Des jeunes apprentis en bonne santé : une priorité pour le CCCA-BTP !

Rédigé par

Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

937 Dernière modification le 10/10/2023 - 10:09
Des jeunes apprentis en bonne santé : une priorité pour le CCCA-BTP !

 

Manque de sommeil, hygiène de vie dégradée, numérique omniprésent… Les risques pour la forme physique et mentale des jeunes apprentis du secteur du bâtiment existent bel et bien et méritent d’être considérés. Entretien ciblé « santé et prévention » avec Jonathann Mayette et Pascal Miché, œuvrant chacun au sein du pôle ingénierie et innovation pédagogique du CCCA-BTP. 
 


Quels sont les principaux risques pour la santé des jeunes apprentis dans le secteur du BTP à ce jour ?

Jonathann Mayette : Selon les chiffres de l’assurance maladie en France, près de 50 % des accidents du travail sont causés par la manutention manuelle, et 30 % par les chutes (de plain-pied et en hauteur). En ce qui concerne les maladies professionnelles, il s’agit à 87 % de TMS – troubles musculosquelettiques au niveau du dos, des articulations… Si les jeunes de 16 à 25 ans sont moins concernés par ces pathologies que leurs aînés du fait de leur expérience plus courte dans le métier, ils sont en revanche plus touchés par les accidents du travail. 

À noter aussi que les 15-25 ans connaissent aujourd’hui des maux qui les concernaient moins il y a une vingtaine d’années, comme des ruptures des ligaments croisés, par exemple. En parallèle, une enquête menée par l’ANDSA (Association nationale pour le développement du sport dans l'apprentissage) sur l’ensemble du secteur de l’apprentissage indique 10 % de baisse généralisée des capacités physiques chez la jeune génération, 20 % de pratique physique en moins, 60 % de fumeurs (contre 38 % en lycée général), et 25 % passant plus de 5 heures par jour devant leur téléphone portable. Tout cela vient s’ajouter aux risques professionnels déjà préexistants. 

Pour les jeunes, l’entrée en apprentissage reste un bouleversement : nouveau rythme, forte exigence des tâches : travail en force, répétitif, postures contraignantes… C’est pourquoi il est nécessaire de les y préparer au mieux. C’est en cela que santé et prévention professionnelle ne peuvent être séparées : un apprenti ayant une bonne hygiène de vie sera automatiquement mieux paré aux risques liés à son métier. Nous nous devons donc d’armer au maximum la jeune génération, et cela passe notamment par une batterie d’actions et de formations ciblées sur la santé et la sécurité. 


Les organismes de formation et les entreprises sont-ils assez sensibilisés à ces problématiques selon vous ? 

JM : Il y a eu des progrès en la matière sur les vingt dernières années. La prévention s’améliore petit à petit et tous les jours !

Dans les CFA, la prévention professionnelle fait partie des référentiels métiers et enseignements de certaines disciplines (Prévention Santé Environnement). La formation sauveteur-secouriste du travail est obligatoire, la formation PRAP (Prévention des risques liés à l’activités physiques) également, ainsi que d’autres spécifiquement attachées à certaines professions. Par ailleurs, les établissements proposent des journées dédiées à ces problématiques : journées prévention, modules d’accueil… Pour ce qui est de la santé des jeunes, des actions socio-éducatives sont menées main dans la main avec les formateurs, touchant l’ensemble des sujets liés (sécurité routière, addictions, pratique d’activités physiques, etc.). Ce sont ces initiatives qui viennent enrichir le bagage santé et prévention des apprentis. 

Côté entreprise, c’est parfois plus compliqué. Nous ne pouvons pas contrôler tout ce qui s’y fait, et les comportements sont très différents en fonction des structures : certaines sont très à cheval sur la prévention – temps de pause, adaptation des temps de travail… – , d’autres moins. Dans tous les cas, le CFA a valeur d’exemple et se doit d’être irréprochable en la matière pour assurer la sécurité du jeune. 

Pascal Miché : Le véritable progrès depuis quelques années réside dans l’intégration dans les référentiels métiers des sujets liés à la santé et prévention dans le cadre de la mise en œuvre de compétences et des tâches métiers. D’autre part, il est aujourd’hui attendu de la part des formateurs qu’ils aident les apprentis à mener une réflexion en amont de leur intervention sur les risques encourus en fonction du type d'activités qu'ils mettent en œuvre sur chantier et en atelier.


