Isolants biosourcés : la preuve par l’expérience architecturale 

Rédigé par

Marie BLANCKAERT

Architecte DPLG Urbaniste et gérante de l'agence BLAU

737 Dernière modification le 02/02/2024 - 11:12
Isolants biosourcés : la preuve par l’expérience architecturale 

Convaincue par l’interdisciplinarité de la pratique architecturale et la nécessité de convoquer autour de ce débat l’intégralité de ses interlocuteurs, l’agence BLAU (Blanckaert Architecture et Urbanisme), dans le cadre de son pôle R&D, a souhaité réfléchir à un outil pour convaincre tant ses maîtrises d’ouvrage, bureaux d’études et instances administratives et politiques de tendre vers de la construction de logements bas carbone, appuyé sur des données concrètes.

L’outil est porté par TEAM 2 (Pôle de compétitivité Technologies de l’Environnement Appliquées aux Matières et Matériaux) et coconçu avec le bureau d’étude SYMOE en intégrant la participation d’OP (Olivier Pottier Economiste). Il a été le fruit d’un travail de collecte de données, de simulations et d’analyse des attendus de la RE2020 à horizon 2031. La volonté est ainsi de démontrer que la modification des dynamiques constructives en faveur de l’emploi des matériaux bio et géosourcés (structure, isolation, finition) issus de l’économie circulaire, n’induit pas nécessairement un surcoût. L’analyse du coût global des opérations étant significative et bénéfique vis-à-vis de la pérennité de nos futures constructions, mais aussi, de la structuration de filières constructives « vertueuses » issues des matériaux biosourcés et des logiques d’économie circulaire.

Prescrire pour participer : développer des filières de biosourcés dans le bâtiment

L’acte de prescrire est l’une des responsabilités que l’architecte détient pour s’engager dans le développement des filières biosourcées. Leur structuration répond d’une dynamique circulaire à l’échelle d’un territoire et convoque avec elle une multiplicité d’acteurs et de lieux : de la production, au stockage en passant par le transport.

Dans le cadre de la construction d’un centre de valorisation de déchets pour un industriel pharmaceutique à Arras livré en mai 2023, l’entreprise de charpente Goudalle (62) s’est associée à une coopérative d’agriculteurs : Artois Eco Paille. Les délais de chantier ont contraint la coopérative à gérer une problématique de stockage, lequel doit être parfaitement sec et isolé des nuisibles pour son utilisation dans le secteur du bâtiment afin de garantir la qualité de la paille au moment de la livraison chez le charpentier. Ces préoccupations ont été identiques chez le charpentier jusqu’au chantier.
 
L’Isolation par l’intérieur (ITI) en contexte de rénovation : l’isolation biosourcée et la démarche expérimentale

Fort de constats internes, l’agence comprend que la prescription de matériaux biosourcés dans sa pratique demande de relever des défis et de travailler « hors cadre » dans des démarches parfois« expérimentales ».

L’engagement de BLAU pour la rénovation des habitats du bassin minier et des patrimoines bâtis des bailleurs sociaux est un moyen d’agir en faveur de la transition écologique et sociale : par la mise en œuvre de matériaux biosourcés, notamment d’isolations thermiques intérieures. L’inscription dans un territoire met à profit les ressources locales et les savoir-faire associés.

Autre exemple, la réhabilitation d’une maison à Cambrai, représentative des typologies majoritaires de notre bailleur sur le territoire, a été l’occasion d’intervenir de façons expérimentale et exemplaire avec l’emploi de matériaux biosourcés développés ou en cours de développement sur le territoire (fibre de bambou, enduits chanvre, reprise des torchis in situ, enduits de terre crue in situ, logiques de réemploi des briques).

En effet, l’isolation en fibre de bambou est en train de structurer derrière elle une filière issue de l’agriculture raisonnée en Hauts-de-France. Mais pour l’employer dans la « norme », des défis restent à relever, comme sa validation technique pour permettre son développement. Il s’agit de temps longs et parfois onéreux qui demandent un engagement de la part de tous les acteurs du bâtiment. Dans le cadre de l’isolation en fibre de bambou, la volonté de la maitrise d’ouvrage et du groupement de maitrise d’œuvre de porter une démarche expérimentale permet d’accompagner le développement du matériau et sa validation technique pour préparer sa massification.

L’Isolation technique par l’extérieur (ITE) dans la construction neuve : l’isolation biosourcée dans les processus de fabrication 

L’agence porte actuellement deux exemples d’isolation thermique biosourcée par l’extérieur en processus de préfabrication. Le premier est un cas pratique, dans le cadre de l’usine de valorisation de déchets pour l’industrie pharmaceutique précédemment citée. Il s’agit d’une construction en bois et remplissage paille livrée en mai 2023 ; une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) avec un espace de stockage de produits chimiques. Pour autant, la validation de la proposition d’un isolant en ballots de paille par le maître d’ouvrage et ses assureurs a été très rapide : un matériau dense comme la paille ayant été préféré à la fibre de bois. Ainsi, nous comprenons que les capacités intrinsèques des matériaux biosourcés sont des arguments suffisants pour en prescrire l’emploi. 

Le second cas est celui d’un projet d’innovation que nous avons présenté à dans le cadre de l’AMI Restore, pour des solutions intégrées de rénovation de maison individuelle, lancé par le CSTB pour massifier la rénovation. La solution industrielle est basée sur la création de caissons mixtes bois acier léger isolés en vrac avec des isolants biosourcés. Le projet vise à standardiser des éléments qui couvrent 80 % de la façade, les 20 % restants permettant de s’adapter à l’existant. Le choix de l’isolant et de la finition extérieure se fait à la carte ; mais seuls les isolants en vrac sont imaginés dans ce projet, permettant ainsi de livrer sur site des éléments remplis ou non d’isolant et ainsi de rester dans des éléments manuportables si l’isolation se fait sur place. Ce projet est en cours d’étude et aboutira dans quinze mois à une solution validée techniquement, réglementairement et assortie d’hypothèses d’organisation de cette fabrication hors site.

Un article signé Marie Blanckaert, architecte urbaniste - DPLG


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