Comment concilier bien-être, modularité et environnement dans les espaces de travail?

 confort  bas carbone
Publié par Interface FR

La révolution numérique a eu un impact considérable sur les habitudes professionnelles et continue de bouleverser notre rapport au temps et aux lieux de travail. La digitalisation des entreprises a une influence certaine sur la façon dont les espaces de travail doivent être conçus pour apporter bien-être, efficacité, souplesse et confort au quotidien tout en favorisant le travail d’équipe.
Ces thèmes étaient au centre d’une table-ronde organisée par le magazine D’Architectures et réunissant 5 acteurs importants de l’aménagement des bureaux dans les espaces parisiens d’Interface. Karine Dana, Architecte de formation et journaliste d’architecture a organisé et dirigé cette table ronde. Un livret complet des débats est disponible par ce lien.

  • Véronique Leveau, Directrice des bureaux d’études français du groupe Haworth
  • Sylvain Coudret, Spécialiste de l’acoustique des espaces de travail chez Saint-Gobain Ecophon
  • Philippe Delorme, Directeur des Grands Projets Nationaux chez Haworth
  • Jean-Baptiste Griffon, Responsable Commercial et Conseiller Smart Building chez Schneider Electric
  • Mickaël Cornou, Responsable Marketing et Communication France et Italie chez Interface

Les défis de la digitalisation

Penser les espaces de travail, c’est avant tout comprendre les besoins de chaque individu pour réussir à concilier différentes façons de travailler et de collaborer.
Pour Philippe Delorme, Directeur des Grands Projets Nationaux chez Haworth : « Notre cerveau ne fonctionne pas comme un ordinateur. Le maintien d’un bon niveau de concentration est devenu un enjeu majeur pour les entreprises. Répondre à cette gageure dépend de la diversité des espaces proposés et de la possibilité de pouvoir bouger au cours de la journée afin d’offrir différentes approches et formes de stimulations : situations de table ronde, de conversation téléphonique, de réunion créative, ou encore de travail individuel, impliquent des postures, des qualités d’éclairage, sonores, visuelles et des typologies d’espaces qui concourent au bon fonctionnement du cerveau humain. »

La digitalisation pose des question capitales, c’est aussi ce que soulève Véronique Leveau, Directrice des bureaux d’études français du groupe Haworth : « Que va-ton faire demain de ce monde virtuel et ultra connecté et comment mieux l’appréhender ? Comment retrouver un certain contrôle sur notre environnement ? Pour les utilisateurs comme pour les collaborateurs, ces questions font peur, mais il faut aujourd’hui se demander comment accompagner cela. »
Véronique Leveau ajoute que « Profiter d’espaces de travail clairs et lisibles constitue un enjeu important. Or, nous profitons maintenant d’un bon recul critique vis à vis de la tendance aux espaces informels et collaboratifs qui ont été en vogue il y a quelques années sous l’influence de modèles issus de la net économie. En effet, face à des espaces indéterminés, les collaborateurs ne savent pas comment se comporter : puis-je m’installer pour me concentrer ? Dois-je parler à mon voisin ? (…) La grande difficulté porte donc aujourd’hui sur la finesse de la définition des usages tout en concourant à ce que les collaborateurs retrouvent un certain contrôle vis à vis de leur espace de travail. »

 

Photos © Alexandre Fouquet

Photos © Alexandre Fouquet

Photos © Alexandre Fouquet

Photos © Alexandre Fouquet

Photos © Alexandre Fouquet

Qualité de l’air et acoustique : parmi les incontournables du bien-être au travail

La qualité de vie et le bien-être au travail ont été au centre des débats des 5 intervenants, à l’image de Sylvain Coudret : « L’usager s’intéresse de plus en plus à son confort et à sa santé. Les utilisateurs finaux ont en effet pris conscience des effets de leur environnement sur leur bien-être. »

Un bien-être au travail maintenant pris en compte ou mis en avant par nombre d’entreprises mais pas forcément encore au centre de toutes les décisions.
Pour Philippe Delorme, « Il me semble toujours étonnant que soient associés dans le discours la qualité de vie au travail et l’augmentation de la productivité. Les collaborateurs sont très lucides à cet égard. »
Mickaël Cornou ajoute: « Quelle entreprise demande à chacun de ses collaborateurs de quoi il a besoin? On a l’impression d’avoir beaucoup développé pour les individus mais sur le terrain, la réalité est différente. ».

