“Réinventer notre relation au vivant”, première journée du festival Building Beyond

Rédigé par

Leonard / Matthieu Lerondeau

Head of Communications & Communities, Leonard

2128 Dernière modification le 02/09/2021 - 14:37
“Réinventer notre relation au vivant”, première journée du festival Building Beyond

La 4ème édition du festival du bâtiment Building Beyond, qui a pour titre « La décennie décisive », se tiendra du 20 au 25 septembre 2021, sur le thème de la transition environnementale des villes et des territoires.

La première journée de l’événement croisera les regards de la philosophie, de l’écologie urbaine, de l’économie ou encore du paysage pour imaginer de nouvelles relations avec le vivant face à l’érosion accélérée de la biodiversité. Elle abordera l’impact ambivalent de la construction sur la biodiversité, qui peut s’avérer aussi bien négatif (artificialisation des sols, transformation des habitats) que positif (pratiques de renaturation, construction « symbiotique », etc.)

Réinventer nos relations avec le vivant, une nécessité

Le 3 mars dernier, l’Office français de la biodiversité, le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’Histoire naturelle ont publié le bilan de 13 années d’études sur l’évolution de la Liste rouge des espèces en voie d’extinction. Les trois organismes ont ainsi suivi près de 14 000 espèces. Les résultats sont particulièrement alarmants : 17,6% des espèces observées sont aujourd’hui menacées de disparition (soit 2.430 espèces) et presque 200 ont disparu de France ou sont éteintes au niveau mondial. Le rapport note également que le phénomène de disparition s’accélère fortement au fil des ans.

Le bilan environnemental de la France, édition 2020, présente des conclusions malheureusement très semblables. D’après le document, “la biodiversité continue à disparaître à un rythme inédit”. “En France, comme ailleurs dans le monde, la biodiversité aquatique et terrestre est confrontée à de multiples pressions : pollution, destruction des habitats naturels, pratiques agricoles intensives, changement climatique, espèces invasives, surexploitation des ressources, etc.”, constatent les auteurs du rapport. “Seulement 20 % des habitats d’intérêt communautaire sont dans un état favorable sur la période 2013-2018”.

Cette détérioration sans précédent de la biodiversité nuit fortement aux services écosystémiques essentiels que la nature nous offre : approvisionnement en aliment, en eau et en matériaux, régulation du climat et des phénomènes naturels, services socio-culturels, etc. Dès lors, il apparaît comme indispensable de repenser notre relation avec le vivant.

Le témoignage de Joëlle Zask : « Détruire le vivant, c’est détruire à terme les conditions de vie humaine sur la Terre »

Joëlle Zask est professeur des universités en philosophie à Aix-Marseille Université. Elle interviendra lors de cette journée pour une conférence d’ouverture intitulée « Villes et vivant : vers un nouveau pacte ? ».

« Il y a bien sûr un enjeu utilitaire à la reconstruction de nos liens avec le vivant. Nous savons que l’humain est aussi un animal qui a besoin d’un environnement biologique spécifique. Détruire le vivant, c’est donc détruire à terme les conditions de vie humaine sur la Terre. Mais l’enjeu n’est pas que matériel. Il est aussi spirituel. La nature n’est pas qu’une pourvoyeuse de ressources, c’est entendu. Mais la considérer en soi, comme porteuse de droits et dotée d’une valeur intrinsèque, comme le pensent de nombreux spécialistes en éthique de l’environnement, est-ce la solution ? N’est-ce pas tendre à penser la nature sans l’homme et obérer la question des interactions homme-nature ?

À la marge des deux branches de cette alternative (exploiter ou préserver), le point de départ de ma réflexion consiste à dire que les êtres humains réalisent leur humanité en étudiant la nature, en la considérant, en cherchant à la connaître et en agissant à son égard de manière à ne pas détruire ce qu’ils en savent. De Noé aux peintures rupestres, d’Aristote à Réaumur, en philosophie, peinture, sciences naturelles, etc., c’est ce motif qui se dégage.

Nous sous-estimons la perte de connaissance et de contact avec la nature. Nous arrivons à un stade où les enfants pensent que ce qu’ils mangent pousse sur les étagères des magasins, comme le témoignent les créatrices des Incroyables Comestibles à Todmorden. Je propose dans mon petit ouvrage Face à une bête sauvage (2021) des réponses à la perte de contact assez radicale qui caractérise la situation de milliards d’urbains : ce livre a pour propos de réapprendre les bons gestes face à un animal agressif. Nous devons prendre conscience que réinventer des interactions avec le vivant ne peut se faire de l’extérieur. Cela concerne chaque personne individuellement et demande de passer par des dispositifs participatifs, qui permettent à chacun de se réaliser et de donner un sens à son activité. À partir de là, ce n’est pas compliqué d’imaginer des moments d’interaction effective. Le jardin partagé que j’ai étudié dans mon livre La Démocratie aux champs (2016), l’entretien et le débroussaillage du coin de nature près de chez moi pour éviter l’incendie (Quand la forêt brûle, 2019), quelques plantations à la fenêtre, voilà des exemples d’interactions à la portée de tous. »

Programme complet de la journée :

  • 10h – 11h : « Villes et vivant : vers un nouveau pacte ?”
  • 11h30 – 12h30 : “Les entreprises et le vivant”
  • 14h – 15h30 : “Renaturation urbaine : comment créer des écosystèmes résilients ?”
  • 16h30 – 18h : “A la découverte de la ville biomimétique”
  • 18h30 – 20h : Ciné-débat : « lorsque le paysage s’anime » autour de Jacqueline Osty, Grand Prix de l’urbanisme 2020.

Le festival Building Beyond est organisé tous les ans par Léonard, plateforme de prospective et d’innovation du groupe VINCI. Cette année, l’édition du festival est dédiée à la décennie 2020-2030, dite “décennie décisive”. Il s’agira de revenir sur les enjeux centraux de la crise climatique, de faire le lien avec d’autres enjeux sociétaux tout aussi importants (tel que le vieillissement de la population et des infrastructures) et de montrer qu’il est possible d’adapter les villes et territoires d’ici 2030. Le festival se tiendra du 20 au 25 septembre, n’hésitez pas à vous inscrire !


S’inscrire à la journée biodiversité

(En ligne et 6 place du Colonel Bourgoin, Paris 12e, places limitées)

Pour consulter le programme complet du Festival, ou pour assister à cet événement à distance, inscrivez-vous sur www.buildingbeyond.fr

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