« E+C-, c’est beaucoup d’ingénierie… et de bon sens »

La mise en place de la nouvelle règlementation environnementale des bâtiments neufs est prévue pour 2020 par la loi Elan. Si l’enjeu est considérable pour l’ensemble de la filière, le salon BePOSITIVE 2019 a montré que les acteurs se fédèrent et que les technologies sont prêtes pour répondre aux futures exigences normatives. Précurseur de la prise en compte du carbone dans la construction de bâtiments, Bouygues Bâtiment France Europe alimente les réflexions sur cette RE, grâce à de nombreux retours d’expériences. 

[ENTRETIEN AVEC : Guillaume Carlier, Directeur RSE]

Que va changer la future RE 2020 ?

Rappelons d’abord que le bâtiment contribue à hauteur de 27% aux émissions de GES et représente 45% de l’énergie primaire consommée, il y a donc dans ce secteur des leviers majeurs pour agir. La future RE 2020, en associant performance énergétique et bas carbone, place les matériaux, qui représentent 80% de l’empreinte carbone d’un bâtiment, au cœur de la réflexion. Elle questionne le choix des matériaux mais aussi leur transport, leur volume, leur mix et leur fin de vie (réemploi et recyclage) et modifie radicalement la manière de construire un bâtiment. C’est la fin du tout béton. Nous passons d’une logique où le prix et les délais étaient les seuls clefs de lecture à une approche plus sur mesure, où nous devons pour chaque projet faire avec le site, ses contraintes mais aussi ses potentialités. Il faut donc complètement changer de prisme pour proposer des solutions constructives inventives,  adaptées à chaque projet, ce qui demandent une grosse force de frappe en termes d’ingénierie. 
Les maitres d’ouvrages qui visent des performances bas carbone évoluent de plus vers des marchés de conception-réalisation, qui permettent cette prise en compte intégrée des objectifs environnementaux.


Construire en RE 2020 coûtera-t-il plus cher ?

Quand le label BBC, qui préfigurait la RT2012 est sorti, il était annoncé des surcoûts de 20%. Aujourd’hui, tous les bâtiments neufs sont RT2012 et ne coûtent pas plus chers. 
Nous sommes encore en phase d’expérimentation, E+C- préfigurant la future RE2020, il faut donc investir en matière grise, changer les process de travail, d’achats, structurer de nouveaux métiers, c’est un investissement que supportent en partie les maitres d’ouvrage. Mais il faut garder à l’esprit que les solutions proposées sont aussi génératrices d’économies : en phase chantier, par exemple, en s’approvisionnant en circuits courts sur les matériaux , on réduit les coûts de transport, en utilisant des panneaux CLT, préfabriqués et faciles à manipuler, les durées de construction sont raccourcies. Sans oublier que l’exploitation des bâtiments est également optimisée, avec des coûts énergétiques réduits. C’est un cercle vertueux que la RE2020 fait émerger, mais comme pour tout changement majeur, il faut d’abord investir, étudier, expérimenter. L’association BBCA capitalise, au travers des projets labellisés BBCA construction ou rénovation,  plusieurs dizaines de retours d’expérience qui permettront d’affiner les seuils de la future réglementation pour assurer sa standardisation.


Quel bâtiment récemment réalisé vous semble particulièrement représentatif de l’approche nouvelle qu’exige la RE 2020 ?

Nous avons livré début 2016 une opération de 15 logements rue des Ardennes à Paris, (voir photo ci-dessous) en cœur d’ilot. L’environnement était très contraint, tout l’approvisionnement du chantier devait passer par une porte cochère. En outre, un parking occupait le sous-sol. Plutôt que de le démolir, nous avons opté pour une construction légère mixte béton/bois à dominante de bois massif CLT. Toutes les terres excavées sur le site ont été réutilisées, portant le bilan carbone global à -160 kg CO2 /m² SDP. Côté énergie, l’eau chaude sanitaire est fournie à 35 % par des capteurs solaires, le complément et le chauffage sont assurés par une chaudière collective gaz à compensation. Ce que démontre cette opération, même de petite taille, est que nous ne sommes pas obligés de démolir pour reconstruire, en partant d’une feuille blanche. Avec du bon sens, les contraintes deviennent des opportunités.


Comment préparer au mieux les acteurs du bâtiment à la RE2020 ?

L’expérimentation et le partage des résultats sont essentiels. Lorsque que la RT 2012 est sortie, par exemple, le comportement des usagers a été insuffisamment pris en compte, ce qui a conduit à des résultats beaucoup moins bons que ceux prévus par les modèles. Mais il faut aussi des lieux pour échanger avec les professionnels, partager les retours d’expérience, se construire progressivement une nouvelle culture commune. Les salons, comme BEPOSITIVE, sont très intéressants, car ils permettent cette prise de hauteur, en se donnant le temps et en réunissant entreprises du bâtiment, industriels et maitres d’ouvrage.

 

Article publié sur Salon Bepositive
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Modéré par : Clément Gaillard

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