Avec l’avènement de nouvelles normes qui permettent d’évaluer la conception des espaces de travail du point de vue du bien-être, il devient pourtant plus simple de penser les bureaux de ce point de vue. On pense notamment au standard WELL qui se focalise sur 7 fondamentaux essentiels au bien-être des salariés :

 

 

 

Pour Mickaël Cornou, « la qualité de l’air est de plus en plus importante pour les collaborateurs. A ce titre, cela fait 25 ans que nous parlons des bienfaits de la moquette. Ce discours fait l’objet d’une réelle prise de conscience depuis 5 ans. »

Il en va de même pour l’acoustique des espaces de travail et tous les participants s’accordent sur ce point :
« Les perturbations rencontrées dans une journée de travail conduisent à une grande perte de capacité de travail et d’énergie. Et tous les postes sont concernés par cela. » affirme Véronique Leveau.

Pour Sylvain Coudret, spécialiste de l’acoustique des espaces de travail chez Saint-Gobain Ecophon :
« Les réflexions liées aux exigences acoustiques ont beaucoup évolué du fait des nouveaux usages liés au Flex Office et la réflexion porte aujourd’hui sur le confort de l’usager final. Nous visons notamment à atténuer la propagation des voix dans les open space afin qu’un collaborateur en train de parler ne dérange pas un individu à proximité en situation de concentration. Des études de mesure acoustique sont donc menées auprès des collaborateurs concernés par cette double situation. Nous cherchons ainsi quelles solutions envisager pour celui qui se concentre et ceux qui parlent afin de diminuer progressivement le niveau sonore d’un point à un autre et réduire ainsi sa propagation. Ces données sont bien sûr croisées avec celles qui relèvent de la perception du bruit et de la psycho-acoustique. »

Adapter le design sonore des espaces en fonction des usages semble donc capital pour que chacun puisse trouver sa place et se sentir bien. Philippe Delorme ajoute : « Si l’on parle d’acoustique en partant des usages, il est également possible d’avoir recours à des boxes isolés phoniquement, installés à proximité. Il existe donc effectivement des usages nouveaux concernant surtout les espaces collectifs, lesquels requièrent des solutions acoustiques particulières »

Développer des espaces évolutifs

Penser les espaces de travail de demain, c’est avant tout réussir à se projeter dans le futur et imaginer les usages à venir. La modularité des bâtiments semble donc être un enjeu de taille.
Pour Jean-Baptiste Griffon, « Le potentiel d’évolution des espaces constitue la quête la plus importante car nul ne connait vraiment les besoins de demain. Le schéma initial est donc crucial et nécessite une vision d’anticipation. Il se construit autour des usages existants et souhaités »

La réversibilité des bâtiments et leur adaptation aux occupants est un défi majeur pour ceux qui les pensent.
« Un immeuble de bureau peut devenir un hôtel ou un bâtiment de logements, ou encore le mix de tous ces programmes. Cette tendance modifie la nécessité de flexibilité de l’infrastructure technique et la distribution électrique. Cela présente bien sûr un surcoût au moment de la modélisation que les investisseurs sont près à absorber. » affirme Jean-Baptiste Griffon.

Mickaël Cornou pointe également l’importance du design dans l’aménagement des espaces: « On ne considère plus du tout le sol de la même manière. On aménage aujourd’hui non plus à partir du cloisonnement des espaces mais de la continuité des déplacements. Nous cherchons ainsi à mixer les revêtements afin de brouiller certaines limites, opérer des transitions, marquer des usages. Notre service de concept design offre cet accompagnement. »

On comprend dès lors que la modularité des espaces, des aménagements et mobiliers est un point clé de cette fameuse réversibilité.

Axys Consultant ©Moore Design, ©Majorelle,©Delphine Coutant

Axys Consultant ©Moore Design, ©Majorelle,©Delphine Coutant

Qivy, Asnières-sur-Seine ©Coutant Delphine, ©DL Architectural – Dominique Lafaurie, ©Aya Agency – Anne Métaye

Banque de France, Paris ©Moore Design, ©Majorelle, ©Coutant Delphine

Dans les espaces parisiens d’Interface

BNP Paribas ©Interface © Coutant Delphine

ENGIE ©Novaldi, ©Coutant Delphine

Quand la neutralité carbone permet d’imaginer de nouveaux horizons

Le chemin vers la neutralité carbone est une contrainte créative qui peut faire naître bien des solutions innovantes. Atteindre les objectifs fixés par l’ONU pour empêcher le climat de s’emballer au delà de 2°C est une puissante motivation pour réduire les émissions de Gaz à Effet de Serres..

