Est-il possible de tenir l’objectif de la transition énergétique dans les bâtiments tertiaires ?

Est-il possible de tenir l’objectif de la transition énergétique dans les bâtiments tertiaires ?

Le gouvernement s’est fixé un but : réduire de 60% la consommation énergétique des bâtiments tertiaires d’ici 2050, par rapport à 2010. Un objectif national ambitieux, qui implique que la consommation doit être divisée par deux ! La loi sur la Transition Énergétique pour la croissance verte prolonge l’obligation de rénovation par période de 10 ans à partir de 2020 jusqu’en 2050 pour atteindre ce but. Mais pour le moment, le nouveau décret tertiaire de la loi Elan, qui doit définir les modalités de mise en oeuvre, n’a pas été publié. Après avoir étudié 15% du parc de bureaux franciliens, l'Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) a publié en janvier son baromètre de la performance énergétique et environnementale des bâtiments tertiaires. L’occasion de faire un tour d’horizon de l’ampleur du travail qu’il reste à accomplir pour atteindre l’objectif fixé par l’État.

Les acteurs de l’immobilier plutôt coopératifs

Moins 40% des consommations énergétiques en 2030, moins 50% en 2040 pour finir avec une diminution de 60% en 2050 par rapport à 2010, les bâtiments tertiaires ont de nombreuses étapes à franchir selon la loi Elan. Le baromètre prévient les acteurs du secteur : les consommations énergétiques doivent diminuer de 3% par an pour réussir une transition sans encombre. Première bonne nouvelle annoncée par l’OID : les consommations énergétiques des bureaux ont une nouvelle fois diminué en 2018.

Les acteurs de l’immobiliers se montrent d’ailleurs plutôt coopératifs quand il s’agit d’atteindre l’objectif de la transition énergétique. Sur l’ensemble des répondants de la Charte tertiaire sur l’année 2018, 12 signataires sur 38 ont établi une trajectoire de réduction des émissions carbone pour 2030 ou 2050. Pas moins de 19 en sont encore à l’étape de la réflexion ou ont défini des objectifs , mais qui ne sont pas encore suffisants pour respecter l’engagement du gouvernement. Seuls 7 n’ont pas encore déterminé leurs objectifs. Un résultat plutôt mitigé donc, mais qui témoigne d’une certaine volonté d’avancer de la part des professionnels de l’immobilier.

La construction est responsable de 50% des émissions sur l’ensemble du cycle de vie

“(...) La Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) rappelle que les émissions liées à la construction vont gagner en importance par rapport aux émissions pendant la phase d’usage,prévient le rapport. En effet, pour un bâtiment respectant la réglementation thermique RT2012, la construction est responsable de 50% des émissions d’effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie.  Si on pousse la réflexion un peu plus loin, on s'aperçoit rapidement que c’est précisément les matériaux qui sont responsables de la pollution. L’exploitation des bâtiments arrive, elle, en seconde position. Mais elle est “à nuancer” précise le baromètre, puisqu’il faut prendre en compte “le mix énergétique français” dont la pluralité d’offres vertes proposées par les fournisseurs de gaz et d’électricité.

 

Trois obstacles principaux à la baisse d’émission de gaz à effet de serre dans le tertiaire

La fabrication des matériaux nécessaires pour la construction des bâtiments n’est malheureusement pas le seul enjeu pour limiter la consommation en énergie de ce secteur. Trois autres ont été identifiés par l’OID :

  • Le périmètre, tout d’abord. En effet, lorsque l’on parle de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il est important de connaître le périmètre pris en compte. Parle-t-on seulement de l’usage fait du bâtiment ou est ce que nous comprenons aussi les émissions de l’ensemble du cycle de vie, dont la construction ? Un point sur lequel les professionnels devraient se mettre d’accord.

  • Le niveau de connaissance est aussi très important car “l’unité carbonne est difficile à appréhender” selon le baromètre. “Le bilan des émissions de GES, le Bilan Carbone®, les labels BBCA et E+C-, ne reposent pas sur les mêmes méthodologies” précise-t-il. Si l’on ne parle pas de la même unité, comment s’accorder ?

  • Le manque de lisibilité des dispositifs existants sur la consommation énergétique est le dernier des trois freins à la limitation des émissions carbone. Lors d’une transaction immobilière, les données sur la consommation énergétique sont peu communiquées. Pour preuve : 75% des transactions de bureaux étudiées par l’OID en Île-de-France concernent des bâtiments classés D ou E.  

 

Malgré ces difficultés, parvenir à l’objectif fixé par l’état est-il possible ? “Techniquement, oui” assure le rapport. “Atteindre 40% de réduction des consommations énergétiques est faisable, [mais] la neutralité carbone sans compensation est très difficile à atteindre.” Des efforts sur tous ces points devront donc être apportés si la France veut respecter ses engagements. Une progression déjà entamée en 2018 avec plus de dix démarches réglementaires réalisées et six démarches volontaires initiées.

 

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  • Laurent Levrey

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