[Entretien] La géothermie : « l’EnR des dix prochaines années »

  • par ELYDAN
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  • 2022-07-01 11:17:38
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  • France
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Encore peu développée en France, la géothermie présente pourtant de nombreux atouts pour la transition énergétique : disponibilité de la ressource, autonomie énergétique des territoires, production bas carbone, etc. Martin Pontal, Chef de marché chez Elydan, principal producteur et prescripteur de capteurs géothermiques français, revient sur le potentiel de cette énergie et sur les leviers pour développer la filière.

Comment se porte la géothermie en France aujourd’hui ?

Martin Pontal : La géothermie pèse encore très peu dans le mix français. Il faut savoir que les énergies primaires (nucléaire et le renouvelable) représentent 95% de la production d’énergies en France, dont 24% d’énergies renouvelables (hydraulique et énergie éolienne). Toutes les autres sources se retrouvent dans les 5% restants, dont la géothermie, qui compte pour moins de 1%.

Cependant, la filière se porte de mieux en mieux, surtout depuis le début de la crise ukrainienne qui a relancé les débats autour de l’autonomie énergétique et sur le coût de l’énergie. En effet, il est possible de faire de la géothermie partout en France avec un retour sur investissement avantageux, comme le montrent les études de l’AFPG et du BRGM (Association française des professionnels de la géothermie – Bureau de Recherches Géologiques et Minières). La filière existe, elle est réglementée et les professionnels sont qualifiés.

Nous avons pu constater l’accélération du développement de la filière à Elydan : en 24 mois, notre chiffre d'affaires sur la géothermie a été multiplié par quatre. C’est un très bon signal ! Le marché français est plein de potentiel.

Quels sont les atouts principaux de la géothermie ?

Martin Pontal : la géothermie s’inscrit complètement dans les objectifs de la transition énergétique. Elle présente de multiples atouts :

  • Elle permet de produire du chaud et du froid grâce aux échanges directs avec le sol.
  • Les installations peuvent fonctionner toute la journée, toutes les saisons. C’est donc une énergie locale qui ne subit ni les saisons ni les intempéries.
  • Il n’y a pas d’infrastructures apparentes, les installations ne perturbent pas le paysage.
  • La géothermie n’émet pas de CO2.

De plus, la géothermie s’adapte aux différentes vies d’un bâtiment. En effet, les équipements de captage sont conçus pour avoir une durée de vie de 100 ans. Ils peuvent donc rester opérationnels en cas de changement d’usage, de restructuration, de réhabilitation ou encore de démolition-reconstruction d’un bâtiment. Il n’y aura pas besoin de changer les installations.

 
Source : infographie AFPG concept Qualités


La RE 2020 est-elle une opportunité pour la géothermie ?

Martin Pontal : Tout à fait ! Contrairement à la RT 2012, la RE 2020 intègre les enjeux de climatisation. Elle favorise notamment les solutions hybrides chaud/froid. Or, la géothermie permet de faire les deux. Cette énergie a ainsi une plus-value certaine pour atteindre les objectifs de climatisation et de rafraîchissement de la réglementation.

Au-delà de la RE 2020, le ministère de la Transition écologique envoie des signaux forts envers notre secteur. Nous avons constaté une impulsion politique de plus en plus forte en faveur de notre filière. Nous nous attendons donc à voir émerger des dispositifs pour soutenir le développement de la filière. Il existe d’ailleurs déjà des appels à projets de l’Ademe sur le sujet : aujourd’hui, 7% à 10% des aides de l’Ademe pour les EnR concernent la géothermie. Le montant de son Fonds Chaleur est passé de 350M d’euros à 540M en un an, avec une suppression du critère coefficient d’énergie primaire minimal à atteindre pour l'éligibilité dans les bâtiments neufs, 100% d’augmentation du plafond d’aide forfaitaire ainsi que 25% d’augmentation du montant d’aide forfaitaire. C’est une véritable opportunité pour la géothermie !


Quelles sont les différentes solutions géothermiques ? Dans quel cas est-il pertinent d’y recourir ?

Martin Pontal : La géothermie permet de produire du chaud et du froid à travers des capteurs installés sous terre. Pour le chaud, la chaleur captée dans le sol passe par une pompe à chaleur avant d’être envoyée dans le bâtiment. Pour le froid, il s’agit majoritairement d’un système d’échange direct.

Il existe trois types de capteurs :

  • Le captage dit vertical. Il s’agit d’un forage composé d’une sonde. Le capteur est installé sous terre, à une profondeur allant principalement de 50m et 200m. La filière s’organise en ce moment pour augmenter la profondeur de ces forages. Cette solution, plutôt onéreuse à l’investissement, permet cependant de bénéficier de grandes puissances.
  • Le captage dit horizontal. Les capteurs vont être placés à 90cm de profondeur. C’est la solution la plus économique, mais la moins puissante, plutôt orientée sur le marché résidentiel.
  • La corbeille. Cette solution, développée par Elydan, fait office de compromis entre les deux premières. Les capteurs sont installés à 3m50. C’est plus abordable et cela permet une puissance très raisonnable. L’équipement peut être installé grâce à une mini-pelle.

Le recours à la géothermie est pertinent dans tous les cas de bâtiment, à condition que les sols s’y prêtent. L’intervention d’un hydrogéologue avant chaque chantier permettra d’évaluer les possibilités de pollution ou de dégâts dans le sols, en fonction de la solution retenue. Cela nous est arrivé de renoncer à un projet de forage parce qu’une des couches du sol concerné était polluée.

Quels sont les leviers pour développer la filière ?

Martin Pontal : La filière souffre d’un déficit de visibilité certain, et de notoriété auprès du grand public, même si c’est mieux depuis la dernière partie des débats présidentiels, où le sujet a été évoqué. Il est donc essentiel de mener un travail de communication et de pédagogie poussé autour du potentiel de la géothermie. Nous avons notamment besoin de réaliser des retours d’expérience, pour montrer que ça marche depuis de nombreuses années maintenant et qu’il y a un véritable intérêt écologique mais aussi économique derrière la géothermie.

Il faut également encourager la formation sur la géothermie. En effet, le secteur s’agrandit : l’AFPG est passée de 60 à 100 adhérents en un an et des industriels conséquents comme Celsius Energy, Eurovia du groupe VINCI ou encore Accenta.ai ont rejoint son conseil d'administration, des grandes entreprises se tournent vers la géothermie et l’industrie Française permet de soutenir cette évolution. Nous allons avoir de gros besoins sur la formation pour accompagner cette dynamique, car l’énergie géothermique est là, alors utilisons là.

Propos recueillis par Construction21, La rédaction

 

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