Chez Interface, nous savons à quel point l’engagement pour une industrie durable depuis 1994 nous a permis d’innover en concevant par exemple nos sites de production comme des forêts, en repensant le cycle de vie de nos produits ou en nous inspirant des processus naturels pour trouver des solutions techniques inédites comme alternatives à des techniques plus néfastes à l’environnement.

La neutralité carbone des bâtiments, peut en effet être un puissant moteur d’innovation pour Jean-Baptiste Griffon: « Je pense qu’il existe des vecteurs d’accélération pour améliorer toutes les formes de collaboration de la conception du bâtiment jusqu’à son exploitation : le facteur environnemental. Se demander comment réfléchir ensemble pour minimiser l’impact environnemental d’un bâtiment permet d’associer tous les intervenants en même temps. Et de plus en plus d’investisseurs placent leur épargne dans des bâtiments verts. »

Bien entendu, la quête de neutralité carbone rencontre de nombreux défis à relever au quotidien.
Ainsi Mickaël Cornou explique : «  Nous sommes confrontés à beaucoup d’ambiguïtés de la part des fabricants. Sur une fiche de déclaration environnementale, le chiffre de la fin de vie est très important. Or, toutes les solutions de valorisation ne sont pas équivalentes. Il existe la mise en décharge, la valorisation énergétique, le réemploi et le recyclage. (…) Il y encore 10 ans, parler de produits recyclés était impensable. Or, aujourd’hui le recyclé est devenu une base, une norme pour le client. La force serait de pouvoir travailler ensemble dans chaque secteur pour changer le marché en amont et proposer des produits vertueux. Il faut également avoir en tête que la compréhension de toutes les normes nécessite énormément d’accompagnement. »
Un besoin d’accompagnement pour construire une industrie durable qui est également pointé par Philippe Delorme : « En ce qui concerne le mobilier, les réflexions sur la neutralité sont récentes.
Nous avons créé un organisme qui permet de gérer des milliers de tonnes de mobilier récupéré. Grâce à une écotaxe, nous avons pu recycler toutes ces pièces de mobilier comme le font déjà les entreprises de l’électroménager. Aujourd’hui, l’étape consiste à se demander ce qu’on fait de ce mobilier pour le revaloriser. Aux yeux des utilisateurs, il est plus coûteux de récupérer que d’acheter neuf. Mais là encore on ne met sur la balance que le coût financier sans regarder le coût global lié à l’impact carbone. C’est un schéma du XXème siècle ! Tant qu’on n’aura pas valorisé l’impact carbone, on ne créera pas de valeur. Et concomitamment, le développement du Flex Office ce encourage les utilisateurs à ne payer qu’un coût d’usager sans se soucier de savoir ce qui se passe après utilisation. (…) Nous travaillons donc pour offrir une 2ème et 3ème vie à nos produits et les remettre à niveau avec des filières industrielles. »

Faire appel à la sensibilité environnementale des collaborateurs et utilisateurs finaux des espaces de travail est un levier d’action qui peut être très efficace et va dans le sens d’un bien-être global en répondant aussi à la quête de sens des collaborateurs. Jean-Baptiste Griffon parle ainsi de « replacer l’individu au centre des préoccupations tout en y ajoutant une approche vertueuse pour l’environnement. »

Pour Philippe Delorme, c’est véritablement une révolution environnementale qui se prépare : « Je pense que notre modèle économique basé sur la consommation est en fin de vie. Demain, il ne s’agira plus de construire une tour, aussi vertueuse soit- elle, mais de se demander comment ne plus construire cette tour et regrouper autrement les salariés. Peu d’entreprises se positionnent dans cette perspective là qui va pourtant conduire à d’énormes mutations. »

Des mutations qui, face à l’urgence climatique, doivent être anticipées au plus vite ; une question d’avenir pour nombre d’acteurs du bâtiment.

Pour en savoir plus sur cette table-ronde, vous pouvez consulter en ligne un livret complet de ces débats orchestrés par le magazine D’Architectures. Nous sommes heureux d’avoir pu accueillir cet événement dans nos espaces parisiens.

Image de tête: Axys Consultant (©Moore Design, ©Majorelle,©Delphine Coutant

 

 

 

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Modéré par : Clément Gaillard

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