouvellement urbain, visant à renforcer les compétences en planification urbaine et développement durable. Elle privilégie des approches innovantes pour une urbanisation durable et socialement équitable, essentielles pour les professionnels du secteur face aux défis des villes en évolution. Cette institution nous apparaît particulièrement adaptée pour développer de manière intégrée des processus similaires de santé dans le logement social français.

Un article signé Jérôme Picard, architecte urbaniste, cofondateur de l'agence d'architecture LOCAL basée à Bergen, Bruxelles et Paris. Auteur du projet : LOCAL, Anna Helle-Valle (Aldring og Helse), Sebastian Von Hofacker (Verdighetsenteret). 


Article suivant : L'urbanisme de lien, un nouveau souffle pour la santé mentale


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