Décarbonation en Outre-mer : les ambitions de La Réunion

Rédigé par

Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

1338 Dernière modification le 08/01/2024 - 15:29
Décarbonation en Outre-mer : les ambitions de La Réunion


Emmanuel Séraphin, Président de la communauté d'agglomération Territoire de la Côte Ouest et Maire de Saint-Paul, expose les enjeux ainsi que les projets en cours et à venir pour accélérer la transition écologique et énergétique sur l’île de La Réunion.  

Depuis le début de son peuplement il y a 360 ans, La Réunion a développé tout un savoir-faire constructif en milieu insulaire et tropical. Les anciennes cases créoles, érigées par des charpentiers de marine, sont considérées comme les premières constructions bioclimatiques de l’île. Plus récemment, en matière de transition écologique, l’île s’est distinguée notamment par une initiative lancée en 2020 : l’Ecocité.

Cette dernière se définit comme la ville insulaire, tropicale et durable de demain, en se basant sur « l’identité et l’histoire commune » du territoire qu’elle concerne : une zone définie de 5 000 hectares à l’ouest de l’île, englobant notamment les communes de Saint-Paul, Trois Bassins et La Possession. Engagée, l’Ecocité s’appuie sur le vivre-ensemble réunionnais et le respect de la culture créole, en mettant un point d’honneur à impliquer les usagers dans chaque projet. Ainsi, comme l’indique Emmanuel Séraphin, « l’aspect social et humain » de l’initiative est particulièrement important. 

« Construire une ville, c’est une responsabilité. » 

Les ambitions de la démarche ne sont pas négligeables : 35 000 nouveaux logements bioclimatiques, 200 hectares d’espaces verts créés, 37 kilomètres de nouvelles voies pour les transports en commun… Au total, 14 grandes opérations d’aménagement sont prévues d’ici à 2030. Parmi elles, la création d’une soufflerie qui s’appuie sur les vents dominants pour rafraîchir les bâtiments et se passer ainsi de climatisation. 

Pour mener à bien ces différentes actions, un véritable « laboratoire du bâti tropical » est en train de se constituer à La Réunion, soutenu notamment par l’école d'architecture de l’île, reconnue comme grande école nationale depuis septembre 2023 par la ministre de la Culture. Parmi les solutions privilégiées pour aller vers un bâtiment décarboné, les matériaux biosourcés (le bois local, entre autres), le réemploi, un travail poussé sur l’isolation thermique, une végétalisation typique – le « jardin créole »… 

L’un des freins à la transition écologique réunionnaise réside cependant dans la question de la réglementation. En effet, ce territoire d’outre-mer, avec toutes ses particularités, n’est pas toujours adapté aux règles qui régissent la métropole. La terre même de l’île, volcanique, comprend un taux de certains matériaux (chrome, nickel) non conforme aux normes européennes – c’est pourquoi le projet Ecocité repose sur une terre fertile, substrat formé à base de déchets végétaux et de fines de concassage mélangés. Tout l’enjeu réside donc dans une meilleure prise en compte des spécificités du territoire réunionnais, et c’est d'ailleurs là l’un des objets principaux des Assises de la construction durable en Outre-mer, lancées en juillet 2023 dans le cadre du programme OMBREE.

La métropole a pourtant tout intérêt à garder un œil et une attention particulière à ce qui existe en matière de construction durable dans les DOM TOM. Comme l’indique Emmanuel Séraphin, « tout ce que l’on fait à La réunion a pour vocation de s’étendre au Sud de la France, qui se tropicalise à vue d’œil ». Et de souligner « l’avance » de l’île sur les sujets liés au confort d’été notamment. Par exemple, chaque logement y est doté d’un chauffe-eau solaire individuel. Autre innovation intéressante, le SWAC (Sea Water Air Conditioning), un système d’air conditionné qui utilise l’énergie thermique des mers pour fonctionner. Quelques preuves, s’il en fallait, de tout ce que les territoires ultra-marins ont à nous apprendre. 

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