Dépolluer l'air extérieur d'une cour d'école : pari impossible ?

Rédigé par

Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

1336 Dernière modification le 08/09/2023 - 10:25
Dépolluer l'air extérieur d'une cour d'école : pari impossible ?


Retour sur une expérimentation qui interpelle dans une école du 9e arrondissement de Paris. La société Aérophile s'est lancé le défi assez fou de capter les particules fines de la cour de l'établissement grâce à la technologie Para-PM. Décryptage. 

Jeudi 31 août, 10h. Les jeunes élèves de l'école de la Victoire à Paris 9 n'ont pas encore effectué leur rentrée scolaire, et pourtant, il se trame déjà bien des choses entre les murs... et en dehors !

En effet, il est souvent question de la qualité de l'air intérieur des établissements scolaires – souvent mauvaise –, facteur influent et avéré de la réussite et du bien-être des écoliers. Depuis le 1er janvier 2023, une réglementation spécifique a d'ailleurs vu le jour, obligeant ce type de bâtiments tertiaires à effectuer une surveillance régulière et accrue de ses moyens d'aération et de ses dispositifs de ventilation (entre autres). Mais ce que l'on dit moins, c'est que la qualité de l'air extérieur a elle aussi toute son importance. C'est particulièrement vrai à Paris et d'autres métropoles, où le flux très dense de personnes, de véhicules et d'activités diverses provoque une pollution importante dans l'air. Difficultés de concentration, perte de capacités cognitives, propagations de virus divers... Les risques sont nombreux. 

La maire du 9e arrondissement de Paris, Delphine Bürkli, a souhaité se saisir de ce sujet en faisant appel à la société Aérophile, déjà distinguée dans la production de ballons captifs informant sur la qualité de l'air de certains espaces urbains (au-dessus du parc Javel-André Citroën à Paris 15, par exemple). Cette fois, Jérôme Giacomini et Matthieu Gobbi, cofondateurs de l'entreprise, ont pour mission de conserver les espaces extérieurs de l'école de la Victoire le plus souvent possible sous un seuil journalier de 15 µg/m³ – au-delà duquel les risques pour la santé deviennent trop importants selon l'OMS. Et il se trouve que pour les franciliens, cette limite est franchie pas moins de 130 jours par an. 

Au 16, rue de la Victoire, les enjeux sont particulièrement importants : la cour de l'établissement est enclavée et à proximité immédiate de grands axes de circulation, les Grands Boulevards en tête. Alors, comment fait-on pour permettre aux élèves de respirer un air plus pur au quotidien ? 
 

Para-PM, l'outil de l'expérimentation

La technologie Para-PM utilisée dans la cour de l'école de la Victoire repose sur le principe de l'électricité atmosphérique en suivant trois étapes : ionisation, filtration et collecte de l'air. Selon Aérophile, l'appareil permet ainsi de collecter 95 % des particules fines présentes dans l'air, toutes tailles confondues (y compris les PM les plus petites, de 0,01µm à 10µm), puis de rediffuser de l'air purifié autour de chaque unité. Au total, 10 purificateurs Para-PM et 5 capteurs Pollutrack ont été placés dans la cour de l'école, à 2 mètres 50 de hauteur, mais aussi 1 autre capteur dans la rue devant l'établissement, pour établir des points de comparaison. Coût total de l'installation ? 170 000 euros, répartis entre la mairie du 9e arrondissement, Aérophile et l'ADEME, porteuse du projet également. 


Mais qu'advient-il de ces polluants après avoir été absorbés par les capteurs ? Jérôme Giacomoni nous le précise : « les particules fines captées par le Para-PM restent collées sur des plaques de collecte. Ces plaques de collecte sont retirées de l’appareil pour être nettoyées, une à deux fois par an selon la pollution du site. C’est un peu comme si on collectait le miel d'une ruche ! Les particules fines ainsi récupérées sont ensuite traitées comme des déchets classiques et ne finissent plus dans les poumons des enfants. »

Quant à la consommation énergétique de la technologie Para-PM, elle est moindre, des dires de ses créateurs. Jérôme Giacomoni affirme que « les appareils consomment 400 W en moyenne, soit moins qu’un aspirateur. » D'autre part, les unités se mettent en état de marche uniquement quand le fameux seuil des 15 µg/m³ est dépassé. 

 

Des résultats prometteurs, mais à confirmer

L'expérimentation d'Aérophile à l'école de la Victoire a débuté en mai 2023, et s'achèvera en juin 2024. Un système d'évaluation en temps réel de l'efficacité des capteurs a été mis en place : des relevés toutes les 45 secondes, pour un total d'un million de mesures par semaine. L'occasion de constater – pour de vrai – si l'expérimentation fonctionne ou non.

Il faut notamment garder à l'esprit que les performances de ce type de technologies sont extrêmement dépendantes de conditions extérieures, météorologiques entre autres, qu'il est difficile de prévoir. Si l'été, la qualité de l'air extérieur est toujours relativement meilleure, des pics de pollution surviennent généralement en hiver, mais aussi au printemps, avec les épandages agricoles. Comment réagiront les appareils dans ces conditions plus difficiles ? 

Pour l'heure, les premiers relevés se révèlent être « très rassurants » et encourageants pour Jérôme Giacomoni, qui nuance tout de même : « on peut mieux faire ». Un travail doit notamment être mené sur la question des nuisances sonores des appareils, pour assurer un confort optimal aux élèves.

Un rapport indépendant sera établi à l'issue du test, pour en faire le bilan. Rendez-vous dans quelques mois, donc !

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