« Il faut un choc de rénovation pour éradiquer les passoires thermiques »

« Il faut un choc de rénovation pour éradiquer les passoires thermiques »

C’est à Arcueil, au sein de l’immeuble de bureaux mixte bois béton que Philippe Boussemart a tenu sa conférence de presse avec sa double casquette de président du groupement du Mur Manteau et directeur général de Sto. L’occasion de rappeler l’urgence de rénover, de faire des propositions concrètes pour enfin éradiquer les passoires thermiques, mais aussi de parler de Sto.  

La rénovation énergétique des bâtiments est une priorité. Cependant, pour Philippe Boussemart, président du groupement du Mur Manteau et directeur général de Sto, « le gouvernement doit revoir sa politique d’aides et apporter de la méthodologie. Saupoudrer des financements via un catalogue d’aides peu lisible n’est pas la bonne solution. Nous appelons le gouvernement à agir. La priorité doit être donnée à la rénovation de l’enveloppe et à sa performance. C’est la condition sinequanone pour atteindre la neutralité carbone en 2050 fixée par l’Union européenne ». Le message est clair d’autant que le marché de l’isolation thermique par l’extérieur, boosté par l’habitat collectif (les bailleurs sociaux et les copropriétés) et par la maison individuelle, connaît une forte croissance. En 2021, presque 16 millions de m2 de surfaces ont été isolées en extérieur (+ 30 % par rapport à 2020), 17,5 millions de m2 sont attendues pour 2022 (+ 10 %) et plus de 23 millions de m2 le seront à horizon 2025, soit un marché multiplié par deux fois comparé à 2018. 

Un catalogue d’aides

Cette croissance, essentiellement portée par la rénovation, s’explique notamment par les aides et les financements. La TVA à 5 ,5 %, MaPrimeRénov’ (2,6 milliards d’euros alloués par l’État en 2023), les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) (environ 5 milliards par an financés par les fournisseurs et distributeurs d’énergie), les éco-PTZ pour les restes à charge et les coups de pouce rénovation performante…

« Bref, tout un catalogue d’aides difficilement compréhensibles, regrette Philippe Boussemart. C’est critiquable certes, mais cela a le mérite d’exister. Autre regret : la baisse des aides pour l’isolation sur les deux dernières années, que ce soit sur les surfaces (limitation à 100m² contre 120 m2), sur les barèmes des revenus des ménages (15 à 75€ / m²) ou sur les CEE (baisse de 60 % du plafond kWh cumac de l’ITE)… ou encore autre regret la part belle faite à la PAC.

La forte augmentation du reste à charge pour les propriétaires compromet la trajectoire vers la neutralité carbone. Ce n’est plus possible. La France a besoin d’un choc de rénovation pour éradiquer les passoires thermiques et atteindre les 700 000 rénovations globales par an. Cela fait 15 ans que l’on en parle.

Pour une rénovation globale

Environ 12 millions de personnes sont dans une situation de précarité énergétique et près de 5,2 millions de passoires thermiques restent à rénover en 2022. Pour le président du groupement du Mur Manteau, comme pour grands d’autres organismes comme Enertech par exemple, rénover par geste sans faire de rénovation globale ne permettra pas d’éradiquer ces logements énergivores et inconfortables. « Changer le chauffage sans isoler et modifier les ouvertures, n’est pas efficace. Seules les rénovations globales incluant isolation des murs extérieurs (ITE) et des toits, chauffage, ventilation et ouvertures, peuvent permettre d’atteindre l’objectif de réduction des émissions fixé par le gouvernement ». Cela est d’ailleurs inscrit dans la loi Climat et résilience. 

La solution est pour le président de remettre les choses dans l’ordre, de viser la rénovation globale et BBC (soit 80kw/an/m2) et d’offrir une méthodologie et une prime « bouquet » progressive en une, deux ou trois étapes dans un temps limité. « Quel que soit le type de rénovation, l’isolation du bâtiment doit se réaliser en premier avec la ventilation, étape incontournable pour dimensionner ensuite le système de chauffage et notamment avec des EnR ». Pour y parvenir, il suggère que le gouvernement cesse de saupoudrer, qu’il alloue des montants plus importants et simplifie les aides regroupant le niveau national, régional et local ou encore qu’il annule le plafonnement de surface de MaPrimeRénov’ pour les ménages.

