Risques liés à une négligence de la ventilation des gaines et des machineries d’ascenseur

La ventilation des gaines d’ascenseurs, jusque-là régi par la norme européenne harmonisée EN 81-10 (d’application jusqu’en aout 2017) a été révisé pour donner naissance à la norme EN 81-20. Cette dernière souligne l’importance d’une ventilation de la gaine d’ascenseur, notamment par l’apport d’air frais. La stipulation qu’une ouverture d’une surface minimale d’1% de la section horizontale de la gaine en tête de gaine de la norme EN 81-1 a été supprimée dans la nouvelle norme. En effet cette simple ouverture ne permet pas de garantir une ventilation naturelle dans les gaines d’ascenseur d’immeubles étanches à l’air pour cause de manque d’arrivée d’air frais. La norme EN 81-20 ne remet pas en cause l’importance de la ventilation et défini par ailleurs clairement les conditions d’une ventilation adéquate. Elle ne réduit pas la ventilation à une seule ouverture d’1% mais souligne que la ventilation est à prévoir selon les spécificités du bâtiment.
Cette adaptation ou amélioration de la norme a malheureusement ouvert la porte à des interprétations supposant qu’une ouverture de ventilation donnant sur l’extérieur n’est plus nécessaire.

Gaine fermée = danger pour les usagers !

Cela a été prouvé par des tests dans un immeuble résidentiel BBC. En l’absence d’une ouverture de ventilation en tête de gaine un taux de CO2 pouvant menacer la vie peut être atteint moins de six minutes après blocage de la cabine portes fermées. Comment remédier à ce problème ? Quel est la responsabilité de l’ascensoriste ou du maitre d’ouvrage ?

EN 81-20 : Responsabilité du maitre d’ouvrage engagée – ascensoriste hors de cause !

La nouvelle norme européenne harmonisée EN 81-20 déterminant les « Règles de sécurité pour la construction
et l'installation des élévateurs » attire l’attention des maîtres d’ouvrage et des exploitants de nouveaux ascenseurs
sur l’importance et les risques liés à 
une négligence de la ventilation des gaines et des machineries d’ascenseurs
dans les immeubles de plus en plus étanches à l’air.

La nouvelle norme harmonisée EN 81-20 répare enfin une formulation inhabituelle et nonappropriée dans le contexte de la normalisation. En fait, l’ancienne norme
EN 81-1 -d’ailleurs toujours en application puisqu’elle est encore utilisée comme base normative dans la certification CE de la grande majorité
des ascenseurs mis en service en EU-,

« recommande » d’aménager dans la partie haute de la gaine, des orifices de ventilation d’une surface minimale de 1% de la section horizontale de la gaine.
Or cette simple ouverture, permanente ou non, ne peut plus garantir l’existence d’une ventilation naturelle dans les gaines d’ascenseurs d’immeubles étanches à l’air.

Aujourd’hui il est démontré par des tests en temps réel réalisés dans des gaines d’ascenseurs d’immeubles étanches à l’air que la norme EN 81-1
ne garantit plus le niveau de sécurité exigé
pour répondre par exemple à l’exigence du point 4.7 de l’annexe 1 de la directive ascenseur 95/16/CE
« Les cabines doivent être conçues et construites pour assurer une aération suffisante aux passagers, même en cas d'arrêt prolongé. »

Lors d’un test réalisé avec la participation d’un organisme notifié en décembre 2014, il a été démontré dans un immeuble résidentiels BBC qu’en l’absence d’une ouverture
de ventilation en tête de gaine un taux de CO2 pouvant menacer la vie peut être atteint moins de six minutes après blocage
de la cabine portes fermées.
Il s’agissait d’un ascenseur pour 8 personnes chargé par six personnes.
Après six minutes, le taux de CO2 était supérieur à 4000 ppm pour dépasser les 5000 ppm à la 11ième minute.

Il s’est avéré ces dernières années, en effet, qu’aussi bien les nouvelles constructions BBC que les immeubles existants ayant subi un assainissement énergétique

posent problème au niveau de la ventilation naturelle, pour cause de manque d’arrivée d’air frais.
C’est pour cette raison que les systèmes de ventilation mécaniques dans les nouvelles constructions font aujourd’hui pratiquement partie du standard.

La norme harmonisée européenne EN 81-20 atténue la responsabilité et simplifie la vie de l’ascensoriste. Ce dernier reste ainsi loin des réflexions
et problèmes thermiques liés à un immeuble. Mais l’EN 81-20 engage sérieusement la responsabilité des maîtres d’ouvrages et des exploitants d’ascenseurs.

Ainsi l’annexe informative « E 3.1. Ventilation de la cabine, de la gaine et des locaux de machines » de l’EN 81-20
détermine l’état de l’art minimum à considérer pour l’établissement d’une analyse des risques effectuée sur l’existence réelle
d’un mouvement thermique de l’air en gaine, notamment en cas de panne avec des personnes bloquées en cabine ou en gaine.
L’annexe E 3.1. de la norme EN 81-20 précise ce qui suit :

« Les prescriptions relatives à une ventilation adéquate de la gaine et des locaux de machines sont souvent incluses
dans les règles de construction locales, soit de manière spécifique, soit sous la forme d’une prescription générale
concernant tout emplacement dans un bâtiment réservé à l’installation de machines ou à l’hébergement de personnes
(loisir, travail, etc.). En tant que telle, la présente norme ne peut pas fournir de lignes directrices exactes
concernant les prescriptions spécifiques pour la ventilation de ces zones, lorsque la gaine et les locaux de machines
font partie d’un cadre bâti plus vaste et souvent complexe. »

C’est par cette formulation, et le fait que la ventilation ne fait plus partie du texte normatif de la norme,
que l’ascensoriste est déchargé de tout engagement lié à la ventilation de la gaine ou du local de machinerie de l’ascenseur.

