Grand Paris Express : 2è round en vue pour les lots de la ligne 15 en co-réa, Bouygues en pole position ?

Rédigé par

Eric Lenoir

17383 Dernière modification le 24/04/2023 - 11:05
Grand Paris Express : 2è round en vue pour les lots de la ligne 15 en co-réa, Bouygues en pole position ?

L’information circule quasi-officiellement au sein de la profession. Le premier lot de travaux en conception-réalisation sur le chantier du Grand Paris Express (GPE) aurait été attribué à Vinci Construction.

Une excellente nouvelle pour l’entreprise dirigée par Pierre Anjolras et qui donne corps à la nouvelle forme de contractualisation appelée de ses vœux par Thierry Dallard, alors président du directoire de la Société du Grand Paris, et mise en œuvre sans état d’âme par son successeur, Jean-François Monteils. De fait, les dirigeants de la Société du Grand Paris (SGP) misent bien sur la conception-réalisation pour maitriser les coûts et les délais des lots les plus importants du chantier du siècle.

Vinci Construction est donc désormais chargé du lot Sud de la ligne 15 Ouest qui doit relier Pont de Sèvres à La Défense. L’expertise mise en avant par Vinci explique ce succès – mais, selon certaines sources, c’est surtout le prix inférieur de 200 millions d’euros par rapport à l’offre de même niveau proposée par ses concurrents, qui aurait emporté la décision. Une stratégie gagnante mais non sans risque pour un lot d’une valeur estimée par les connaisseurs du dossier à quelque 3 milliards d’euros

Une attribution qui rebat les cartes pour les prochains lots

Le prochain lot en conception-réalisation à devoir être attribué concerne également la ligne 15, côté Est cette fois. Un gros morceau d’une valeur a priori similaire au lot obtenu par Vinci, mais qui devrait attiser moins de tensions. Les trois géants du BTP français (Vinci, Bouygues et Eiffage) vont déposer leur offre finale début mai 2023 avec, semble-t-il, une volonté de rationalisation de leurs projets. Après son succès sur le lot Sud, Vinci viserait plutôt le lot Nord de la ligne 15 Ouest (échéance 2024) avec l’idée de s’occuper d’un chantier parfaitement cohérent sur cette ligne, puisqu’il prend lui aussi naissance à La Défense, un point de jonction qui a aussi pour caractéristique d’être le siège du groupe. Un souci de cohérence et de rentabilité, car l’entreprise peinerait à réduire encore des marges déjà faibles dans ce segment du BTP sans compromettre sa rentabilité sur un second lot aussi important. Vinci n’a d’ailleurs pas vraiment intérêt à déclencher une telle bataille d’autant que le groupe travaille de concert avec Bouygues sur plusieurs projets d’EPR2 comme à Penly (Seine-Maritime), tout comme elles ont été capables de s’unir pour emporter de grands succès internationaux comme le métro du Caire. Il est de notoriété officieuse, dans la profession, que les deux grandes majors, si elles s’affrontent régulièrement pour des chantiers majeurs, évitent la guerre à outrance et trouvent plus stratégique de laisser passer leur tour afin de profiter de meilleures conditions lors d’un prochain appel d’offres.

Le spectre d’une guerre des prix entre Eiffage et Bouygues semble aussi s’éloigner. Eiffage serait plus enclin à se concentrer sur le chantier de la ligne 16 – ligne la plus importante du GPE. Aux côtés de Razel-Bec et TSO, Eiffage a notamment remporté le lot 1 de cette ligne, soit un marché de près de 1,9 milliard d’euros. Avec notamment 19 kilomètres de tunnel à creuser, et la plus grande gare du GPE, Saint-Denis Pleyel, à construire, la plus modeste des majors n’a peut-être pas envie de disperser ses moyens d’autant plus que son carnet de commandes est déjà bien rempli. Concernant la ligne 15, elle a déjà dans son escarcelle la gestion et l’emploi des matériaux excavés (GEME) issus des travaux de construction de la ligne 15 Est (Champigny-Centre/Saint-Denis Pleyel). Par ailleurs, l’entreprise s’occupe de chantiers de taille à l’image du métro toulousain (notamment le lot 2 de la 3e ligne remporté avec NGE pour un montant de 590 millions d’euros) et de l’emblématique tunnel Lyon-Turin (marché de 189,5 millions d’euros).

Cette perspective a des allures d’alignement des planètes pour Bouygues Construction dont un succès sur le lot Sud de la ligne 15 serait particulièrement apprécié des équipes de Pascal Minault. Ce lot serait d’autant plus bienvenu qu’il permettrait à Bouygues de conserver une expérience de tunnelier et de se positionner au mieux lors des prochains appels d’offres requérant cette compétence, comme les installations de stockage de déchets nucléaires sur le site de Bure. Un succès sur le GPE qui pourrait donc en appeler d’autres ailleurs, mais qui ne devrait pas se faire à n’importe quel prix. Après avoir remporté de gros contrats à l’occasion des premiers appels d’offres du GPE – notamment 968 millions d’euros pour le groupement d’entreprises piloté par Bouygues Travaux Publics sur la ligne 15 Sud – le groupe ne veut pas tomber dans une guerre des prix stérile. Une stratégie certainement plus pertinente encore dans les projets de conception-réalisation où l’entreprise en charge des travaux doit faire preuve d’une maîtrise parfaite du calendrier et des coûts fixés lors de la phase de conception…

 

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