Commission blockchain : permettre à l’immobilier d’acquérir l’agilité des produits financiers

La SBA lance un nouveau groupe de travail sur la blockchain, cette technologie de stockage et de transmission d’informations transparente, sécurisée et immuable. Pour Matthieu Merchadou-Melki, qui co-anime cette nouvelle commission avec Christian Dubourg, l’objectif est de permettre à l’immobilier de devenir aussi agile que les produits financiers, en utilisant notamment les outils du Web3, la nouvelle génération Web basée sur la technologie blockchain. Explications.

La blockchain est, au même titre que le jumeau numérique, l’une des technologies phares du bâtiment de demain, selon Matthieu Merchadou-Melki. « Or le sujet n’est pas encore arrivé à la table des grandes institutions, assure-t-il. De leurs côtés, des pays d’Europe de l’Est, les Etats-Unis ou Singapour s’en sont déjà emparés et ont avancé sur la question. »

Vers la blockchain appliquée à l’immobilier

Quand la SBA décide de créer un groupe de travail sur la blockchain, Matthieu Merchadou-Melki a donc eu rapidement envie de s’y impliquer, avec la volonté de partager son expérience, pour relever les nouveaux enjeux de l’immobilier. Il a déjà créé la Florida Blockchain Foundation avec Francis Suarez, le maire de Miami, pour développer l’utilisation de la blockchain dans la région de Miami-Dade, et va lancer prochainement une plateforme dédiée à la blockchain appliquée à l’immobilier.

Améliorer la liquidité des biens immobiliers avec la blockchain

« Le premier avantage de la blockchain est de faciliter les transferts de propriété des bâtiments entre investisseurs, explique Matthieu Merchadou-Melki. Pour ce faire, l’idée est d’abord de générer un actif numérique, sous la forme d’un jumeau virtuel de l’actif immobilier. Chaque partie prenante (appelée aussi stakeholder) est appelée à contribuer au jumeau digital. La blockchain enregistre alors les données correspondantes et les partage autant que nécessaire avec d’autres parties prenantes. » 

Jusqu’à présent, pour vendre un immeuble, il fallait passer par plusieurs tiers de confiance, vérifier et réconcilier les données issues de canaux différents, ce qui peut être long et coûteux. On parle ainsi d’asymétrie d’informations, lorsque chaque partie a une version différente de l’actif. Or, il s’avère parfois très coûteux d’homogénéiser et regrouper ces données. Cela peut même parfois conduire à une re-négociation ou un échec du transfert de propriété.

À l’inverse, la blockchain permet notamment de créer des contrats intelligents (smart contracts), pour réaliser automatiquement les transactions en toute sécurité, selon des conditions précisément définies. La décentralisation de la gestion de la sécurité empêche la falsification des transactions et le réseau, grâce à son protocole de partage, joue alors le rôle de tiers de confiance.

De nombreuses applications dans l’immobilier

En plus d’améliorer la liquidité des immeubles, la blockchain présente de nombreux autres atouts dans le secteur de l’immobilier. Elle permet de reprendre le contrôle sur la manière dont les données sont distribuées et utilisées, en partageant les données sans intermédiaire. « Comme elle garde une trace de chaque transaction, elle certifie, à un instant T, l’état et la propriété du ″crypto-actif″, donc de l’actif immobilier par extension, souligne Matthieu Merchadou-Melki. En conséquence, chaque contributeur pourra être rémunéré à la hauteur de son apport. La valeur de l’actif numérique pourra aussi être ″collatéralisée″ (c’est-à-dire garantie pour couvrir le risque de crédit) par les données qui le composent. »

La technologie blockchain permet par ailleurs de faire des économies, puisque l’organisation des échanges est réalisée via un réseau informatique. Cela diminue mécaniquement les coûts de transaction par rapport aux systèmes financiers traditionnels, qui ont des intermédiaires qui se rémunèrent pour leurs services. En plus, la blockchain permet d’automatiser de nombreuses actions dans l’immobilier, comme la gestion du bail, les états des lieux d’entrée et de sortie, ou encore les audits réguliers dans le cadre des certifications : LEED, BREAM, HQE… et même R2S.

L’alliance du jumeau numérique et de la blockchain permettra enfin la création de showroom virtuel dans le metaverse ou dans un cadre privé, ce qui ouvre de nouveaux horizons en matière d’expériences immersives.

Des cas d’usage et des preuves de concept

Ces atouts en tête, les membres de la Commission Blockchain vont travailler à identifier des cas d’usage où la blockchain apporte un bénéfice dans l’immobilier et à mettre en place des démonstrateurs, pour apporter des preuves de concept. « Ce travail fait partie de ce que l’on appelle l’économie des tokens et nous allons chercher quelle peut être sa place dans le monde réel de l’immobilier, conclut Matthieu Merchadou-Melki. Nous allons également réfléchir à la notion de traçabilité, qui permettra d’alimenter la blockchain avec les informations de l’immeuble, de suivre les flux de données et ainsi d’informer toutes les parties prenantes instantanément. » 


Le sujet est désormais lancé à la SBA. Il permettra de répondre à de nombreux enjeux de demain, à condition de pouvoir créer des passerelles entre le numérique, l’architecture et la construction. C’est aussi une des ambitions de la Commission Blockchain.


Cet article a été publié ssur le site de Smart Buildings Alliance

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Photo par Shubham Dhage sur Unsplash

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