Vers une évaluation des apports du numérique pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments

Métropolisation, évolution des usages, urgence climatique, préservation des ressources… : nous vivons aujourd’hui un contexte de transformations majeures, qui exige de réduire nos émissions de carbone. Pour aider les acteurs de l’immobilier à aborder sereinement et avec méthode ces mutations profondes, la SBA a lancé l’année dernière la commission “empreinte carbone”. Échange avec Brahim Annour, qui anime le groupe de travail avec Antoine Geoffroy. Ils sont respectivement Chef de projet Innovation et Directeur R&D et Innovation au sein de la foncière GECINA.

« Le secteur du bâtiment est l’un des plus émissifs en carbone, rappelle Brahim Annour. Il y a donc urgence pour que la filière du bâtiment accélère la mise en œuvre de stratégies bas carbone exploitant intelligemment l’ensemble des leviers à notre disposition, à la fois sur le patrimoine immobilier existant et sur les projets de construction. Un engagement national a déjà été pris à travers la feuille de route de la France SNBC (Stratégie Nationale Bas-Carbone), qui a défini une trajectoire avec des orientations pour conduire la transition vers une économie bas-carbone dans tous les secteurs d’activités en France jusqu’à 2050. »  Certains acteurs de l’immobilier sont même plus ambitieux, à l’image de Gecina justement, qui annonce un objectif de décarbonation massive de son patrimoine en exploitation à l’horizon 2030. C’est dans cette perspective que la SBA a décidé d’animer une commission dédiée au rôle du numérique dans la décarbonation du bâtiment, qui compte déjà une soixantaine de membres.

UNE RÉFLEXION FONDÉE SUR LES SOURCES D’ÉMISSIONS CARBONE DU BÂTIMENT

Les émissions de gaz à effet de serre du bâtiment ont des origines diverses (les matériaux, la fabrication et le fonctionnement des équipements, les usages…) et dépendent également du mix énergétique utilisé. « Face à un enjeu aussi vaste, nous avons organisé la commission en trois groupes de travail, afin de couvrir de manière exhaustive le sujet », explique Brahim Annour.

LE RÔLE DU NUMÉRIQUE SUR LA GESTION EFFICACE DE L’ÉNERGIE À L’ÉCHELLE DU QUARTIER

Le premier groupe cherchera à comprendre comment le numérique permet d’exploiter efficacement les sources de production et de stockage énergétique à l’échelle d’un quartier. L’objectif sera alors de créer un référentiel, qui pourrait s’appeler R2S district, en conception et exploitation. « Ainsi, ce cadre de référence “R2S district conception” devrait permettre d’optimiser la gestion énergétique à l’échelle du quartier dès la phase de conception, en s’appuyant sur un modèle de jumeau numérique. Ce cadre représenterait une aide à la décision précieuse, via l’étude d’impact parce qu’il prend en compte le contexte dans lequel s’inscrit le bâtiment, détaille Brahim Annour. De son côté, “R2S district exploitation” représentera une méthode d’évaluation des consommations et d’optimisation des flux dans un quartier ou dans un parc d’immeubles. » Les travaux à venir permettront d’étayer ces premières orientations.

LE RÔLE DU NUMÉRIQUE SUR L’IMPACT CARBONE DURANT LE CYCLE DE VIE DU BÂTIMENT

Le second groupe de travail entend étudier le rôle fondamental du numérique sur les analyses du Cycle de Vie (ACV) des matériaux, des équipements et des ouvrages. Ces analyses de cycle de vie visent à orienter les choix au regard de l’impact carbone complet sur la production des matériaux et des équipements, en tenant compte de leur potentiel de recyclabilité, sur l’usage du système en matière d’énergie et d’eau consommées, et sur l’exploitation, le renouvellement et la maintenance du système.

« Nous allons baser notre étude sur différents scénarios : un bâtiment en mauvais état, un autre neuf et un dernier intermédiaire, » précise Brahim Annour. Cette sous-commission devrait également tenir compte de référentiels existants, comme par exemple les FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) ou les PEP (Profil Environnemental Produit), véritables cartes d’identité environnementale des matériaux et équipements, basées sur les résultats de son analyse du cycle de vie. Les référentiels au niveau européen, voire mondial seront également pris en compte !

LE RÔLE DU NUMÉRIQUE SUR L’OPTIMISATION DU FONCTIONNEMENT DES ÉQUIPEMENTS

Le travail du troisième groupe porte sur le rôle du numérique dans la gestion efficace du fonctionnement des équipements. L’idée sera de formaliser les possibilités d’optimisation liée à des cas d’usages bien identifiés. Ce groupe s’attachera notamment à évaluer la participation positive du numérique à l’optimisation du fonctionnement des équipements et du bâtiment. Il prévoit également de formuler des recommandations pour un usage responsable du smart dans les opérations du bâtiment. Conformément au fondement de la SBA, l’ensemble des travaux sont menés de manière agnostique, dans le but de générer des bénéfices en matière d’intelligence d’exploitation et de réduction Carbone ou de consommation de ressources.

L’ÉLABORATION D’UN CAHIER DES CHARGES

En quelques mois seulement, les trois groupes de travail ont déjà avancé sur l’élaboration d’un cahier des charges, qui servira de cadre à une étude commune qui devrait être lancée en octobre 2022. Les trois sous-commissions n’ont pas vocation à vivre indépendamment et, si le cahier des charges reprenait les enjeux de chacune d’entre elles, il les traiterait en complémentarité les uns des autres avec une cohérence globale. « Notre ambition est de produire à l’horizon 2023 un livre blanc, véritable guide du rôle du numérique pour le bâtiment bas carbone, indique Brahim Annour. Le jalon suivant serait ensuite de concevoir un cadre de référence dédié. Nous travaillerons dans cette perspective en lien avec les cadres existants, comme Ready2Services (R2S), R2S 4 Grids, R2S 4 Spaces, BIM4Value, … Nous avons la chance au sein de la SBA d’être en capacité de mobiliser tous les corps de métier du smart building, pour bénéficier d’une approche transverse. » Le fait de bien concevoir et de bien construire un immeuble conduit à une exploitation efficace et à la réduction de son bilan carbone sur son cycle de vie. Correctement utilisé le numérique est une aide précieuse sur l’ensemble de ces étapes. 
 

La commission Carbon Footprint pense déjà aux étapes suivantes : l’expérimentation de la méthodologie et du cadre qu’elle vise à élaborer. Elle a en effet lancé un appel aux cas d’études. « Nous sommes friands de toutes les contributions pertinentes à nos travaux, conclut Brahim Annour. Nous invitons tous les acteurs du bâtiment à se mobiliser et à nous rejoindre, pour apporter leur pierre à l’édifice, quelle qu’elle soit ! »  

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