Vers une trajectoire bas carbone : 10 enseignements sur le béton

Le béton est un enjeu majeur pour décarboner les secteurs du bâtiment. C’est tout naturellement qu’il fait l’objet du premier rapport détaillé du hub des prescripteurs bas carbone, plateforme collaborative à destination des donneurs d’ordre du secteur de la construction, animée par l’lFPEB et Carbone 4.

Cette initiative a pour objectif de partager les meilleures pratiques et doter les membres de l’ensemble des outils opérationnels nécessaires à la prescription du bas carbone. Lumière sur le béton bas carbone, avec quelques grands enseignements à tirer du premier rapport du hub.

1. Après l’eau, le béton est l’élément le plus consommé par l’humanité

Star incontestée du 20e siècle, le béton monopolise entre 66 et 75% des extractions de sable sur terre. Cela représente 30 milliards de tonnes par an, entraînant la disparition d’une ressource non renouvelable et une réaction en chaîne sur le plan écologique : érosion, effondrement, etc.

2. Qu’est-ce qu’un béton bas carbone ? En France, personne ne peut le dire !

Aussi étonnant cela soit-il, actuellement aucune norme ne définit quelle pourrait être l’empreinte d’un béton bas carbone. Une première étape pourtant indispensable ! Au niveau européen, une première tentative de définition verte a vu le jour. Elle se limite néanmoins au clinker et au ciment.

3. 82 % et 74 % : c’est la part respective des logements collectifs et bâtiments tertiaires construits en béton

Pour être complet, il faudrait ajouter un petit 2 % de maisons individuelles et 14 % de bâtiments industriels. Pour un logement collectif de quatres étages, le béton représente en moyenne 30 % de l’empreinte carbone des matériaux.

4. 180 à 240 kg de CO2e/m3 : le poids carbone d’un béton CEM II

Au risque d'aller un peu vite en besogne, tant il existe de classes différentes de béton, rappelons qu’un mur de 3x5 m et 20 cm d’épaisseur requiert environ 3 m3 de béton.

5. Incalculable : le nombre de bétons différents que l’on trouve sur la planète

Le béton se divise en différentes classes d’usage en fonction de :

  • sa résistance à la pression
  • sa résistance à la corrosion, au gel/dégel et attaques chimiques
  • la composition du ciment

Mais c’est surtout un produit avec des spécificités locales, fait à partir des matériaux présents en abondance autour du site de production.

6. Le béton le moins carboné est celui que l’on ne coule pas !

Bien que l’on sache recycler des granulats, il est donc essentiel de :

  • réutiliser les structures existantes en rénovation. Cette démarche permet d’éviter 300 kgeqCO2e/m²
  • optimiser les bâtiments neufs pour réduire la quantité de béton. Cela passe notamment par une démarche multimatériaux permettant d’alléger les structures hautes
  • penser en amont les projets pour permettre leur réversibilité et moins construire dans le futur

7. Le béton actuellement désigné comme bas carbone… n’est pas très bas carbone

Pourquoi ? Tout simplement car les filières sont très frileuses face au changement. A leur décharge, aller au-delà d’une baisse de l’empreinte carbone de 30 % demande de repenser les techniques de mise en œuvre (temps de séchage, température minimale, etc.). Avec la limite des -60 % de réduction c’est aussi la conception du bâtiment qui est impactée. En France, où chaque corps de métier travaille encore beaucoup dans son coin, les réactions en chaîne qu’implique un petit changement d’habitude deviennent vite un casse-tête insoluble.

8. La préfabrication : une solution ?

La préfabrication des éléments est largement utilisée ailleurs en Europe. Au-delà des arguments de maîtrise du temps et des coûts, elle est aussi une opportunité pour tracer et standardiser les bétons (donc le poids carbone) et permettre l’utilisation de bétons alternatifs. Ces derniers demandent en effet une température et un temps de séchage très différents, ce qui limite leur utilisation sur site.

9. Zéro (ou à peu près) : c’est la différence de prix entre un béton bas carbone et un produit « standard »

Ce constat très favorable nécessite néanmoins d’être pondéré. Afin de développer la filière, les fournisseurs ont tendance à être plus agressifs sur le plan commercial avec les bétons bas carbone. Par ailleurs, cette affirmation n’est vraie que pour les bétons faiblement allégés en carbone (jusqu’à 30 %).

10. Paradoxal : le sentiment qui prédomine quand on s’intéresse à l’engagement écologique des grands acteurs de la filière

En effet, si ces derniers sont conscients de leur rôle dans les émissions carbone nationales, aucun d’entre eux ne prévoit de réduire ses volumes de production pour respecter les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone.

Pourtant, dans les scénarios actuels, même avec une rupture technologique, seule une division par deux des volumes permettrait de respecter les objectifs à 2050

Pour aller plus loin : téléchargez le brief complet sur le béton bas carbone

En savoir plus sur le Hub bas carbone : https://www.ifpeb.fr/hub-prescripteurs-bas-carbone/

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  • IFPEB - Institut Français pour la Performance du Bâtiment

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