Quelles sont les clés d’une bonne condition physique et mentale pour un jeune apprenti ?

JM : Il n’y a pas de recette miracle. L’idée est surtout de proposer une multiplication des actions afin de garantir une différenciation, voire une individualisation pour l’apprenti. Nous sommes confrontés à une grande diversité de profils en apprentissage, chacun a son propre parcours de vie, ses expériences, ses capacités physiologiques… Plus nous multiplierons les actions, plus nous toucherons un large public en termes de prévention. Le but n’est pas de les convaincre, mais de leur donner les clés pour réfléchir à leur santé, qu’il s’agisse de nutrition, de sommeil, gestion du téléphone… C’est comme cela que nous allons pouvoir faire bouger les lignes. En somme, l’enjeu pour les formateurs et pédagogues est de réussir à faire passer les messages, au bon moment, de la meilleure façon en fonction du jeune en face.

Plus nous multiplierons les actions, plus nous toucherons un large public en termes de prévention.

À savoir tout de même que les jeunes sont de plus en plus attentifs à leur qualité de vie et au respect de leur corps. Ils ont compris qu’ils ne travaillent pas pour le simple plaisir de travailler, mais avec une fin en soi, pour leurs loisirs, leurs projets. Ils sont conscients que si leur santé ne suit pas, ils ne pourront pas atteindre ces aspirations-là.  


Un mot sur le dispositif national BTP BTP (Bien dans Ta Peau, Bien dans Ton Poste) ? Où en est ce programme et comment compte-t-il se développer ?

JM : Bien dans Ta Peau, Bien dans Ton Poste est un dispositif qui a vu le jour en 2018 avec l’organisation d’un séminaire national où les acteurs des CFA – aujourd’hui, tous les acteurs des OFA du BTP participent – se sont réunis pour réfléchir à ces grandes thématiques que sont la santé et le bien-être des jeunes. A découlé de cet événement la mise en place d’actions locales sur ces sujets. Puis le Covid est arrivé et a freiné quelque peu cet élan, mais il a également permis une prise de conscience nouvelle sur les problématiques sanitaires. 


Avec ce dispositif, le CCCA-BTP innove et guide les organismes de formation dans le déploiement local de nouvelles solutions. Nous cadrons, nous orientons vers certaines thématiques, mais nous laissons la main aux acteurs pour étendre leur champ d’action. Notre accompagnement se matérialise notamment par un appel à candidatures : « BTP BTP : favoriser la posture professionnelle par l’activité physique et l’approche mentale ». Dans ce cadre, nous subventionnons 27 parcours différents répartis sur le territoire. Par exemple, un parcours de santé instauré en CFA et mis à disposition des apprentis avant qu’ils ne commencent leur journée en atelier, ou encore un programme d’approche mentale pour favoriser l’insertion des jeunes. 

PM : Nous constatons un fort engouement pour le dispositif BTP BTP, qui a vocation à se poursuivre et s’élargir. Ce succès s’est notamment traduit par les journées de l’innovation pédagogique « Bien dans Ta Peau Bien dans Ton Poste », de la santé au quotidien à la prévention en entreprise, organisées en mai dernier. 

JM : Cet événement a été un point d’orgue de l’initiative. Nous avons reçu 450 personnes de l’ensemble des organismes de formation en France sur trois jours, à la fois sur le sujet de la santé et celui de la formation professionnelle. Nous avons ainsi inclus la thématique santé qui était beaucoup moins présente il y a encore quelques années. 

PM : Nous avons aussi eu la bonne surprise de constater un engouement autour de la thématique du bien-être


D'autres exemples d’actions du CCCA-BTP œuvrant pour la santé des jeunes ? 

JM : Le CCCA-BTP propose tout un dispositif d’aide à la montée en compétences pour les formateurs via des capsules dédiées. Nous organisons également l’an prochain les « Jeux des apprentis du BTP 2024 », une grande manifestation sportive en marge des JO 2024 qui aura aussi vocation à prêcher la santé. Notre champ s’élargit sans cesse – nous travaillons notamment sur un éventuel label qualité relatif à ces thèmes de santé. 

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