Ce ne sont pas forcément les moyens qui manquent. En 8 mois, l’Etat a dépensé 45 milliards d’euros pour un bouclier tarifaire. Il en faut au moins autant, si ce n’est le double, pour obtenir des bâtiments dont la performance thermique permettra des économies d’énergies pendant 50 ans. Rassemblons toutes ces aides et faisons un plan choc.

Ces messages seront portés à Olivier Klein par Philippe Boussemart au nom du Mur Manteau le 9 décembre.

Par ailleurs, en tant que DG de Sto, Philippe Boussemart a rappelé son souhait de « bâtir en responsable : à savoir militer, aider à construire une filière pour être dans la coopétition et non dans la compétition. Travailler ensemble. Faire mieux, plus vite. « Cela s’inscrit dans la durée, explique Sophie Choplin, directrice marketing Sto : nous sensibilisons nos salariés, nous visons les 3R (Réduire - réutiliser – recycler) ainsi que la neutralité carbone et zéro déchet ultime en 2030. Aussi, nous avons fait notre bilan scope 3 où nous avons vu que les isolants étaient une composante importante. Les isolants sont encore bien énergivores et dérivés du pétrole. Raison pour laquelle nous redoublons d’effort en R&D afin de proposer des isolants neutres ou recyclés. Nous nous heurtons cependant à des difficultés comme avec le PSE Bio Mass Balance pour remplacer des PSE dont la matière première est un dérivé du pétrole. La base INIES refuse les FDES lorsque le PSE intègre de la matière certifiée Mass Balance. C’est-à-dire lorsqu’ils utilisent des crédits pour comptabiliser la ressource renouvelable (exemple la biomasse) dans le polystyrène puis dans les panneaux isolants qui en sont issus ». Pas si simple… À suivre.

 

Green Oak

Au numéro 32 de l’avenue Aristide Briand à Arcueil se trouve Green Oak. Un immeuble tertiaire de R+8 en structure mixte (dalles béton, murs ossature bois, réalisé par Calq Architecture et Mootz & Pelé. Intéressant pour sa façade ventilée en pâte de verre : des mosaïques de pierre collées de 5 cm sur 5 cm sur 28 m (soit 8 000 carreaux de verre). « La pose d’un bardage ventilé sur ossature bois au-delà de 18 m de hauteur, avec des retours en tableau de la mosaïque sur toute la périphérie des châssis, a nécessité l’obtention d’une ATEx de cas B 2743_V1. Il a fallu justifier la faisabilité, la sécurité et les risques de désordre. Le risque principal résidait dans les déformations du mur rideau en bois pouvant entraîner la fissuration de la plaque Ventec sur laquelle repose la mosaïque de verre. Le fractionnement a donc été adapté aux déformations du bâtiments liées à la structure en bois. Plusieurs maquettes ont été soumises au banc d’essais AEV (air, eau, vent) avant de déterminer les bonnes dimensions des panneaux. Cette solution permet également d’autres configurations comme celle de combiner un enduit, même dans les teintes les plus sombres, ou des parements collés sur une construction ossature bois », indique Rémi Fréguin, responsable Grands Comptes & chargé de développement marchés publics/privés Sto. De plus, la lame d‘air située à l‘arrière du parement laisse l’enveloppe respirer, la protégeant ainsi de diverses perturbations comme une trop forte montée en température ou une accumulation d‘humidité. Par ailleurs, afin de viser la zéro chute, un calepinage précis en maquette numérique de la façade a été réalisé. A l’aide d’un gabarit, les panneaux de mosaïque préfabriqués, coupés aux bonnes dimensions, ont ensuite été vissés sur l’ossature selon un calepinage précis. Une fois toutes les plaques fixées, elles ont été revêtues d’enduit primaire puis d’un treillis d’armature marouflé dans le sous-enduit avant de coller la mosaïque. Pour des questions esthétiques, le fractionnement des systèmes a été intégré dans le calepinage. 

Fiches techniques : Kaufman&Broad (MO) / Benefficience (AMOHQE), Calq (Moe exe), Mootz&Pelé (architecte associé), BE : Khephren, Elithis, Ar-c, Accea elevation, Setec, Synthesia, Dal, Peutz, Convergence, Dervenn, Eiffage construction (Entreprise générale). Entreprise façade : Les Pierreux Franciliens. Propriétaire et investisseur : Mata Capital
Surface : 10 100 m2/ Montant travaux : 26Meuros, livraison 2021
HQE excellent/ Breeam verygood/ well core & shell silver/ E2C1 (niveau E+C-), Bâtiment biosourcé niveau 1, Effinergie +, Wiredscore silver. 

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