Malheureusement, des maîtres d’ouvrages ont déjà été induits en erreur croyant que les gaines d’ascenseurs n’avaient plus besoin d’être ventilées
selon la norme EN 81-20. Ainsi les premières gaines d’ascenseurs sans ouverture de ventilation et sans système de ventilation alternatif des
gaines sont en voie de construction et feront certainement appel à des investissements substantiels de remise en état.

NON – LA NORME EN 81-20 N’AUTORISE PAS LA MISE EN SERVICE D’UN ASCENSEUR

DANS UNE GAINE FERMÉE, MAIS EXCLUE SIMPLEMENT LA VENTILATION DE GAINE

DE LA RÉCEPTION D’UN ASCENSEUR CONSTRUIT ET CERTIFIÉ SUR BASE DE LADITE NORME !

Bien au contraire, l’annexe « E.3.2 Ventilation de la gaine et de la cabine » attire l’attention du maitre d’ouvrage sur plusieurs points!

« La sécurité et le confort des personnes empruntant l’ascenseur, de celles travaillant dans la gaine ou de celles bloquées

dans la cabine arrêtée entre des étages, dépendent de plusieurs facteurs :

 la température ambiante de la gaine en tant que partie du bâtiment ou même en tant qu’entité totalement autonome ;
 l’exposition directe à la lumière du soleil ;
 la présence de composés organiques volatils, de CO2, la qualité de l’air ;
 l’entrée d’air frais dans la gaine ;
 la taille de la gaine, c’est-à-dire l’aire de sa section transversale et sa hauteur ;
 le nombre, la taille et l’emplacement des portes palières, ainsi que les interstices autour de ces portes ;
 l’émission de chaleur par les équipements installés ;
 la stratégie de lutte contre l’incendie et d’évacuation des fumées, et le système de gestion du bâtiment (GTC/GTB) ;
 l’humidité, les poussières et les fumées ;
 la circulation d’air (chauffage/refroidissement) ainsi que la technologie employée pour l’économie d’énergie dans le bâtiment ;
 l’étanchéité à l’air de la gaine et de l’ensemble du bâtiment. »

La norme EN 81-20 attire en plus l’attention sur le fait suivant :

« Il convient que l’ascenseur soit muni d’un nombre suffisant d’orifices de ventilation pour assurer une circulation d’air adéquate
pour le nombre maximal de personnes autorisées. »

Précisons que « le nombre suffisant d’orifices » évoque dorénavant non seulement une simple ouverture en tête de gaine,
mais des ouvertures en fosse (arrivée d’air) et en tête de gaine (dégagement d’air) ! La norme EN 81-20 poursuit en mettant
le doigt sur les causes des nouveaux risques :

« Cependant, pour des raisons techniques et parfois pour des besoins humains, l’étanchéité à l’air de la gaine et
de l’ensemble du bâtiment, les conditions ambiantes, notamment la température ambiante plus élevée,
le rayonnement, l’humidité, la qualité de l’air rendent indispensables la présence permanente ou ponctuelle d’orifice(s)
de ventilation et/ou (combinée à) une ventilation forcée et/ou une entrée d’air frais.

Cela peut être également nécessaire lors du transport de certains équipements tels que des véhicules motorisés dont les gaz d’échappement
peuvent s’avérer dangereux.

Ces décisions ne peuvent être prises qu’au cas par cas.
 En outre, en cas d’arrêt prolongé de la cabine, il convient d'assurer une ventilation suffisante complémentaire.
 Il convient également d’accorder une attention particulière aux bâtiments (neufs et rénovés) utilisant une conception
et une technologie à rendement énergétique élevé.

Afin de permettre à la personne responsable des travaux sur le bâtiment ou la construction de déterminer
si une ventilation classique ou une ventilation particulière doit être prévue eu égard à l’installation complète de l’ascenseur
en tant que partie intégrante du bâtiment, il convient que l’installateur de l’ascenseur fournisse les informations nécessaires pour permettre
d’effectuer les calculs nécessaires en tenant compte de la conception du bâtiment. En d’autres termes,
il convient que ces personnes se tiennent mutuellement au courant des actions à mener et prennent les mesures nécessaires pour assurer
le fonctionnement correct ainsi que l’utilisation et la maintenance en toute sécurité de l’ascenseur dans le bâtiment. »

Toute la partie informative E 3.1. de la norme EN 81-20 découle de réflexions saines et logiques prenant en compte les évolutions technologiques
du secteur de la construction immobilière.

Il n’y a pas plus de mouvement thermique dans une gaine d’ascenseur d’un immeuble BBC que dans une bouteille vide !

     

 Réglementations - normes

Dernière mise à jour le le 19-04-2018 par Céline SORIO BlueKit D+H Group

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