« Toutes les copropriétés ne pourront pas gagner 35 % de consommation d'énergie »

Rédigé par
Anne-Sophie Tardy - Construction21

Responsable de l'éditorial

1284 Dernière modification le 09/11/2023 - 11:32
« Toutes les copropriétés ne pourront pas gagner 35 % de consommation d'énergie »

À l'occasion du salon des Copros Porte de Versailles à Paris les 8 et 9 novembre, Tanguy Dupont, directeur du pôle habitat collectif chez Hellio, s'est confié à Construction21 sur la rénovation énergétique globale des copropriétés.

Pourquoi, selon vous, les copropriétés semblent moins motivées par les travaux de rénovation ?

Je ne pense pas qu’elles soient moins motivées. Rappelons quand même que le dispositif MaPrimeRénov’ Copro pour les rénovations globales n’existe que depuis 2021, c’est finalement assez récent ! Chez Hellio, nous avions mis en place des offres CEE destinées aux copropriétés un peu avant le dispositif gouvernemental. Mais c’est vraiment à partir de ce moment que l’intérêt a grandi auprès des syndics. Aujourd’hui, il est vrai qu’à peine 1 500 copropriétés ont dû faire appel à une AMO pour leurs travaux de rénovation globale. C’est effectivement assez loin des 98 000 copropriétés identifiées par l’Anah qui auraient besoin d’entamer des chantiers d’ampleur. Sauf qu’il ne faut pas oublier que les temps de prise de décision ne sont pas les mêmes que chez un propriétaire unique.

Souvent, les copropriétaires vont préférer dépenser leur argent individuellement plutôt que pour leur immeuble. Il faut donc réussir à mobiliser en interne tous les copropriétaires. Tout cet écosystème se réunit rarement plus d’une fois par an, lors des assemblées générales. Nous avons cependant vu les actions se mettre en place. D’abord, en 2021, il a fallu initier les gestionnaires de syndics, puis en 2022, de plus en plus de copropriétés se sont intéressées aux travaux de rénovation énergétique. La courbe vers la rénovation performante va vraiment dans le bon sens.

Qu’en est-il du dispositif d’aides ? Est-il suffisamment incitatif ?

Actuellement, l’aide de l’Anah au travers de MaPrimeRénov’ Copro permet de financer 25 % du montant total des travaux. À cette somme s’ajoutent entre 5 et 15 % du financement grâce aux CEE, puis les aides locales viennent abonder. C’est cette variable qui est très changeante, dans le temps mais aussi en fonction du lieu de la copropriété. Clairement, on a un peu du mal à suivre ! Si les aides nationales venaient à être modifiées aussi souvent, ce serait la cata ! Pour l’instant, l’Anah n’a pas décidé de gérer MaPrimeRénov’ et les CEE pour nous, comme elle l’a annoncé pour les propriétaires uniques, et c’est tant mieux ! La priorité est véritablement de pérenniser les dispositifs d’aide pour garder la dynamique enclenchée. Et si les plafonds peuvent être augmentés, c’est encore mieux !

Il faut pérenniser les aides pour garder la dynamique enclenchée.

 

Les copropriétés se montrent-elles frileuses pour financer le reste à charge ?

Tout le monde semble dire que le financement est le problème numéro un. Pourtant, au sein des copropriétés que nous accompagnons chez Hellio, ce n’est clairement pas un souci. Elles font appel certes aux deux seules banques qui délivrent le prêt à taux zéro. En réalité, pour l’instant, cela suffit amplement. Souvent, c’est plutôt l’organisation entre le syndic et les copropriétaires qui est à travailler. Les gestionnaires poussent pour d’autres types de prêts plutôt que d’avoir à gérer l’appel de fonds auprès des copropriétaires.

L’interdiction de location des passoires thermiques est-elle une motivation supplémentaire ?

On ne peut pas dire ça. C’est vraiment le confort de l’occupant qui lui donnera envie de faire des travaux. Parfois, il se rend compte qu’en agissant en solo dans son coin, il n’arrivera pas à réaliser des travaux impactants sur son logement, d’où l’idée d’impliquer toute la copropriété. En revanche, nous remarquons que de plus en plus de bailleurs sociaux et de gestionnaires de locatifs proposent à travers notre structure des accompagnements.

Quelles sont les différences entre les bailleurs sociaux et les copropriétés ?

Ce sont deux écosystèmes complètement différents. Dans le parc social, les points de blocage ne seront pas financiers, comme ils peuvent l’être dans le parc privé. En revanche, le temps est très étendu, lié à des plans pluriannuels sur cinq ans et à des décisions politiques. On remarque tout de même qu’il existe moins de logements étiquetés F ou G dans le parc social. Cela fait des années que les travaux de rénovation ont été engagés, entre l’isolation des combles ou le calorifugeage des réseaux. Maintenant, les bailleurs sociaux veulent passer à l’étape de la rénovation globale. Chez Hellio, nous répondons donc à des appels d’offres de conception et de réalisation mais aussi de valorisation de CEE.

La classe A du DPE ne pourra pas être atteinte dans un immeuble haussmannien.

Pensez-vous que toutes les copropriétés sont égales face aux travaux de rénovation globale ?

On sait que parmi les 450 000 copropriétés en France, toutes ne peuvent pas gagner 35 % de consommation énergétique. D’un côté, vous avez le bâtiment des années 1960 alimenté par une chaudière fioul et pas isolé depuis sa construction. Ici, les gains énergétiques seront facilement réalisés grâce à des travaux d’ITE et de remplacement de système de chauffage par une solution plus vertueuse. De l’autre, vous avez un immeuble haussmannien. Une fois l’isolation des toits et la pose de robinets thermostatiques, difficile de faire plus et malheureusement, vous n’obtiendrez pas la classe A ou B du DPE avec ces travaux, même en 2050, à moins d’une véritable avancée technologique.

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