« L’Anah ne peut pas être seule face à 500 000 entreprises du bâtiment »

Rédigé par
Anne-Sophie Tardy - Construction21

Responsable de l'éditorial

806 Dernière modification le 29/11/2023 - 12:00
« L’Anah ne peut pas être seule face à 500 000 entreprises du bâtiment »

Guillaume Loizeaud, directeur général du pôle résidentiel individuel chez Hellio, se confie à Construction21 sur l'avenir des dispositifs d'aides à la rénovation énergétique dès 2024, entre bouleversement de la gestion des CEE par l'Anah pour les projets d'ampleur et obligation de réaliser plusieurs travaux dans les passoires thermiques.

Que pensez-vous de la mouture 2024 du dispositif MaPrimeRénov’ ?

La grande nouveauté sera l’obligation de monter en compétence pour l’Anah, qui se retrouvera désormais à gérer également les CEE en plus de MaPrimeRénov’ pour le résidentiel individuel. D’un point de vue législatif, il va falloir mettre en cohérence l’ensemble des arrêtés existants. Le système des CEE est régi par des textes différents, liés les uns aux autres et qui se complètent. Nous avons donc besoin au plus vite de ce nouveau code civil de la rénovation pour l’appliquer le plus rapidement possible. Je sais que ça prend du temps, sauf que le 1er janvier 2024, c’est quasiment demain, et nous ne connaissons toujours pas les nouvelles règles du jeu !

Que craignez-vous ?

Hellio s’est construit sur ses capacités à s’adapter aux changements permanents, donc aux opportunités. En d’autres mots, nous n’avons peur de rien. Evidemment, nous préférerions ne pas avoir à travailler entre Noël et Nouvel an ! Nous savons que les changements de politique publique sont pour partie mis en œuvre par des acteurs privés. Même si l’Anah vient à gérer MaPrimeRénov’ et les CEE, nous serons toujours là pour accompagner professionnels et particuliers. En janvier prochain, un dossier de rénovation globale dans le champ de l’Anah comprendra environ 90 pages. Son contrôle est même estimé à près de quatre heures ! Heureusement, notre valeur ajoutée en tant qu’expert de la rénovation énergétique ne se résume pas à faire passe-plats entre les chantiers et le portefeuille de l’Etat. Pour atteindre l’objectif de 200 000 rénovations ambitieuses par an, l’Etat doit pouvoir s’appuyer sur une filière d’acteurs privés de terrain. Il est beaucoup question de ce fameux guichet unique. Mais il ne faut pas oublier tout l’écosystème qui se cache derrière. On ne peut pas mettre l’Anah seule sans aucun autre intermédiaire face à 500 000 entreprises du bâtiment !

Quid des « petits » chantiers de rénovation énergétique ?

Aujourd’hui, les rénovations globales ne concernent que quelques dizaines de milliers de chantiers par an. Ce n’est clairement pas ce qui permet au marché de la rénovation énergétique de peser plusieurs milliards d’euros. D’autant que tout le monde ne peut pas se payer une rénovation à 80 000 euros ! Si le reste à charge était proche de zéro pour tous, peut-être que l’objectif gouvernemental de rénovation globale serait atteint. Mais les travaux par gestes ont encore de l’avenir. Le mono-geste seul sera cependant de moins en moins aidé, pour éviter notamment d’installer une pompe à chaleur sans isoler une passoire thermique, au risque de voir s’échapper toutes les calories produites par la PAC.

La rénovation énergétique se joue aussi, et surtout, sur le terrain. Comment rassurer la filière face à ces mutations des dispositifs d’aides ?

Les artisans n’ont pas le temps de lire tous les documents, ils n’ont pas forcément d’experts en interne pour décrypter la réglementation. Ils doivent trouver des partenaires de confiance ne serait-ce que pour avancer la trésorerie ou même pour traduire tous ces textes officiels. Je vois aussi de plus en plus d’acteurs de la construction s’intéresser au marché de la rénovation. Ils se demandent si les compétences peuvent être transposables en rénovation et comment participer à cette dynamique. Eux aussi ont besoin d’accompagnement et de formation. En 2024, encore, Hellio sera à leurs côtés pour toujours plus, et mieux rénover.

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